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Fils Cara dévoile sa poésie céleste dans Volume

Fils Cara dévoile sa poésie céleste dans Volume

Manifesto XXI - Fils Cara

Nouvel enfant terrible du label microqlima, Fils Cara sort son tout premier EP Volume, dans lequel il sème sa poésie contemplative sur des mélodies lunaires et mélancoliques.

Un vent frais souffle sur la musique urbaine française. Auteur et interprète, originaire de Saint-Étienne, Fils Cara, c’est l’enfant d’une mère sicilienne. Un personnage pluriel, influencé par la littérature, la peinture ou encore la musique, qui a donné naissance à Volume, un premier (grand) EP composé de 8 titres. La musique de Fils Cara se trouve à mi-chemin entre le rap et la chanson française où il se dévoile dans des textes personnels et lyriques, laissant déjà présager un Volume 2 à venir.

Manifesto XXI - Fils Cara

MANIFESTO XXI : Avant la naissance de Fils Cara, tu avais un autre projet appelé « Klé ». Qu’est-ce qui a changé ?

Fils Cara: Le changement est simplement géographique. C’est un choix que j’ai fait lors de mon arrivée à Paris. Antoine (ndlr: directeur du label microqlima) m’avait appelé à propos d’un morceau que j’avais fait sous le nom de « Klé ». Il m’a dit qu’il était intéressé pour éventuellement me faire jouer lors d’une soirée « Houle Sentimentale », au Barboteur. C’est à partir de là que j’ai décidé de plus m’impliquer dans mon projet musical et donc de changer de nom et de repartir à zéro. Je voulais choisir un nom qui était plus en concordance avec ce que je voulais faire.

J’ai assisté à ton concert à la Houle Sentimentale et dans mes souvenirs il y avait beaucoup plus d’autotune et c’est quelque chose qu’on ne retrouve finalement pas dans l’EP. Est-ce que c’est parce que tu assumes un peu plus ta voix ?

Bien sûr. L’idée c’est ça : je suis auteur avant tout et donc ce qui m’intéresse, ce sont les mots, et les mots ce sont déjà des filtres entre moi et le réel, puis entre moi et les gens. L’autotune c’est un filtre en plus qui vient se rajouter à ça. La manière de chanter c’est encore un filtre. J’essaye de me détacher de tous ces filtres de manière générale et j’essaye de travailler ma voix telle qu’elle est, d’aller chercher l’idée du brut. Je pense que je vais en venir à supprimer complètement l’idée de l’autotune. C’était aussi un moyen technique pour le concert, parce que, malheureusement, on n’avait pas encore travaillé correctement le son de ma voix. Je pense que ça me tenait à coeur de chanter juste ; donc j’avais mis de l’autotune à cette époque-là [rires].

Ce qui est encore plus enrichissant, c’est d’être teinté par la couleur d’autrui

Fils Cara

Pour cet EP tu t’es bien entouré. Il y a ton frère qui t’accompagne sur scène, Osha qui a fait tes prods et Zed Yun Pavarotti qui est en featuring. Ce sont un peu des personnes de ton entourage proche. C’est quelque chose qui te tenait à cœur ?

En fait ça s’est un peu fait comme ça… Quand je suis arrivé à Paris, j’avais dans mes valises déjà quelques maquettes notamment celle de « Nanna » qui ne ressemblait pas du tout à la version finale. Zed Yun et Osha sont montés à peu près dans la même temporalité et ça me semblait naturel de travailler avec Osha, car j’avais déjà des morceaux en cours avec lui. J’ai également travaillé avec Simon Gaspard Côte, qui est un super producteur et qui est aussi à la direction artistique du projet La Belle Vie, un groupe de pop de Saint-Étienne, et puis avec mon frère dans des arrangements vocaux et des arrangements piano. Donc oui c’était naturel.

Généralement les rappeurs s’entourent très souvent de beaucoup de producteurs. Sur cet EP c’est Osha qui a réalisé toutes tes prods. Est-ce que tu as une volonté pour plus tard de travailler avec d’autres personnes ?

