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Pourquoi parle-t-on si peu d’intersectionnalité en France ?

Le 24 novembre dernier avait lieu la marche contre les violences faites aux femmes Nous Toutes. Un soulèvement essentiel. Une marche qui, par ailleurs, a soulevé des tensions interassociatives. En effet, que ce soit le clivage entre féministes pro-sexe et abolitionnistes, ou entre un féminisme blanc qui peine à se définir comme tel et un féminisme intersectionnel, les désaccords entre les différents mouvements sont nombreux. Le combat contre l’oppression des femmes devrait aller bien au-delà, mais la convergence des luttes entre genres, race et classe reste très peu aboutie en France.

Issu du Black Feminism, mouvement féministe noir né aux États-Unis lors de la lutte pour les droits civiques, le concept d’intersectionnalité désigne la situation de personnes subissant simultanément plusieurs formes de domination ou de discrimination dans une société. Montrant la nécessité des convergences des luttes, l’intersectionnalité permet de rassembler et de s’identifier. Mais pourquoi en France, sommes-nous sourds – même réticents – à ce concept ? La réponse se trouve dans l’histoire, notamment celle des dominations, du passé colonial toujours très peu assumé en France.

Une impossible convergence des luttes françaises ?

Kimberlé Crenshaw, féministe majeure de la Critical Race Theory, spécialisée dans les questions de race et de genre, est à l’origine du concept d’intersectionnalité. Ayant introduit le terme à la fin des années 1980 dans un livre marquant devenu un classique Demarginalizing the Intersection of Race and Sex: A Black Feminist Critique of Antidiscrimination Doctrine, Feminist Theory and Antiracist Politics (1989), l’avocate et professeure a montré alors que la notion d’intersectionnalité permettait de transcender les clivages. Dans un article universitaire publié en 1989, la juriste afro-américaine inventait le mot pour évoquer le sort des femmes noires, victimes de discriminations à la fois raciales et sexistes, précisant que « La lutte contre le racisme doit inclure le combat contre le sexisme ». Elle disait alors que :

Le féminisme n’a aucune valeur sans intersectionnalité ni inclusion.

Kimberlé Crenshaw s’intéressa au cas d’Emma DeGraffenreid ainsi que d’autres Afro-américaines. Emma DeGraffenreid avait porté plainte en 1976 contre General Motors pour discrimination sexiste et raciste. Il s’agissait alors pour l’autrice de mettre en évidence le fait que racisme et sexisme se combinaient et parfois s’alimentait d’un point de vue institutionnel, montrant alors que leur situation, en tant que femmes noires n’étaient pas la même que celle des hommes qu’ils soient blancs ou noir et que celle des femmes blanches.

Début janvier 2019, symbole de l’actualité de son raisonnement, elle était reçue à l’Université Panthéon-Sorbonne pour une journée de réflexion autour de son œuvre théorique. Et pourtant mi-février, alors que la revue Mouvement sortait un dossier consacré à l’intersectionnalité, celui-ci fut censuré durant quelques jours. Selon la journaliste de France Culture Chloé Leprince « cette tentative de censure de Mouvements sur Facebook ne dit pas rien de la charge taboue de l’intersectionnalité en France ». Affirmation qui ne fut que confirmée : le 26 Février, une (énième) polémique autour du voile éclate lorsque Decathlon lance un hijab de course pour les femmes musulmanes voilées. Celui-ci est en effet dénoncé par plusieurs personnalités telles qu’Elisabeth Badinter, qui prône un féminisme qui « n’existe pas sans laïcité », ou l’ancienne ministre Laurence Rossignol qui parle d’un « prolongement de la soumission de la femme et critique cette banalisation». Quelques semaines plus tard, le 3 mars, dans Libération, une centaine de personnalités dont Elisabeth Badinter, ou encore Zineb el-Rhazoui, signaient une tribune pour un « féminisme universaliste », dénonçant ce qu’elles appellent « les impostures décoloniales, indigénistes, radicalistes, postmodernes…» , revendiquant un féminisme laïque et universel.

