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Charlotte OC, l’adversité comme moteur du succès

Charlotte OC, l’adversité comme moteur du succès

La chanteuse et guitariste Charlotte Mary O’Connor, plus connue depuis une dizaine d’années comme Charlotte OC, sort son troisième album en dix ans, Here Comes Trouble. Afin de présenter son nouvel opus, la chanteuse performait le 11 octobre sur la scène du Pop-Up du label de Paris. C’est l’occasion de revenir sur son parcours rocambolesque qui voit l’artiste se réinventer pour une surprenante réapparition post-pandémie.

L’histoire musicale de Charlotte O’Connor, avant de s’émanciper sous l’alias Charlotte OC, démarre très tôt sur des notes enthousiastes. Originaire de la ville de Blackburn située à mi-chemin entre la station balnéaire Blackpool et Manchester, elle se sent dès l’âge de 5 ans comme aimantée par le chant. À 15 ans elle apprend la guitare afin d’accompagner ses performances vocales, puis enchaîne rapidement les concerts dans les salles britanniques, dont une prestation au Cavern de Liverpool, que les Beatles ont rendu célèbre. Repérée sur la plateforme MySpace en 2007, l’agent Sam Bush décide de la signer pour un contrat de cinq ans et l’emmène jouer à New York où elle sut séduire la major Columbia (Sony Music).

En 2008, à 18 ans, la jeune chanteuse participe à la création et au lancement de la collection femme de la marque de vêtements Quiksilver, avant de devenir l’ambassadrice, égérie de la déclinaison féminine Quiksilver Women. Forte de cette célébrité précoce, Columbia lui propose de signer pour quatre albums et la marque vestimentaire spécialisée dans le style surf l’invite par la suite à se produire lors de plateaux internationaux tels que le Quiksilver Pro France à Hossegor en 2009.

Avec l’appui de ce partenariat conséquent, elle enregistre sous son nom complet un premier album en 2011, For Kenny qui, en raison de ses soutiens, avait de fortes chances de faire mouche dans l’industrie musicale grand public et d’enclencher une remarquable carrière internationale pour cette musicienne. D’autant que le disque était produit par le brésilien Mario Caldato Junior, célèbre pour son travail de mixage et d’arrangements avec les Beastie Boys.

© Maximilian Hetherington

Cette ascension à toute berzingue pour cette jeune artiste qui défrichait un paysage musical situé entre soul et folk-rock, digne d’un scénario de Disney Channel, prit néanmoins brutalement fin puisque Columbia décida de lâcher l’artiste avant même la sortie de l’opus. Il parut finalement sur le label Sam Bush Organisation Ltd en partenariat avec Quiksilver. Ce sabotage de dernière minute évinça, résolument, le potentiel succès que pouvait lui offrir une distribution par la major. Dévastée par cet échec si soudain, la jeune chanteuse ne voit comme horizon que d’aider sa mère à travailler dans son salon de coiffure. Jusqu’au jour où, résignée et prête à en découdre après la lecture de Just Kids de Patti Smith, l’irrépressible envie de revenir à la composition musicale ainsi qu’au-devant de la scène la saisisse à nouveau.

Renaissance sous alias

En 2012, la chanteuse et guitariste enregistre des démos dans le sud de la France au sein de studios appartenant à Quiksilver. Ces sessions permettent à l’artiste de reprendre confiance en son potentiel et de se réinventer en Charlotte OC, dont l’EP 4 titres Colour my Heart sort en 2013 chez Stranger Records – deux ans plus tôt le label donnait à apercevoir dans son catalogue le hit « Video Games » de Lana Del Rey. C’est alors un succès, elle se produit à la Boule Noire pour le festival des Inrocks la même année, et enregistre Strange, un second moyen-format aux arrangements plus électroniques, dans les bacs l’année suivante … chez Polydor en collaboration avec Harvest Records, filiale du groupe EMI.

En 2015, l’artiste propose un troisième opus au format similaire, Burning, soutenu par les mêmes colosses du milieu. Moins tarabiscoté, Charlotte confiait, lors d’interviews, vouloir proposer un rendu plus proche de la prestation live. C’est peut-être en raison de sa première mauvaise expérience que la résiliente artiste britannique n’avait jusqu’alors plus sortie de long-format. Elle passe le cap en 2017, pour revenir avec une formule peaufinée et une approche plus axée vers les styles de Lana Del Rey ou d’Alicia Keys, avec le 11 titres Careless People, son premier album depuis six ans, mais cette fois-ci, toujours soutenue par Harvest.

