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Les 20 meilleurs films de 2020

Les 20 meilleurs films de 2020

2020, sale année pour les salles obscures, à nouveau fermées jusqu’à nouvel ordre. Pourtant, des histoires folles et des réalités bouleversantes nous attendaient bien sur les toiles blanches, prêtes à nous transporter hors de nos quotidiens, loin de la pandémie. Alors, pour rendre hommage aux œuvres les plus marquantes sorties cette année, et sans doute trop peu vues, voici les 20 films qui ont touché la rédaction.

Au programme de cette généreuse sélection 2020 : des violences policières, une vache, un poulpe, la représentation des personnes trans, un chiffon, des montagnes, des drames venus d’ailleurs, et de l’amour (quand même).

Adolescentes

Sébastien Lifshitz (France)
Film dont la sortie a été à plusieurs reprises décalée, Adolescentes n’a malheureusement pas bénéficié de la reconnaissance qu’il aurait méritée. C’est un tout fleuve, où le réalisateur Sébastien Lifshitz laisse parler la jeunesse et l’intimité simple de deux jeunes filles, Emma et Anaïs, que l’on suit de leurs années collège jusqu’aux débuts de leur majorité. Réunies par leur amitié, elles évoluent pourtant chacune dans des univers sociaux très contrastés. Tout comme dans Petite fille, également sorti cette année sur Arte, Sébastien Lifshitz parvient à poser sa caméra entre le documentaire et la fiction. Les jeunes filles deviennent les actrices de leur propre vie, et évoluent, grandissent sous notre regard, et ce avec une grande pudeur. Un cinéma sincèrement transcendant, qui séduit par cette simplicité qui semble pourtant si complexe à saisir. 
C.F.

Au commencement

Dea Kulumbegashvili (Géorgie/France) 
En Géorgie rurale, un lieu de culte des Témoins de Jéhovah est incendié. Yana et son mari David, membres de cette communauté religieuse qui fait face à une violente hostilité, tentent de contrer la haine et la corruption. Alors que David doit se rendre à Tbilissi afin de réunir les fonds nécessaires à la réparation de leur lieu de culte, Yana reste seule avec son fils, et devient la cible de harcèlements. Au commencement, premier long-métrage de la réalisatrice Dea Kulumbegashvili (qui devait faire partie de la sélection du festival de Cannes en mai dernier), s’intéresse à l’expérience féminine comme origine de l’isolement. Le cadre semble être victime du mouvement des personnages qui le composent. Yana est une femme ostracisée par ses croyances qui, à mesure que la violence patriarcale lui inflige l’impensable, ne peut trouver refuge ni dans sa foi ni dans son mariage. Lorsque Au commencement prend fin, les mâchoires sont encore par terre : la subtilité du scénario, la maîtrise des plans longs et immobiles, la délicatesse de la cinématographie, et le personnage de Yana magnifiquement incarné par Ia Sukhitashvili – tout est impeccable, douloureux et magistral.
L.M.

Dustin

Naïla Guiguet (France)
Après La Peau dure (2019), Naïla Guiguet, DJ et membre fondatrice du collectif techno Possession, signe son premier court-métrage professionnel, présenté à la 59ème édition de la semaine de la critique à Cannes. Dustin pourrait se regarder dans les deux sens, de la fin au début, du début à la fin. De la fin, car Dustin Muchuvitz, marchant dans la rue en scène finale, apparaît comme une Corinne Marchand du XXIe siècle, où le blond platine aurait laissé place au rouge feu, quand Cléo traverse Paris, embrassée par une foule de passant·e·s dont elle se distingue. Du début, où les corps sont représentés ensemble, l’amitié et l’amour sont réunis dans une douce mélancolie festive et une beauté nocturne qui se poursuit au matin et se transforme sans jamais s’évaporer. Des rencontres du « monde d’avant » la sortie du film, mais aussi une poursuite vers le monde d’après, celui de l’urgence des retrouvailles, de la fête et des 145 BPM. Du début à la fin, de la fin au début, monde d’avant et d’après, le film est une recherche profondément touchante, qui parle peu et danse beaucoup. Naïla Guiguet dresse un portrait des représentations qui habitent les imaginaires de notre génération, les contours mouvants des « paradis artificiels » où sentiments et substances effacent et écrivent ensemble. Nous sommes envahi·e·s par cette forme de saudade qui unit les corps dans une recherche aussi esthétique que politique d’être au monde.
T.C.