D’un tout autre côté, en réaction à la polémique autour du hijab de Décathlon, la journaliste Nadia Daam publiait sur Slate un article expliquant les contradictions de celles et ceux prônant le féminisme tout en s’offensant de la tenue des femmes. « Le hijab Decathlon n’a rien à voir avec les dissidents de la laïcité (…) Il n’impose rien. Il propose. Il accommode. Il permet aux femmes voilées qui pratiquent le running d’avoir un voile adapté aux conditions de l’exercice du sport » a défendu Décathlon dans un communiqué.

Effectivement, imposer une vision unique de la liberté des femmes aux femmes : n’est-ce pas le contraire même du féminisme ? Des médias américains comme le Washington Post se sont moqué de la France, relevant l’importance prise par la polémique du hijab. Le Post écrivait ainsi : « Une nouvelle fois, la France s’est plongée dans le ridicule en parlant des vêtements que les femmes musulmanes peuvent choisir de porter ou non », ajoutant que « les vêtements que les femmes musulmanes choisissent de porter sont un sujet à polémique en France, une société officiellement laïque qui interdit tout signe et symbole religieux dans la vie publique – à l’exception, bien sûr, des crèches et des sapins de Noël qui décorent les mairies en hiver ». Aux Etats-Unis, le militantisme des minorités raciales semble totalement différent : « Quand un policier américain blanc tue un noir, on dit la couleur, quand ça se passe en France on ne parle pas de la race, il faudrait parler de race pour pouvoir dépasser ça », disait la rappeuse Casey dans une interview accordée à Yard en Mai 2017, ajoutant « qu’en France vu qu’il n’y pas de races, il n’y a pas de racisme ». Mais comment comprendre tant de résistance à cette approche critique parmi les féministes ?

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Mennel_Ibitssem, ex-candidate de The Voice qui fût au coeur d’une polémique sur le voile.

Parler de fémonationalisme

Alors que les stigmatisations envers les femmes musulmanes se renforcent toujours plus, et que les « minorités » sont de plus en plus actives et organisées, l’intersectionnalité reste donc très peu étudiée en France, et le terme reste carrément absent du discours politique mainstream. Selon Chloé Leprince journaliste à France Culture, « Contrairement aux Etats-Unis (…), la tradition française républicaine se veut aveugle à la race et à la couleur, et ça explique en partie les résistances à l’intersectionnalité ». Pourtant selon les Glorieuses, cette notion « offre aussi un nouvel espace de visibilité aux femmes qui subissent à la fois le sexisme et le racisme et par extension, le sexisme et le classisme, le sexisme et l’homophobie, le sexisme et la transphobie, mais aussi transphobie, homophobie, classisme et racisme au sein du féminisme », et parfois même au sein de mouvements féministes, dont elles se sentent exclues. Dans les milieux féministes, une confrontation semble inévitable entre les gardien-ne-s d’une vision historique du féminisme en France, et une nouvelle génération nourrie d’influences internationales.

Dans un contexte bien franco-français, le féminisme blanc semble avoir de belles années devant lui. Le 9 Janvier 2018, dans le sillage des révélations de #balancetonporc, le journal Le Monde publiait une tribune défendant “La liberté d’importuner” signée notamment par des personnalités comme Catherine Deneuve et Catherine Millet. Quelle ironie pour une femme blanche venant d’un milieu bourgeois et ne prenant pas les transports en commun, n’étant par conséquent, que très peu confrontée au harcèlement sexuel dans la rue, que de prôner “la liberté d’importuner”, face à une minorité populaire et souvent racisée, qui elle, prend les transports en commun et se trouve en permanence confrontée au harcèlement et n’est pas protégée par des gardes du corps. L’histoire du féminisme en France n’a été portée, et surtout racontée, que par des figures de femmes blanches, Simone de Beauvoir en étant la référence absolue. Si ces femmes étaient certes en avance sur leur temps, ont lutté pour l’égalité, paradoxalement leur lutte et leur héritage produit aussi des éléments de discours excluant pour les minorités. Faisant preuve de fémonationalisme, c’est-à-dire présenter les racisés vivant en Occident comme la principale menace contre les droits des femmes, le féminisme blanc s’avère être profondément raciste.