Tout à fait. Pour l’instant, je suis en train de travailler sur un second EP et je travaille pour ça avec différentes personnes. On a monté une équipe avec des producteurs de type Mohave, un producteur qui s’appelle Louis-Gabriel Gonzales et qui a signé quelques productions notamment pour Lomepal. Je travaille également avec Lucas Eschenbrenner qui est un formidable producteur, qui fait de la musique électronique dans ses projets solos. Il a sorti un disque, il y a quelques années, chez Nowadays Records, sous le nom de Woodwire. Je travaille également beaucoup avec mon frère, sur des arrangements piano, car on a découvert que la formule piano-voix c’était vraiment bien. Et enfin, je travaille avec, Simon Gaspard Côte, qui était sur des arrangements de « CFC » et « Les honoraires » de mon disque actuel. C’est déjà pas mal.

Après, tu me disais que les rappeurs choisissent différents producteurs selon les sons. Je pense que ça vient aussi de leur manière de travailler. Généralement, la manière de travailler c’est de recevoir des packs de prods de différentes personnes et de choisir celles qui t’inspirent. Moi je construis les choses plus comme des chansons. J’écris directement sur la boucle qu’on est en train de fabriquer en séminaire ou alors une boucle de piano que mon frère a pu faire ou j’écris même des chansons à la guitare et ensuite on les produit. Donc, voilà on se rapproche plus de la fabrique de la chanson.

Je me suis aperçu que ça a donné naissance à une écriture qui était plus symbolique par rapport à ce que je faisais avant.

Fils Cara

Est-ce qu’à l’avenir tu aimerais bien produire ton propre titre de A à Z ?

Oui c’est intéressant. Ça m’arrive de faire des sons par moi-même, mais je trouve que, ce qui encore plus enrichissant, c’est d’être teinté par la couleur d’autrui évidemment : travailler avec ces personnes-là qui sont à la fois de très bons producteurs et puis de super copains… C’est mieux de faire ça, comme tu vois, il y a une dimension sociale derrière et c’est très cool. Puis une chanson, ça se partage. Ça ne se partage pas qu’avec le public, ça se partage d’abord dans la manière de la faire. Ce n’est pas comme la lecture ou l’écriture qui sont des choses très personnelles. Une chanson a vocation à être faite à plusieurs, à être faite par le collectif.

Ton univers musical est atypique : tu le décris comment ?

Ma musique c’est de la chanson. C’est de la chanson qui se sert du rap à la fois comme un outil et comme un retour aux sources de la musique qui m’a touché. C’était le rap qui m’avait touché au tout début. C’est des mecs comme Dani Dan ou Les sages poètes de la rue qui sont entrés dans ma tête à un moment donné. Puis à la fois développer tout le côté song-writting, avec des albums qui m’ont beaucoup touché dans les années 2010, comme les albums de Agnès Obel, Bon Iver, Benjamin Biolay, ou Keren Ann en France … Le côté aussi grandes chansons françaises, je trouve ça aussi formidable et c’est un truc que je revendique. C’est pour ça aussi que la formule piano-voix en concert, j’y suis particulièrement attaché. C’est une formule qui est également née grâce à l’événement « qui va piano va sano », événement organisé par microqlima à l’Église Saint-Merry dans le 4e arrondissement et c’était formidable.

Qu’est-ce que tu as voulu raconter dans Volume ?

J’ai voulu raconter ce que j’avais à dire sur la première phase de ma vie qui a été la phase Saint-Étienne où j’ai grandi. Et en arrivant à Paris j’ai décidé de décanter ça dans les textes et je me suis aperçu que ça a donné naissance à une écriture qui était plus symbolique par rapport à ce que je faisais avant. Peut-être par pudeur, peut-être aussi pour pouvoir atteindre le réel dont j’étais dignitaire à ce moment-là. Là ce que j’essaye actuellement de faire dans la fabrique du deuxième disque c’est plutôt d’aller chercher l’essentiel de ça et de revenir plus à un format qui est plus chanson, dans l’écriture.

Tu attaches beaucoup d’importance à la famille… Tout ton projet au final tourne autour de ça.

Oui bien sûr. La famille, les amis… Et puis c’est pour ça qu’on écrit aussi. On écrit déjà parce qu’on lit. On écrit après parce qu’on entend parler les autres. Et ensuite on écrit parce qu’on s’est chargé de toutes ces choses-là et c’est ça qui donne le style et la couleur.

La Sicile, ça représente quoi pour toi ?

