Virginie Despentes, la menace Woke au théâtre

Du 12 au 16 mars à Lille, le Théâtre du Nord accueille Woke, la première pièce de théâtre co-écrite et mise en scène par Virginie Despentes. À dix jours de la première, on a lu les premières pages du texte, assisté à un après-midi de répétition : voici en exclusivité un aperçu de la pièce racontée par son autrice et sa troupe. 

L’affiche de Woke, signée Maïc Baxane, donne le ton : une hydre aux multiples têtes masculines, féminines, exultantes, piercées ou voilées, fait un cœur avec ses doigts au-dessus d’une boule disco. Côté casting, c’est un peu les Avengers du « wokistan » : la pièce est un texte inédit co-signé par Virginie Despentes, le philosophe Paul B. Preciado, les romancier·es Anne Pauly et Julien Delmaire. À la distribution, on retrouve des complices de longue date de Despentes dont le rappeur Casey et l’actrice Sasha Andres (Bye Bye Blondie) et de nouveaux visages comme l’acteur Félix Maritaud et l’artiste de cabaret Soa de Muse. De ce qu’on a pu voir de la création en cours, l’œuvre est à la fois tendre et mordante, dense (peut-être un peu trop ?), lucide mais pas fataliste. « Je ne sais pas si la pièce est bien, dit Virginie Despentes, mais je sais depuis le début, et en accord avec les autres, que ce qu’on veut, c’est que les gens n’en sortent pas abattus. On a compris qu’on était dans la merde, on va pas en rajouter. » Woke a beaucoup de choses à dire sur l’état de la France, mais s’il faut trouver un fil rouge pour raconter cet OVNI théâtral, c’est sans conteste la joie, comme technique de résistance et force de création, qui anime la troupe.

Au commencement était l’insulte

Woke se construit sur une mise en abyme : on y voit se dérouler les discussions qui ont animé les auteur·ices de la pièce pendant sa conception. On suivra principalement les pérégrinations de leurs quatre personnages-avatars en quête d’espoir, et iels seront vite rejoints par leurs saboteurs intérieurs, sortes de Jiminy Cricket énervés. À l’origine de cette œuvre polyphonique, dont la bande son navigue entre le groupe punk Le Tigre et le rappeur Kendrick Lamar, il y a un désir d’aventure collective chez Virginie Despentes : « J’aime bien travailler en groupe. J’aime bien la solitude de l’écriture, mais j’aime aussi la rompre parfois. » Au cours de sa carrière, Virginie Despentes n’a participé qu’une fois à un atelier d’écriture… pendant le confinement, sur Zoom. Beaucoup moins réjouissant que de réunir trois ami·es à Lille pour écrire une pièce et filer une réflexion collective sur le rôle de l’écrivain·e, ses hauts et ses bas : « On a parlé de nos pratiques d’écriture, de nos projets, de nos problèmes d’édition. Parce qu’on est trois à être édité·es chez Grasset, il nous est arrivé des choses particulières à ce moment-là et [l’écriture de la pièce] était un espace pour en parler. » Dans un contexte réactionnaire, l’exposition publique de l’écrivain est encore plus rude. Ainsi, la pièce est rythmée par une série de trois interviews – menées par les comédien·nes élèves de l’École du Nord –, un florilège de questions et de micro-agressions réellement vécues par les auteurs et autrices de la pièce : « Est-ce que vous condamnez les violences ? / Ferez-vous traduire la pièce en africain ? / Est-ce que vous n’êtes pas devenu·e le porte-parole du califat queer qui colonise actuellement le service public ? / Ne serait-ce pas, à la fin, du fascisme à l’envers ?… »

Nous avons une chose que les fachos n’ont pas, c’est l’humour. Et puis la créativité, la joie, le fait de ne pas se prendre au sérieux.