Tu mourras à 20 ans

Amjad Abu Alala (Soudan/France/Egypte)
C’est le premier long-métrage de fiction soudanais depuis quarante ans, et l’on ne peut qu’être admiratif·ve d’un tel come-back, comme si Amjad Abu Abala avait soigneusement préparé son film en voulant y réunir toute la beauté de son pays d’origine. Dans la province d’Al Jazeera, Muzamil est emmené par sa mère en visite au cheikh de la région. Un accident laisse croire que l’enfant est maudit, et le cheikh prononce son verdict : Muzamil mourra à 20 ans. Son père, ne pouvant affronter cette malédiction, quitte le foyer et Muzamil est élevé seul par sa mère. Entre des bras maternels étouffants et l’étude du Coran, Muzamil apprend à se détacher, lentement, des superstitions. Une rencontre déterminante, inspirée de la propre expérience du réalisateur, fait découvrir au jeune homme le pouvoir du cinéma : l’hégémonie de la narration (cinématographique ou religieuse) laisse entendre à Muzamil toute la subjectivité des croyances. Tu mourras à 20 ans, primé au festival de Venise en 2019, est une ode à la vie, aux promesses et à la foi, accompagnée d’une cinématographie aussi majestueuse que le désert soudanais.
L.M.

Tu mourras à 20 ans

Antoinette dans les Cévennes

Caroline Vignal (France)
Succès surprise de la rentrée 2020, le film s’ouvre sur Antoinette, institutrice, chantant à la kermesse de l’école « Amoureuse » de Véronique Sanson avec un peu trop d’entrain. Pas de doute, vous êtes bien dans une comédie française sans prétention. Son originalité est d’être centrée sur un rôle de femme célibataire dans la quarantaine (Laure Calamy – Noémie dans la série Dix pour cent – à qui le film doit tout) qui suit en secret son amant, père d’une de ses élèves, lors de son voyage en famille dans les Cévennes. Elle se retrouve donc face à elle-même et ses problèmes lors d’une randonnée avec un âne, sur les traces du parcours décrit par Stevenson. C’est drôle et très rafraîchissant, ça fait du bien et il y a à parier que les Cévennes connaîtront un rebond de popularité l’été prochain – de là à ce que cela devienne le nouveau Marseille, il n’y a qu’un pas…
B.D.

Si c’était de l’amour

Patric Chiha (France)
Filmer à partir d’une pièce, elle-même capable de mettre en mouvement et en fiction des corps reconstruisant le réel. Filmer Crowd, de la fascinante Gisèle Vienne, en s’approchant du désir qui suinte les mouvements frénétiques de ses danseurs. Patric Chiha et Gisèle Vienne, la rencontre de deux infuseur·se·s de désir à propos du récit de nos fictions amoureuses. Si c’était de l’amour est comme un rêve mi-amoureux mi-libidineux et mélancolique qui nous laisse au réveil des souvenirs brumeux et le corps chargé. C’est une traversée entre le documentaire et la fiction évoquant aussi nos propres trajectoires dans l’intime, notre propre capacité à mettre en fiction. On sort de ce film comme après une fête où l’on aurait beaucoup dansé, fait l’amour aussi, avec des bribes de souvenirs que nous aurions assemblées comme les éléments d’un tableau de la Renaissance : complexes, embellis et graves. On en sort aussi admiratif·ve de ces danseurs et danseuses, on en sort amoureux·se d’elleux et des autres, un peu plus amoureux·se de ce que l’on garde de nos souvenirs. 
T.C.