Chaque polémique sur le voile le rappelle, et les exemples sont aussi nombreux que divers : en juillet 2015, l’actrice et chanteuse Lou Doillon, interrogée par Paris Match, s’indignait du féminisme de certaines personnalités américaines : « Quand je vois Nicki Minaj et Kim Kardashian, je suis scandalisée. Je me dis que ma grand-mère a lutté pour autre chose que le droit de crâner en string ». Donnant une (soi-disant) leçon de féminisme, Lou Doillon avait fait réagir Nadège Abomangoli, vice-présidente du conseil départemental de Seine-Saint-Denis qui relevait justement que « des propos anodins et binaires, oui, mais pas seulement. En tout et pour tout, le double standard qui existe entre les Blancs et les autres autour de sujets aussi sérieux que le féminisme ou la politique n’est plus supportable ». Elle rappelait qu’il « n’y a pas LE féminisme, mais DES féministes ». Lou Doillon alors issue d’une famille bourgeoise-bohème-blanche-européenne, met en avant cette idée coloniale d’une femme noire hyper sexualisée « un peu pute », « vulgaire » et « biatch ». La  vice-présidente du conseil départemental de Seine-Saint-Denis soulignait alors que les propos de Lou Doillon sont « symptomatiques d’un racisme inconscient ».  

Pourtant, à l’instar de Nadia Daam, ou des Glorieuses, des militantes ou journalistes féministes tentent de construire des ponts et vulgariser la notion. En octobre 2018, Les Glorieuses encore une fois, écrivaient ainsi une lettre spécialement adressée aux féministes blanches, en réaction aux propos d’Emmanuel Macron sur les femmes africaines. Le Président avait sous-entendu que si l’Afrique était pauvre cela était dû au fait que les femmes africaines faisaient trop d’enfants. Dans cette lettre, Les Glorieuses évoquent une pensée encore plus coloniale dans laquelle les français-e-s blancs seraient les sauveurs de l’Afrique, camouflant leur oppression culturelle. Comme le dit si bien Gayatri Chakravorty Spivak, politologue indienne : « L’homme blanc va sauver la femme marron du monsieur marron ».

Une nouvelle génération racisée et critique du continuum colonial

Malgré une résistance du discours dominant, le milieu militant s’organise et s’empare de ces questions. Des figures intersectionnelles ont existé – sans connaître la même reconnaissance qu’Angela Davis – et existent aujourd’hui en France : Assa Traoré, femme noire issue de milieux populaires, a su se réapproprier un militantisme de convergence de luttes. Militant pour que justice et vérité soient faites pour son frère Adama, assassiné par la police française, elle milite aussi pour les quartiers populaires et contre le racisme d’Etat. Mais il y a également Rokhaya Diallo qui se définit comme une militante féministe intersectionnelle et décoloniale. Pour celle-ci, en France, il y a un réel « problème sur la compréhension même de la notion de privilège », précisant également que « certaines féministes perpétuent l’oppression raciste, sur les femmes musulmanes voilées, en étant coloniales et ethnocentrées, en ne leur laissant pas la capacité à se penser de manière autonome, en voulant parler à leur place, en les comparant tout le temps à des iraniennes, des afghanes ou des saoudiennes ».

Octobre dernier, la politologue et militante féministe décoloniale française, Françoise Vergès faisait une conférence sur l’intersectionnalité à Nancy intitulée «De la nécessité d’un féminisme intersectionnel». Une conférence proposée par Quidam-e-s association féministe inclusive et intersectionnelle. Évoquant l’importance de cet outil d’analyse, Françoise Vergès en traite dans son dernier livre Un féminisme décolonial – où elle défend un féminisme libéré du capitalisme racial et patriarcal. Selon Françoise Vergès, « le féminisme décolonial est une approche politique de la question du féminisme, où celui-ci est vu comme un projet de libération, d’émancipation de la société toute entière et en liaison avec d’autres mouvements. Le féminisme décolonial interroge le système capitaliste dans son ensemble. »