Come Back post-pandémie

Après un retour discographique avec l’EP Oh the Agony, Oh the Ecstasy, sur la structure indépendante Neon Gold Records en plein pic pandémique, l’artiste inaugure aujourd’hui son retour post-covid sur un long-format avec Embassy of Music comme nouveau label, quatre ans après son dernier album. Cependant, cette réapparition offre à découvrir une chanteuse résolument différente par son approche. Davantage soul (« Here Comes Another », « Bad News », « Centre of the Universe », « Where Do We Go »), parfois plus folk (« Forest », « Inevitable ») ou punk-rock (« Bad Bitch ») – comme son idole Patti Smith –, on y retrouve une tracklist de 12 morceaux toujours hétéroclites en somme, mais surtout clairsemée de textes introspectifs et mélancoliques où l’instrumentation est épurée d’arrangements enclins à masquer les qualités vocales de Charlotte OC. Ses compositions renouent avec l’authenticité de cette intrépide musicienne qui a constamment su se réinventer.

« En l’espace de deux mois, tout ce qui avait été n’était plus. Mon cœur a été brisé d’une manière que je n’aurais jamais pu imaginer. Confie l’artiste dans son communiqué de presse. J’ai donc trop fait la fête, je ne dormais pas, je mangeais à peine et je fumais comme une cheminée. Le mode auto-destruction était activé. Je me sentais totalement perdue dans l’espace et personne ne pouvait me ramener sur terre. »

« Pendant cette période sombre, j’ai été obligée de reconnaître certaines choses sur moi-même, et parfois pas de la manière la plus positive. C’est moi qui m’auto-dévalorise, c’est moi qui me défends, c’est moi qui suis follement amoureuse, qui ai le cœur horriblement brisé, qui suis en colère, c’est moi qui prie un dieu auquel je ne crois pas pour une vie que je ne pourrais pas mener, parce que je n’avais plus rien à perdre. Je n’aurais pas pu faire cet album sans l’amour et le soutien que j’ai reçus de mon producteur, Couros, et du petit groupe de co-auteurs avec qui j’ai collaboré sur certaines de ces chansons. Ils sont venus me chercher, moi et cet album, dans les profondeurs de l’obscurité et m’ont aidée à expulser les démons dans mon travail. »

Avec une certaine volubilité, Charlotte OC conte ses états d’âme, ses craintes, sa remise en question et sa vulnérabilité. « Quand j’étais plus jeune (13 ans), j’étais convaincue que le monde avait été fait pour moi et que j’en étais le personnage principal. Tous ceux que je rencontrais étaient là pour moi. J’avais l’habitude de regarder la fenêtre de la voiture et de regarder la lune en pensant qu’elle me suivait parce que j’étais si spéciale. Quand j’étais plus jeune, j’ai aussi eu une conversation avec mon père où il m’a fait comprendre, d’une manière très douce, que tout le monde allait mourir un jour. Je me souviens avoir pensé que j’allais en quelque sorte échapper à la mort, encore une fois parce que j’étais si spéciale … rien ne peut me toucher. » Affirme-t-elle avec sincérité à propos de son titre « Centre of the Universe ».

© Maximillian Hetherington

Et de poursuivre sa désillusion solipsiste : « Jusqu’au jour où, à l’école, mon amie m’a dit qu’elle pensait exactement la même chose. Inutile de dire que le monde tel que je le connaissais s’est radicalement désintégré en un million de morceaux alors que je regardais le projecteur que j’avais peint au-dessus de ma tête s’éteindre. Il fallait que je recommence, que je réalise que je n’étais pas spéciale, que je n’étais pas le chef de file, que tout le monde est pareil et que je n’allais certainement pas échapper à la mort. Quand j’ai compris, j’ai senti que je devenais plus empathique et tout simplement une meilleure personne. Je voulais en parler parce que c’était un moment si brillamment stupide et profond de mon enfance et je suis sûr (j’espère) que d’autres narcissiques pourront l’écouter et s’y identifier. »

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C’est ainsi avec cette nouvelle réalisation composite animée par les déceptions que la déterminée Charlotte O’Connor s’attache à chanter sans facétie Here Comes Trouble, telle une thérapie visant à exorciser les angoisses héritées de son parcours professionnel ainsi que les maux liés à sa vie sentimentale. Mais après tout, l’adversité qui a nourri sa persévérance ne serait-elle pas le moteur de son succès ?

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Photo en Une : © Maximilian Hetherington


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