Never Rarely Sometimes Always

Eliza Hittman (Etats-Unis)
Autumn (Sidney Flanigan, prodigieuse) a 17 ans, et elle est enceinte. Si l’avortement est légal en Pennsylvanie, le nombre de cliniques a considérablement diminué : de 114 en 1982 à 20 en 2014. On suit le parcours d’Autumn, qui se rend à New-York avec sa cousine pour pouvoir mettre fin à sa grossesse déjà avancée. Dans sa ville natale, on lui promet d’entendre « le plus beau son du monde » lors de l’échographie. Eliza Hittman filme le périple des deux jeunes filles comme un simple voyage où la sororité n’a pas besoin de dialogues. Dans la New-York lumineuse, l’avortement est possible mais ardu : Autumn bâille, sérieuse et impassible, jusqu’à sa visite dans un centre où elle doit répondre par « jamais, rarement, souvent, toujours ». Cette scène agit comme un basculement dans la trame narrative du film. La tendresse et la subtilité de la mise en scène permettent à Never Rarely Sometimes Always de ne jamais tomber dans l’écueil d’un film social distant, et d’exister dans un échange de regards qui n’existe que dans le cinéma d’Eliza Hittman (It Felt Like Love ; Beach Rats).
L.M.

Séjour dans les monts Fuchun

Gu Xiaogang (Chine)
En s’inspirant d’une peinture traditionnelle chinoise du même nom, Gu Xiaogang délivre une œuvre méditative au rythme de la vie d’une famille de la classe moyenne chinoise. Séjour dans les monts Fuchun est un film de résistance humble et tacite, dont le rythme ne cédera jamais à la fureur de la transformation urbaine, mais se rapprochera plutôt du fleuve, ample, calme, inévitable et absolu. Les plans sont d’une richesse autosuffisante où le naturel et la beauté bouleversent inostensiblement.  Première œuvre d’une trilogie à venir, le film a vu son tournage se dérouler sur deux ans en pleine mutation des villes de Fuyang et Hanghzhou. Malgré une bétonisation agressive et des problèmes s’accumulant pour les membres de la famille (endettement, frais médicaux faramineux…), on quitte les monts Fuchun avec une étrange sensation d’apaisement. Le film embrasse la fugacité d’une saison, tout autant qu’il regarde longuement des larmes sécher ou des feuilles tomber.
L.P-G.

Séjour dans les monts Fuchun (© Beijing Qu Jing Pictures/ ARP)

Disclosure

Sam Feder (Etats-Unis)
2020 aura beau avoir été une année difficile, elle nous aura au moins apporté Disclosure. Ce documentaire bouleversant de Sam Feder pose un regard révolutionnaire sur la manière dont le cinéma et la télévision américaine ont contribué à façonner le regard que l’on porte sur les personnes transgenres. Des images d’archives précieuses et éclairantes sont mêlées à des témoignages d’acteur·rice·s, de réalisateur·rice·s, de scénaristes et d’autres personnalités trans* qui ont œuvré et qui œuvrent encore pour une représentation plus juste de leurs identités. Des premiers films Lumière à la série Pose de Ryan Murphy, c’est une nouvelle histoire du cinéma que ce film nous propose ; une histoire complexe de luttes et de révoltes qui donne à voir la dynamique fascinante qu’il existe entre la réalité vécue par les personnes trans*, leur représentation à l’écran et les croyances sociétales. Disclosure est sûrement l’un des films les plus importants et les plus émouvants de 2020, et on espère de tout cœur le voir ouvrir la voie à des fictions plus inclusives offrant des rôles plus complexes aux personnes transgenres.
J.F.