David Bobée
© Maïc Baxane


Alors Woke est-elle une réponse aux attaques des conservateurs de tous poils ? Non… mais un peu quand même. Ce titre est en fait arrivé assez tard, « par provoc » explique Virginie Despentes. « Ça a été une discussion parce qu’on ne se définit pas comme woke, mais à la fin, on est défini·es comme ça. On s’est dit qu’on était “wokisé·es” de facto. Maintenant, ça nous concerne comme insulte » résume-t-elle. Cette insulte, David Bobée, le directeur du Théâtre du Nord, la connaît bien lui aussi. Depuis sa prise de poste en 2021, les critiques à l’égard de ses engagements et choix de mise en scène font ruer dans les brancards les médias conservateurs. C’est lui qui a proposé à Virginie Despentes de devenir artiste associée de l’institution située sur la Grand’Place, les deux ayant déjà travaillé ensemble sur la série de lectures Virile. Dans la pénombre de la salle où il assiste à la répétition, il dit sa « fierté » de la voir mettre en scène son texte avec « la joyeuse bande » : « C’est pour moi une des pensées phares du XXIème siècle. En tout cas, elle m’a fait avancer et je pense qu’on est nombreux et nombreuses dans ce cas. Pour moi, elle a toujours un coup d’avance sur les questions féministes et progressistes. » Ce titre pied de nez l’amuse lui aussi : « Nous avons une chose que les fachos n’ont pas, c’est l’humour. Et puis la créativité, la joie, le fait de ne pas se prendre au sérieux. » Outre le fait que cette panique autour du wokisme est un non-sens théorique et historique, le metteur en scène relève que « c’est un vrai fantasme rampant, qui viendrait menacer une forme d’identité : les juifs et les bolchéviques hier, les islamo-gauchistes plus récemment… Les fachos aiment se faire peur. »

Virginie Despentes © Romy Alizée


De là à passer à la mise en scène, qu’est-ce qui intéresse la romancière dans le langage du théâtre ? Travailler avec d’autres personnes, exactement comme quand elle a adapté deux de ses romans en films. Ces cinq dernières années, elle raconte avoir progressivement délaissé le cinéma, où de moins en moins de choses l’intéressent, au profit du théâtre où elle a découvert des créations audacieuses. « C’est un pack. Je trouve que le contrat est intéressant. Déjà, parce que le public théâtre, ça me surprend, mais il est ouvert à vachement plus de propositions. » Elle en fait le constat elle-même : « Je vois que je suis plus curieuse, patiente, ouverte, plus intéressante quand je vais au théâtre. » Un ensemble de paramètres qui font de l’expérience collective au théâtre l’endroit pour offrir une forme de réconfort au public ou au moins « cette sensation quand même très importante de la culture, que tu n’es pas seul·e à voir les choses comme tu les vois. » 

Les artistes qui collaborent sur cette création semblent en tout cas avoir réussi à créer un groupe soudé en peu de temps. « C’est une chose qui me touche beaucoup cette confiance dans la rencontre » raconte Mascare, artiste de cabaret. « Parce que c’est jamais gagné ça, et là y’a un plaisir et une malice à se retrouver. Je crois que la malice en général c’est ce qui me fait me sentir le plus en vie. » La veille de notre visite, toute la troupe a fêté l’anniversaire de Mata Gabin. Sur le plateau du Théâtre du Nord, l’ambiance est studieuse et euphorique. Ça rigole beaucoup, ça parle d’avoir des super-pouvoirs, quelqu’un propose des séances de reiki individuelles et tout le monde appelle Casey en chœur pour commencer la répétition. Alors il leur fait quoi ce texte aux interprètes ? 

Tout ce texte, c’est comme un refuge, en fait.