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La Sicile c’est fondamental, du fait des racines, mais là ça fait un petit moment que je n’y suis pas allé. Quand j’étais plus jeune j’y allais assez souvent, tous les deux-trois ans. J’ai encore de la famille là-bas, je suis en contact avec eux. Mais c’est un rêve assez délicat. C’est un peu compliqué de dire j’ai envie d’y « retourner » parce que je ne suis pas né là-bas, mais à Saint-Étienne. Mais oui je pense qu’il y a ce mot « retourner ». La Sicile, ça m’évoque ça.

Peut-être y jouer un jour ?

Peut-être y jouer éventuellement, ça serait cool. C’est une île formidable, mais en termes de potentialité technique je pense qu’il y a moins de salles de concert à Palerme qu’à Paris. Moi je ne suis pas de Palerme en plus, je suis d’Agrigento qui est dans le sud de la Sicile. La vallée des temples ça pourrait être des décors formidables pour un clip. C’est des choses auxquelles on pense. Puis il y a tout cet univers symbolique, il y a des vestiges Greco-Romain en Sicile qui sont en fait absolument dingues, ça évoque des choses comme ça dans ma musique. Aussi dans le clip de « Cigogne » il y a un petit symbole au milieu qui s’est caché, qui est la « Trinacria » un visage à trois jambes et c’est le drapeau de la Sicile.

Manifesto XXI - Fils Cara
©PE Testard

Concernant tes clips, tu as déjà sorti un triptyque de clips… C’était quoi l’idée derrière cette démarche ?

C’est très simple. Je m’attache à la peinture, la sculpture de manière générale, c’est quelque chose qui me passionne assez, même si je ne pratique pas personnellement. En fait l’idée du triptyque est arrivée quand on s’est demandé comment travailler une série de clips. Comment rendre ça cohérent tout en travaillant un format ? Je voulais qu’on fasse 3 morceaux et il m’est venu l’idée de ce triptyque parce qu’assez souvent je me trouve devant « Le jardin des délices » de Jérôme Bosch qui est un triptyque, dont le panneau central est carré et dont les deux battants gauches et droits se referment. Il représente la création du monde avec l’enfer, la terre et le paradis… Et ça m’intéressait de trouver une cohérence formelle, de travailler comme un peintre, et donc on a fait ce triptyque de clips qui ne raconte pas les mêmes choses. Il y a différents espaces symboliques, mais en fait on se trouve dans le même état géographique.

Parmi les trois clips et comme tu le disais un peu avant, il y a des symboles qui se sont cachés dans les visuels…

Oui voilà et ça se dévoilera à terme. Parce que, à l’intérieur même de l’écriture, il y a des symboles aussi qui y sont cachés. C’est un espace qui m’intéresse aussi. Décortiquer les images, c’est quelque chose qui m’a toujours plu. Se retrouver devant des tableaux et ne pas tout comprendre. Devant les grandes toiles de la Renaissance, tu te dis, mais pourquoi ce mec a le doigt tendu vers le ciel ? Peut-être que ça représente la présence divine ou peut-être pas du tout. Il peut se passer plein de choses. Alors voilà, je me suis dit que si on pouvait se marrer un peu en regardant ces clips et se dire il se passe un truc, mais on ne sait pas trop quoi. Puis il y a des indices sur qui je suis à l’intérieur de ces symboles. Tu vois comme je te disais la Trinacria c’est la racine sicilienne, ce n’est pas directement obvious dans les textes, mais c’est là à l’intérieur du clip. Pareil pour le livre ouvert avec trois pierres dans le clip de « Contre-jour », ça, c’est une référence pour Saint-Étienne, c’est le symbole de Saint Etienne au sens du personnage historique qui a été lapidé. Je trouvais ça intéressant de pouvoir joindre cette espèce d’univers symbolique global.

Et ce choix de format vertical, c’était plus dans l’idée de correspondre à un format portrait pour un tableau ou simplement parce que les usages ont évolué et qu’on est tous sur notre téléphone aujourd’hui ?

Ça, je pense que tu connais déjà la réponse. On a de la chance en musique puisque le fond c’est aussi la forme, ce sont les notes qui sont le fond lui-même. En image c’est complètement différent, donc évidemment qu’il fallait trouver une possibilité de diffuser ces contenus-là et évidemment que je ne vais pas afficher les tableaux dans une galerie parce que je ne suis pas un peintre. Il faut diffuser les clips et on peut regarder des clips sur son téléphone, alors faisons comme ça. C’est un format classique le 16:9 en peinture… Le format portrait, mais généralement c’est moins allongé quand même.

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