Queen & Slim

Melina Matsoukas (Etats-Unis)
Premier long-métrage de Melina Matsoukas, la réalisatrice du clip Formation de Beyoncé, Queen & Slim commence par un date Tinder plutôt pourri. Ce rendez-vous tourne mal lorsque les deux protagonistes noir·e·s, Queen et Slim, se font contrôler par la police. Le film devient alors un road-trip à la Bonnie and Clyde dans une Amérique meurtrie par le racisme et les violences policières. Porté magistralement par Daniel Kaluuya et l’incroyable Jodie Turner-Smith, leur amour se scelle au fur et à mesure des rencontres et, par le jeu d’un montage vif, le sexe prend une dimension politique, la fuite forcée vers l’inconnu devient émancipatrice. Queen et Slim incarnent une jeunesse noire américaine qui refuse de subir sa condition et de se laisser dicter sa vie par un système oppressif. Elle ne demande pas la liberté, elle l’arrache. Un film vivant, tout simplement. 
B.D.

Queen & Slim (© Universal Pictures International)

First Cow

Kelly Reichardt (Etats-Unis)
Avec First Cow, on retrouve sans surprise la finesse d’un style propre à Kelly Reichardt : une immense humanité, une capacité à faire exister les personnages dans un slowburner tendre. Figure incontournable du cinéma indépendant américain, la réalisatrice sait à chaque fois nous surprendre par la sensibilité avec laquelle elle filme l’Amérique. Ici, la première vache capture l’essence de ce qui constitue l’installation des colons anglais quelque part en Oregon. Dans un Western épuré, Kelly Reichardt montre une tout autre facette de la masculinité : un rêveur qui se lie d’amitié avec un autre outsider décide d’utiliser le lait de la seule vache du village pour faire de la pâtisserie. First Cow fait partie de ces films simples et humbles dont nous avons tous·tes besoin sans vraiment le savoir. Une bromance qui sent bon le scone anglais au bord d’une rivière paisible : n’est-ce pas ce à quoi 2020 aurait dû ressembler ?
L.M.

Ema

Pablo Larrain (Chili)
Le film suit les traversées d’Ema, jeune danseuse en réflexion sur son mariage avec son metteur en scène, l’échec de son adoption, son désir de liberté. Les récits intimes qui dévoilent ses interdépendances, dans son couple, dans ses amitiés, dans la relation à son fils, sont autant de miroirs tendus vers la société chilienne. Ema vient avant tout questionner la psychologie des corps et ce qui les traverse. Le corps collectif destructuré des danseurs et danseuses d’une troupe, face à un soleil brûlant sur une chorégraphie envoûtante dans la scène d’ouverture ; le corps individuel des personnages que l’on s’attache à suivre ; le corps social et ses névroses, ses normes, ses contradictions. Ce sont des corps attaqués, de différentes façons, que l’on tente conjointement de réparer. La résistance de ces corps à toutes formes de domination, et la résistance jouissive à la morale, réussissant à émanciper le·la spectateur·ice de tout jugement sans le·la priver d’empathie, au contraire. Les couleurs de Valparaiso, l’excellente BO de Nicolas Jaar, une image léchée et une énergie brûlante : le dernier film de Pablo Larrain peut se targuer de marquer notre regard et d’exploser la binarité de l’opposition bien vs mal.
T.C.

La Llorona

Jayro Bustamante (Guatemala/Mexique)
Des pleurs, des cris, et un traumatisme perçant des générations entières, c’est ce qu’il nous reste du visionnage de La Llorona. Tout comme Nuestras Madres (César Díaz), sorti également cette année, La Llorona aborde la question du prolongement psychologique du conflit guatémaltèque sous la dictature et le massacre de populations entières. Il s’intéresse notamment à la place des femmes face au souvenir, à la mémoire. Ce long-métrage, présenté sous le prisme du film de genre, joue sur la tension anxiogène du fantôme – la Llorona, la pleureuse – qui cherche ses enfants selon la légende. Ce film remet ainsi au premier plan le sort dramatique des femmes autochtones dans le pays, faisant de la fiction un ressort de justice mais aussi de vengeance.
C.F.