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Lisa Bouteldja

Si on prend par exemple le terme “beurette”, celui-ci s’inscrit dans un continuum colonial. La styliste franco-algérienne, Lisa Bouteldja évoque ce terme comme « une insulte à l’intersection de fantasmes et d’oppressions à la fois sexistes, classistes, racistes, coloniales et postcoloniales »  ajoutant que « la beurette représente le plus bas de l’échelle sociale » et que « la beurette paye les pots cassés d’un passé colonial extrêmement douloureux et non résolu ».  La « beurette », la fille d’Afrique du Nord est la première recherche porno en France. Et celle-ci reste totalement absente des podiums de mode : il y a une honte en France à être beurette. Pour Alice Pfeiffer, journaliste spécialisée dans les questions de genre, c’est parce que la beurette correspond à “l’arabe pauvre” pour les clients dubaïotes, qataris mais aussi français. Symbole d’intégration à la française dans les années 80, la beurette correspondait à la “bonne arabe”, à celle qui s’imprègne de la culture française et que la France finit par apprécier. En 2016, Arte sortait le reportage Fait pas ta beurette : décortiquant l’historique des années 80, passant par les recherches YouPorn, jusqu’aux les starlettes de télé-réalité. Une image hyper-sexualisée rappelant le mythe de la « femme orientale » du 19ème siècle et de la période coloniale en Afrique du Nord. Durant la période coloniale en Algérie, l’empire colonial français organisait des cérémonies de dévoilement à Alger, comme Ari de B, danseuse de Waacking et Voguing, et militante queer et racisée le dit, cela était pour soi-disant « libérer la femme d’un patriarcat musulman ». Dans ce cas, ne s’agissait-il pas de libérer la femme d’un patriarcat en imposant un autre patriarcat ? Voilà où nous en sommes encore aujourd’hui. 

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Dans la mesure où la reconnaissance du colonialisme, en France est loin d’être faite, la construction, comme l’évoque Ari de B, ne peut se faire. Le 1er mars, un parent d’élève, ainsi qu’une association engagée dans l’éducation populaire, se sont indignés contre un exercice intitulé « Le colonialisme, une œuvre civilisatrice ». Présenté sous la forme d’un texte à trous, l’exercice débutait de la manière suivante : « Sans pour autant oublier les aspects négatifs de la colonisation, il ne faut pas oublier les bienfaits que cela a eu pour les populations colonisées » et « l’instruction« , « une langue commune » ainsi que des « soins médicaux« , étaient alors présentés comme les bienfaits qu’aurait apportés la colonisation. Dans une société aux identités multiples comme la société française, par ailleurs nourrie par l’histoire, il est urgent de décentrer le regard, et pour les personnes en position dite “dominante” de se déconstruire et repenser l’histoire. Car l’histoire de France c’est aussi l’histoire de la colonisation. L’histoire est écrite par les vainqueurs : et s’il s’agissait de bouleverser cette norme ?

Le tabou de l’intersectionnalité s’inscrit-il alors uniquement dans un continuum colonial ? Celui-ci relève avant tout du domaine culturel, et dans un pays aussi métissé que la France, les mouvements féministes se doivent alors de prendre en compte ces facteurs. Pour Ari de B, « quand on a plusieurs identités ce n’est pas parallèle ; en tant que meuf queer racisée, c’est qui est  intéressant avec l’intersectionnalité, de voir comment les identités fonctionnent ensemble » ajoutant que « Je m’exclue moi-même des débats féministes, mon féminisme est queer et racisé, et on peut voir que le communautarisme est très tabou en France, pourtant c’est une manière de se construire ». Concernant l’histoire, Ari de B dit que « le problème de la France c’est le devoir de mémoire, c’est pour cela qu’elle n’est pas en paix avec sa population » ajoutant que l’ « on colonise de l’intérieur notamment avec des lois et des polémiques autour du voile » : marginaliser serait une nouvelle manière de coloniser.