Félix Maritaud
Inverser le rapport de force

« Ce que j’aime dans la pièce, c’est qu’on parle de tout. Tout le monde en prend plein la gueule d’une certaine manière » expose Soa de Muse tout de go. La queen de la première saison de Drag Race France souligne aussi la volonté « d’expliquer comment bien faire » des auteur·ices. Il est vrai que les thèmes ne manquent pas avec les Quatre Fantastiques réuni·es à l’écriture. Woke évoque aussi bien l’histoire de l’esclavage que les Gilets jaunes, et la panique morale transphobe. Comment la violence nous traverse et qu’en faire. Le statut d’écrivain, qui plus est reconnu, est un endroit de privilège, Virginie Despentes en a conscience. Il y a un défi dans l’intention de livrer la partie de soi et son art, tout en voulant faire écho aux problèmes d’autrui. « Tout ce texte, c’est comme un refuge, en fait. Quand je l’ai lu la première fois, ça m’a fait “Waouh !”. J’ai eu envie que tous mes copains, copines, copaines et adelphes le reçoivent, raconte Félix Maritaud. C’est comme un endroit où iels ont le droit de s’exprimer, où leurs paroles sont câlinées et prises en compte. Ça veut dire aussi soumises à une critique. »

On a besoin, à un moment, d’imposer de la légèreté.

Soraya Garlenq

La pièce s’ouvre sur une scène choc, une proposition d’un personnage-auteur qui ne convient pas aux autres. Autour d’une grande table, iels argumentent qui pour, qui contre. Ce n’est sans doute pas ce à quoi s’attendent les détracteurs des « wokes », mais la pièce valorise le débat, ce qui en fait un point fort pour Félix Maritaud : « Dans ce dialogue, il y a un espoir, parce qu’on n’a plus l’habitude d’idées contradictoires qui peuvent communiquer. » Il est vrai que dans le paysage médiatique, les bonnes discussions semblent remonter à la Préhistoire, une ère lointaine pré-CNews. Mais l’incapacité à débattre et à s’écouter ne concerne pas que les réacs, et le miroir est tendu à toustes. 

Soraya Garlenq et Félix Maritaud © Romy Alizée


« Ce que je trouve beau dans cette pièce, c’est qu’on sait d’où on parle et qui parle. Et ça, c’est tellement important… Parfois, dans le théâtre, la parole est empruntée », résume Soraya Garlenq qui incarne un personnage lesbien badass. Woke fait bien la part belle à des vécus et représentations minoritaires, toujours avec humour. « On a besoin, à un moment, d’imposer de la légèreté, d’imposer cette réalité-là qui existe aussi dans nos espaces. On en a besoin même dans nos militances. Parce qu’elle est importante. C’est ce qui nous ressource », poursuit la comédienne. Les plateaux composés de personnes queers et racisées sont encore trop rares au théâtre. Woke est l’occasion d’une réflexion sur ce fameux terme de minorité. Évoquant le droit à la complexité pour toustes et l’enchevêtrement de vécus, Soraya est formelle : « On est plus nombreux·ses que la majorité. La majorité n’existe pas. » Seul homme cisgenre sur le plateau, Félix Maritaud fait un travail spécial pour cette pièce, celui d’incarner le personnage le plus normie : « Créer un archétype d’homme blanc qui serait la minorité d’un espace, c’est rafraîchissant, en fait. » Les deux comédien·nes sont convaincus que l’avancée des idées progressistes est inexorable, quitte à invoquer aussi le mouvement des planètes qui travaille dans le sens d’une révolution ! 

J’avais envie de travailler avec des gens qui voient ce que c’est quand ils disent que la précarité, c’est humiliant. Que c’est une terreur.