La Llorona (© ARP)

La Cravate

Mathias Théry et Etienne Chaillou (France)
À quoi peuvent ressembler la vie et les pensées d’un jeune militant FN ? Avec cette interrogation initiale, Mathias Théry et Etienne Chaillou s’emparent de méthodes et d’influences diverses : ethnographique, sociologique, psychologique mais aussi littéraire et fictionnelle. Tout en restant amarré à Bastien, militant FN d’Amiens, dont la relation avec les réalisateurs, pleine de respect et même de tendresse, reste le nœud central du documentaire. En plus d’être une contribution majeure à la compréhension politique du parti d’extrême-droite, La Cravate est aussi une brillante leçon de cinéma documentaire. Son dispositif original rappelle la règle selon laquelle chaque documentaire doit trouver sa forme singulière au contact de la ou des personnes filmées. Nouvelle preuve que le documentaire constitue sans doute l’une des branches les plus audacieuses et avant-gardistes du cinéma français.
L.R.

Un pays qui se tient sage

David Dufresne (France)
Un pays qui se tient sage est sans doute le film qui entre le plus en résonance avec l’actualité de l’année 2020, marquée par deux mobilisations majeures contre le fonctionnement des forces de l’ordre – mais « quel ordre ? », interroge une protagoniste du film. David Dufresne revient sur un corpus de vidéos montrant des violences entre forces de l’ordre et manifestant·e·s. Loin d’orienter le regard des spectateur·ice·s vers une fascination passive, le dispositif permet au contraire une prise de recul face à la violence, grâce à l’analyse de ces images par divers·es intervenant·e·s (policier·e·s, manifestant·e·s mutilé·e·s, juriste, écrivain…). Bien que leur discours les situe souvent, leurs noms n’apparaissent qu’à la fin du film, mettant ainsi en scène le jeu démocratique, celui par lequel chacun·e est égal·e et n’a pour seule arme que sa parole. Derrière la violence, le sujet du film est bien la démocratie : comment le dissensus et la contradiction peuvent-ils exister ? Quelle définition politique faisons-nous de la violence (des projectiles sur des CRS casqués ou de la casse sociale qui tue de façon autrement perverse) ? Un contrôle démocratique de la police nationale ne devrait-il pas exister ? Finalement, quel ordre souhaitons-nous ?
L.R.

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My Octopus Teacher

Pippa Ehrlich et James Reed (Afrique du Sud)
« On est bien peu de chose, et mon ami la pieuvre me l’a dit ce matin. » Parenthèse onirique et amitié sous-marine, My Octopus Teacher est une réflexion émouvante sur la rencontre des êtres, une approche philosophique et sensible du temps qui passe, et un basculement bouleversant de toutes les appréhensions que l’on peut avoir sur la notion de transmission. Dans une forêt de kelp en Afrique du Sud, un plongeur retrouve chaque jour une pieuvre, dont il tente d’appréhender et observer le milieu et les réactions ? Dans un consentement poétique, il entame avec elle une communication aussi profonde que fragile. C’est l’intensité de cette fragilité qui nous plonge, sous cette eau froide, dans un état d’émotion unique, spectateur·ice·s face à la beauté du monde, humbles face à l’inconnu, avant qu’il nous échappe.
T.C.

Garçon chiffon

Nicolas Maury (France)
Sorti la veille de la fermeture des cinémas, Garçon chiffon, premier film de Nicolas Maury (acteur connu pour ses rôles dans Les Rencontres d’après minuit et la série Dix pour cent) ne faisait pas l’unanimité au début des discussions pour ce classement (notamment pour des questions de faiblesses de scénario). Il nous semblait néanmoins important de le défendre, d’abord parce qu’il nous a fait un bien fou dans une période où tout réconfort est bon à prendre, mais aussi parce qu’il nous donne à voir avec beaucoup de douceur et de sensibilité un type de masculinité trop souvent raillé et rarement représenté dans des premiers rôles au cinéma. Nicolas Maury y incarne Jérémie, un comédien en perdition rongé par une jalousie maladive qui met son couple en péril et qui le pousse à aller retrouver sa mère (Nathalie Baye) dans sa terre natale. Un premier film over the top et touchant, aussi drôle que doux, dans lequel on peut entendre, non sans émotion, la chanson « Ma chérie » d’Anne Sylvestre, qui nous a quitté·e·s cette année. Un beau femmage.
J.F.