« Aux Etats-Unis, le communautarisme n’est pas vu comme un problème, en France ça l’est surtout lorsque c’est certain ; si moi je parle avec deux renois, ça y est je fais du communautarisme. Tous les jours je vois des blancs parler entre eux, mais c’est pas un problème », disait la rappeuse Casey à Yard. Le communautarisme reste toujours autant pointé du doigts en France notamment lorsque cela concerne les réunions non-mixtes, parfois racisées. Le 17 avril 2018, les étudiants qui organisaient le blocage du campus Tolbiac de l’université Paris-I contre la réforme de l’accès à l’université avaient déclenché une polémique pour avoir organisé un atelier en « non-mixité raciale ». Pour la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), réserver un espace de parole à des personnes s’estimant discriminées, tout en excluant la participation de Blancs, serait une « pratique raciste ». Or, cela fait depuis les années 1970 que la non-mixité est un pilier du militantisme, notamment au sein des mouvements féministes, ou encore des mouvements antiracistes ou queer.

Remise en cause de tous les privilèges

Le patriarcat dit blanc et bourgeois se superpose de surcroît très bien avec la perspective capitaliste, et c’est là que l’outil de l’intersectionnalité permet d’articuler autant la question de la race et du genre que la question de la classe sociale. On peut néanmoins se demander jusqu’où s’étend le féminisme intersectionnel, s’il se doit de prendre en compte par exemple les travailleuses du sexe. Dans la mesure où l’intersectionnalité favorise l’inclusion, la réponse est oui. Ovidie ex-actrice porno engagée s’intéresse à « tous les combats oubliés du féminisme ». Et si justement, l’intersectionnalité aujourd’hui concernait toutes les personnes oubliées par les combats sociaux ? L’intersectionnalité serait-elle une manière de s’identifier entre opprimé-e-s ? 

La France a sur ce point clairement du chemin à faire. En octobre 2018, selon Le Monde, le Conseil d’Etat prétextait qu’exclure les femmes lesbiennes “n’était pas discriminatoire”, ajoutant que “refuser d’accorder une procréation médicalement assistée (PMA) à deux lesbiennes n’est pas contraire au principe d’égalité devant la loi” – une manière encore une fois d’exclure, de marginaliser et par conséquent de ne pas prendre en compte les questions intersectionnelles qui subsistent. Cela ne s’arrête pas là : selon 72% des personnes trans en France interviewées pour une enquête se sont déjà, au cours de leur vie, senties mal à l’aise lors de visites médicales dans les services hospitaliers français. Concernant le féminisme queer, la France a du retard or, dans un contexte d’inégalités de genre, ces questions doivent être incontournables. Étant très peu prises en compte, que ce soit dans le discours politique ou dans la sphère universitaire, les personnes queer sont marginalisées, que ce soit sur le plan juridique ou médical. 

« Réfléchir l’inclusion, c’est prendre conscience de sa propre position » : Raphaël Pfeiffer a réalisé le film documentaire L’Œil du tigre pour lequel il a passé quatre ans avec Laurence Dubois, championne d’arts martiaux aveugle, et cette phrase résume bien le propos et l’importance de l’intersectionnalité. « Conscient d’être un homme blanc venant d’un milieu urbain privilégié », l’expérience de ce film lui a permis de se « remettre complètement en question ». La question du handicap, du regard des valides sur ceux que l’on appelle les handicapés est encore un autre champ dans lequel l’approche intersectionnelle permettrait de rendre des problématiques spécifiques audibles pour les non-concernés. 

Le concept de l’intersectionnalité pourrait permettre de rassembler tous les discriminés. Sa force est de proposer une union de lutte lucide sur les spécificités de chacun-e. Comme dans le cas du féminisme, on remarque des divergences qui persistent, il faut rappeler qu’il n’y a pas de luttes sans solidarités, sans convergence mais aussi sans remise en question de sa propre condition, parfois privilégiée. Fusionnant des identités multiples, qu’elles concernent la race, le genre, la sexualité ou la classe, il s’agit avec une pensée intersectionnelle, de briser les tabous autour de la colonisation et pousser la France à regarder la population. S’interroger sur la résistance à ce concept, c’est en fait réaliser la permanence de rapports de domination anciens et se confronter à des doubles standards.

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