Virginie Despentes

Outre Pluton et corps célestes en action, la grande force révolutionnaire au centre du propos de Woke, c’est l’amour, une idée qu’on connaît bien à Manifesto XXI. Pour enfoncer le clou, en fond d’une scène, on peut lire « Antifa love » en grandes lettres rouges un peu kitsch. Un message qui résonne auprès de David Bobée : « Ce qui peut le plus faire peur aux fachos, c’est qu’on les aime quand même. » Mais n’est-ce pas un peu idéaliste quand la menace est réelle ? « On en a besoin, comme on a besoin que les médias arrêtent de jouer aux souffleurs de braise, que les politiques calment leur positions partisanes et électoralistes où ils tendent à s’auto-radicaliser et se faire plus stupides qu’ils ne le sont… » En somme, chacun·e son rôle. Il conclut : « On a tous un travail pour arrêter d’être des connards. La culture ne pourra pas tout, ce qui est sûr c’est qu’elle ouvre des voies et qu’elle a une puissance symbolique qui va bien au-delà des murs de ce théâtre et des cinq cents personnes par soir qui feront la pièce. »

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All you need is antifa love (and money)

Woke est une œuvre queer. Mais lors du casting, un autre critère compte particulièrement aux yeux de Virginie Despentes : « C’était aussi important pour moi que tous les gens qui sont sur scène et qui vont parler d’argent puissent le faire d’une façon qui me semblait crédible et sincère. » La classe est un des thèmes forts qui traverse sa langue et son œuvre, comme celle d’Anne Pauly et Julien Delmaire. « J’avais envie de travailler avec des gens qui voient ce que c’est quand ils disent que la précarité, c’est humiliant. Que c’est une terreur. »

C’est ça, la cancel culture. C’est le moment où tu as un pouvoir financier qui dit : “Vous n’existez pas et vous n’avez pas voix au chapitre.

Félix Maritaud

Au début du projet de la pièce, une connaissance de Virginie Despentes lui reproche de « prendre une place » qui pourrait revenir à un·e auteur·ice issu·e du théâtre public. Une critique que la romancière balaye en faisant les comptes : à part pour Bye Bye Blondie où elle a touché une aide du CNC, elle n’a jamais bénéficié d’aides à la création. « Je me suis dit : ouais, c’est cool, cette vie dans laquelle on pourrait faire ce genre de pièces avec de l’argent public. » D’autant qu’à force de coupes et de financiarisation, l’autrice est convaincue que les financements publics de la culture vont bientôt disparaître : « C’est sûrement la dernière décennie où ça peut m’arriver. »

Virginie Despentes © Romy Alizée


En dehors de la bulle Woke, il reste bien fort à faire pour améliorer les représentations et conditions de travail des comédien·nes LGBT. En marge de la répétition, quand on évoque la prise de parole de Muriel Robin sur le plateau de Quelle époque !, Soraya Garlenq relève d’abord le manque de représentations des vécus queers dans leur complexité, « une première souffrance », mais le sujet s’étend bien au-delà, dans les critères qui sont posés par l’industrie du cinéma dès l’étape du casting : « On va valider ceci ou invalider cela, parce que plus haut, c’est les gens qui ont de l’argent qui décident. » Le rapport financier qui joue aussi pour la distribution des œuvres queers. Félix Maritaud évoque les difficultés de nombreux films à susciter l’intérêt de distributeurs français qui les refusent : « C’est ça, la cancel culture. C’est le moment où tu as un pouvoir financier qui dit : “Vous n’existez pas et vous n’avez pas voix au chapitre. On ne peut même pas vous donner de la nourriture pour que vous existiez parce que vous ne pesez rien.” » 