Garçon chiffon (© Les Films du Losange)

Kajillionaire

Miranda July (Etats-Unis)
C’était sans nul doute l’une des surprises les plus inattendues et originales de cette année. Kajillionaire aborde le portrait d’un trio familial atypique, vivant du vol, de la corruption et de la malhonnêteté. Old Dolio, la fille, a toujours baigné dans ce milieu, ne connaissant que ce modèle unique, dépourvu d’amour. Avant même d’avoir été enfant, elle a été source de capital, et un moyen de plus pour ses parents de mener à bien leurs nombreuses arnaques. L’intrusion inattendue d’une autre jeune femme, Melanie, dans le groupe bouscule les codes et la compréhension d’Old Dolio vis-à-vis de ses émotions. Kajillionaire questionne ainsi subtilement le principe de  famille, les liens qu’on y tisse, et à quel prix. Miranda July propose ainsi un cinéma indépendant dans la continuité de sa démarche, à la fois dramatique, solaire et plein de beaux sentiments.
C.F.

Kajillionaire (© Matt Kennedy / Focus Features)

Malmkrog

Cristi Puiu (Russie)
Récompensé par le prix du meilleur réalisateur dans la sélection « Encounters » de la dernière Berlinale, Malmkrog de Cristi Puiu étourdit d’envolées philosophiques et théologiques. Long de 3H20, le dernier film du réalisateur roumain adapte Trois entretiens sur la guerre, la morale et la religion de Vladimir Soloviev, écrits dans lesquels cinq personnages (philosophe, générale, politicien…) débattent de l’importance du christianisme, de l’essence de la guerre ou de la nature humaine. Les thèmes se croisent et les discussions s’avèrent quasi impossibles à suivre dans leur intégralité. Et c’est précisément ici, dans le désir de laisser la parole abonder jusqu’à l’abstraction, que réside l’intérêt du film. Les plans-séquences (entre 10 et 30 minutes pour la plupart) ne sont jamais dans la démonstration d’une quelconque maestria, mais plutôt un écrin à la beauté terrassante et discrète pour des discussions sur les notions de civilisation, de bien et de mal, ou sur la prédominance morale de la non-violence. Malmkrog est une œuvre fascinante de complexité, qui hypnotise dès les premiers instants.
L.P-G.

Madre

Rodrigo Sorogoyen (France/Espagne)
Le cinéma hispanique aura été rayonnant cette année, et Madre de Rodrigo Sorogoyen n’y est pas pour rien. Ici, le réalisateur reprend son court-métrage du même nom, pour le développer dans un film merveilleusement capté. Celui-ci se veut subtil dans ses thématiques et dans le drame qu’il met en lumière. Une mère, restée sans nouvelles de son fils disparu, le reconnaît des années plus tard dans un autre, auquel elle s’attache sans demi-mesure. Le lien de filiation et la question de l’attraction sont des choix psychologiques particulièrement forts ici. Le film dérange, intrigue. Madre est dévastateur dans son approche. La caméra aborde sans cesse des angles très précis et mouvants, capturant l’urgence et l’angoisse d’une mère. L’actrice principale, Marta Nieto, incarne à merveille ce rôle, blessée et accaparée par le souvenir de son enfant, infiniment incapable de se reconstruire hors de cette situation inextricable. Un grand moment de cinéma.
C.F.

Madre (© Le Pacte)

Par Théo Cazedebat, Benjamin Delaveau, Caroline Fauvel, Jonas Fontaine, Louise Malherbe, Louis Pierre-Grolier, Lucie Riandey

Image à la Une : Adolescentes, Sébastien Lifshitz (© Ad Vitam)

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