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Avec TRIP, Lesly Lynch fait l’éloge des monstres sublimes

Avec TRIP, Lesly Lynch fait l’éloge des monstres sublimes

C’est une histoire de quête identitaire, de récits qui se rencontrent, et le portrait poignant de créatures magnifiques. TRIP est un film de la réalisatrice Lesly Lynch et Geoffrey Cochard, une plongée palpitante au cœur de la scène underground parisienne. Il raconte un rituel initiatique dans un milieu queer créatif, libéré, foisonnant mais aussi, à bien des égards, sombre, marginalisé, difficile.

Présenté au festival Chéries Chéris 2019, TRIP est un film documentaire ayant pour trame de fond la nuit parisienne, terrain de jeu d’êtres hors du commun de celles et ceux que notre société lisse et frileuse cantonne au rôle de marginaux en raison de leurs sexualités, idées, modes de vie. Ce milieu intrigant, empli de douceur et dureté, c’est la famille LGBTQI+, qui évolue souvent dans le noir des nuits métropolitaines pour fuir la censure et les règles oppressantes instituées par le monde environnant, en quête d’espaces protégés.

TRIP est un film nocturne, non-linéaire, agité, comme les soirées et les errances qu’il raconte. Et dans cette nuit de bitume, dans cette obscurité urbaine, il suit les vies décousues et intenses de celles et ceux que Lesly appelle les « les monstres sublimes ». Ces rejetés, vivant « hors la loi », sont en réalité des éclats de beauté, des chemins possibles, que la société voudrait effacer et arrêter. Par le choix de la liberté, ces « monstres » deviennent les héros d’un voyage au bout de l’humain, dans les recoins de la quête de soi, de l’amour et de la sororité.

Extrait de TRIP © Les Films de l’Instant

On suit deux personnages principaux, Luc Bruyère, performeur, acteur et mannequin, et Agata Kay, stripteaseuse et performeuse qui vit de squats en squats.

Luc, personnage emblématique des nuits queer de la capitale, attire la caméra naturellement avec son physique magnétique et un goût du paraître aussi travaillé que déconstruit et assumé. Le film le suit en capturant sa fêlure, en nous laissant pénétrer dans son monde intérieur complexe et poétique. La mondanité, la superficialité, l’esthétisme caractéristique de ce monde souterrain où l’on voudrait se noyer pour, parfois, échapper au réel, sont ici décortiqués et mis à nu.

Extrait de TRIP © Les Films de l’Instant

Agata interagit avec Luc. Le binôme est parfait dans son imperfection totale. Polonaise, jeune fille modèle en puissance, elle choisit la voie de la liberté en s’échappant de son pays et en se consacrant à la performance d’abord à Londres puis à Paris. Sa trajectoire peut sembler triste, un merveilleux raté, alors que c’est précisément cette quête d’émancipation féminine, cette envie d’autodétermination, qui font d’elle un modèle presque générationnel.

Extrait de TRIP © Les Films de l’Instant

L’histoire de Karim constitue la partie fictionnelle du documentaire. Ce personnage, interprété par Mehdi Meskar, découvre son homosexualité et entreprend un voyage, aux côtés de la comédienne Valentine Payen, qui va le mener vers l’affirmation de soi : « On voulait parler de nos trajectoires dans cette nuit qui nous a permis de conscientiser nos homosexualités respectives. Karim vit un parcours initiatique. On le voit d’abord enfermé dans une identité qui ne lui correspond pas. C’est la rencontre avec des jeunes libérés qui va l’ouvrir, jusqu’à assumer pleinement sa sexualité. Ce parcours d’affirmation est possible grâce aux gens qui peuplent la nuit » nous a expliqué Lesly Lynch.

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Extrait de TRIP © Les Films de l’Instant

TRIP n’idéalise rien, il explore les tréfonds du monde de la nuit avec ses travers impitoyables. La drogue est très présente, tout comme l’alcool, et la culture de la défonce. Loin des discours parfois trop consensuels sur le safe space, TRIP fait aussi une auto-critique amère du milieu queer, ses violences, ses égarements. Les vies de ces personnages paraissent en danger constant, flirtant parfois avec l’auto-destruction. Un panorama qui fait réfléchir quant à la détresse psychologique et aux violences psychiques subies par celles et ceux qui vivent aux frontières. Des vies « mutilées », comme Judith Butler le dirait, vécues parfois à moitié, constellées de maladies, de risques, d’excès.

Extrait de TRIP © Les Films de l’Instant

Avec TRIP, Lesly Lynch et Geoffrey Cochard donnent une voix à cette communauté à la puissance créative infinie, mais qui demeure trop souvent non entendue et qui, selon les mots de la réalisatrice, « reflète cette jeunesse dont on fait partie, avide d’un monde sans frontières ni préjugés. »

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