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Cette thématique de l’argent fait ressortir le volet économique de la guerre culturelle faite aux « wokes ». Les réacs, « les méchants » comme elle les appelle avec ironie, « ils ont beaucoup d’argent. En face, on n’en a pas. » Virginie Despentes estime que de nombreuses personnes ont sous-estimé l’ampleur du projet réactionnaire. « C’est Dustan qui disait avant de mourir : “On voit tout le temps des choses qui semblent complètement impossibles, qui deviennent complètement normales.” J’ai l’impression que c’est ça tout le temps : le gouvernement, Macron, Darmanin, la télévision… » Plus qu’un abattement, elle dit ressentir « un effarement », notamment face au traitement politique et médiatique du génocide palestinien. Dans ce contexte, l’art de la joie est une pratique exigeante. Qu’est-ce qui apporte de la joie militante à Virginie Despentes au quotidien ? Première réponse, sans hésiter, sa chienne. Deuxième réponse, aller en Espagne où l’ambiance militante est moins morose, et enfin lire les Sud-Américain·es, « parce qu’ils sont vraiment moins dans une dépression politique ». Elle précise : « Ça m’apporte peut-être pas de joie mais plutôt une confiance qui dit qu’en fait on n’est pas condamné·es à être dans le désarroi à ce point-là. »

Dernière ligne droite

« Le jeu est une donnée importante à convoquer quand on se sent en perte de courage », relève avec sagesse Mascare, qui incarne un personnage crucial pour la résolution de la pièce. C’est en se rendant au cabaret La Bouche, que Mascare a co-fondé avec Soa de Muse et deux autres artistes, que Virginie Despentes a découvert ses talents de MC. Pour donner vie à Woke, elle a également observé le travail de Rébecca Chaillon, beaucoup discuté avec Vimala Pons et Vincent Macaigne qui a été « vachement généreux » dans ses conseils. Des références de théâtre public que l’autrice admire, mais dont il serait bien difficile de dire qu’elle s’est inspirée. « Ces trois-là sont tellement impliqué·es dans ce que c’est que le théâtre, que je ne me dis pas que je vais appliquer la même méthode parce que je crois que ça ne produirait pas exactement le même résultat » reconnaît-elle en riant. Le temps de répétition limité fait partie du challenge : quatre semaines seulement pour une première mise en scène avec plus de dix comédien·nes sur scène, c’est chaud. 

Mascare © Romy Alizée


Et comment ça se passe les coupes dans le texte ? Le quatuor a fait un pacte, Virginie est seule responsable de la mise en scène. Elle a promis de les tenir au courant mais, rattrapée par la réalité du travail, « en fait, je leur envoie trois photos de temps en temps. Et des bisous, quoi » dit-elle en blaguant. « Là je n’ai plus de temps… Là, c’est… Poussez-vous, il faut que je passe. » Quelques coupes ont surpris ses collègues, elle tempère, veillant à travailler dans le respect de l’œuvre commune tout en prenant en compte les retours de sa troupe. « Maintenant que je mets en scène, je me rends compte que c’est une discipline qu’on ne maîtrisait pas bien, aucun·e d’entre nous » constate-t-elle. Ça fait partie du jeu, un challenge auquel peu d’autres grand·es écrivain·es contemporain·es se risquent. Elle conclut : « La pièce nous ressemble à tous les quatre. Mais seule, j’aurais pas écrit ça, c’est sûr, et je crois qu’aucun·e d’entre nous non plus. Moi, je suis contente pour le moment. » 

Sa troupe lui reconnaît son sens de l’écoute et sa capacité à adapter sa mise en scène sans ego. Dans la dernière ligne droite, il reste mille et un détails à régler. La metteuse en scène cherche la disposition idéale pour la grande tirade de Mascare. Une grande lettre W est amenée pour servir de promontoire. Le symbole est cocasse, mais l’option semble un peu casse-gueule. « L’endroit où on a le plus besoin de travailler maintenant, c’est la conscience du public et de l’espace » relève Soa, qui conclut optimiste : « On a hâte de déconstruire la vision du théâtre, s’enjouer et foutre un peu le bordel. » Comme nous on a hâte de voir cette pièce tourner pour rencontrer le public qui a besoin de cette œuvre. Pour qu’adviennent des majorités alternatives, au moins le temps d’une représentation.


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Relecture et édition : Sarah Diep et Léane Alestra

Photos dans l’article : © Romy Alizée, pour Manifesto XXI

Artwork en couverture : Léane Alestra

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