2017. Une année de livres féministes

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© Maria Stoian

2017 aura été une année marquée par des mobilisations féministes comme on n’en avait pas vu depuis longtemps. Des Women’s March en réaction à l’élection de Donald Trump au mouvement #metoo, en passant par la mobilisation pour le maintien de la bibliothèque Marguerite Durand dans le XIIIe arrondissement ou contre le (non) plan du gouvernement pour lutter contre lesdites violences, un élan se dessine et sa substance se trouve en librairie.

Ce sont principalement des essais et des bandes-dessinées qui sont rassemblés ici, et Viriginie Despentes peut être fière de l’effet de King Kong Théorie. Y’en a pour les moches, les mal baisées, les vieilles, les célibataires, les mariées, les végétariennes… Pour tout-e-s. Tous les livres mentionnés ne sont peut-être pas ouvertement féministes ou écrits par des féministes, mais par leur teneur, ils apportent une contribution significative à l’avancée des idées pour l’égalité entre les sexes.

Éveiller les consciences et transmettre 

C’est le thème du nouveau livre de l’écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie, Chère Ijeawele, ou un manifeste pour une éducation féministe (Gallimard). D’ailleurs si on devait souligner peut-être une caractéristique des productions de cette année, c’est leur didactisme. Les essais prennent des formes ludiques, les discours s’enrichissent de jolis dessins pour sensibiliser les enfants ou même faire passer des idées plus simplement aux adultes. Pour que les petites filles aux cheveux crépus se sentent belles et bien dans leur peau dès le plus jeune âge, la bloggeuse Laura Nsafou (aka Mrs Roots) a édité avec la dessinatrice Barbara Brun, l’album Comme un Million de Papillons noirs (Bilibok).

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© Diglee & Ovidie

Avec deux ouvrages sur le même thème cette année, Élise Thiébaut n’a pas chômé ! Pour petit-e-s et grand-e-s, les règles sont passées au crible dans l’album Les règles, quelle aventure ! (Les liens qui libèrent) et l’essai Ceci est mon sang (La Découverte). C’est un thème qu’explore aussi Jack Parker dans Le grand mystère des règles (Flammarion). Tiens, le sexe pendant les règles, parlons-en ! Le Libres ! d’Ovidie et de Diglee édité chez Delcourt représente l’anti-manuel parfait pour que les jeunes (et moins jeunes) femmes jouissent pleinement de leur sexualité en passant en revue l’absurdité des préjugés et des diktats qui étouffent la sexualité féminine.

Liberté ! Déconstruire et s’approprier son corps et son espace

Les préjugés, Gabrielle Deydier a décidé de leur tordre le cou en écrivant On ne naît pas grosse (Goutte d’Or), construit sur une double démarche d’enquête – en quoi la société entretient-elle un tel problème particulier avec la femme grosse – et d’introspection – comment est-elle devenue obèse. On ne naît pas femme on le devient, tout comme on ne naît pas végétarienne ou grosse ; on le devient par un savant et cruel jeu de constructions.

Faut-il être végétarienne pour être féministe ? Avant de passer à table pour les traditionnels repas de Noël, questionnez votre rapport à l’alimentation et vous y découvrirez certainement des traces de sexisme. Faiminisme ! de Nora Bouazzouni (Nourriturfu) est là pour nous aider à aborder tous les enjeux politiques qui tournent autour de notre assiette, du contrôle de notre corps comme de celui des animaux.

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© Emma

Le diable est dans les détails du quotidien et Titiou Lecoq a orienté son plaidoyer sur les tâches ménagères. Cinquante-cinquante, et on pourra (enfin !) dire Libérées ! (Le combat féministe se gagne devant le panier de linge sale, Fayard). On remarquera le « ! » qui unit ces titres. Tremble patriarcat. D’ailleurs pour ceux à qui il faudrait encore faire un dessin sur les effets chronophages et pesants du déséquilibre des tâches ménagères, plus connus sous le nom de charge mentale, il y a Un autre regard de la dessinatrice Emma (Massot éditions). Un cadeau utile si vous avez un message à faire passer… Tâches ménagères et gamins, même combat : La Québecquoise Marilyse Hamelin a publié Maternité. La face cachée du sexisme, « un plaidoyer pour l’égalité parentale« . Le privé est politique, et l’écrivaine Leïla Slimani a jeté un gros pavé dans la mare en publiant Sexe et mensonges ; La vie sexuelle au Maroc (Les Arènes), un recueil de témoignages inédits.

Continuer d’écrire l’histoire des femmes

La grande Laure Adler qui a consacré la majeure partie de ses recherches aux féminismes et aux grandes figures féminines publie en cette fin d’année Un dictionnaire intime des femmes (Stock), un objet hybride qui présente de façon inédite sa vision érudite et sensible du féminin. Les passioné-e-s d’histoire trouveront aussi leur compte dans L’Europe des femmes (Perrin), coordonné par Julie Le Gac et Fabrice Virgili. L’ouvrage rassemble et commente pour la première fois un ensemble de textes fondateurs de l’histoire des femmes entre le XVIIIe et le XXIe siècle, de Paris à Moscou.

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Cullotées ! © Pénélope Bagieu

Pour rompre avec l’invisibilité des femmes dans notre présent, les livres marquant de l’année cherchent aussi à analyser le passé et mettre en lumière des figures inspirantes, oubliées ou carrément méconnues. Le collectif Georgette Sand a publié cette année son premier ouvrage Ni vues, ni connues (Éditions Hugo & Compagnie) qui « recense les mécanismes qui font disparaître les femmes de l’Histoire au travers de 75 figures méconnues ou inconnues. » Pénélope Bagieu qui a justement préfacé cet ouvrage a publié cette année le deuxième tome de ses Culottées ! chez Gallimard (et depuis les deux ouvrages sont réunis dans un coffret unique).

Voici encore trois BD qui, elles, racontent précisément le parcours de trois grandes artistes. Après Olympe de Gouges et Kiki de Montparnasse, les éditions Casterman éditent l’histoire de Joséphine Baker, racontée par Catel & Bocquet. Édité en 2016 à l’étranger, la maison d’édition Chêne a eu la bonne idée de traduire Frida ; Petit journal intime illustré sur la vie de la grande artiste mexicaine. Cette œuvre de l’auteure italienne Vanna Vinci met en scène la grande liberté de la vie de l’artiste qui chahutait les conventions de l’époque. Figure beaucoup moins connue du grand public, la talentueuse peintre de la Renaissance Artemisia Gentileschi a elle aussi vu sa vie croquée avec talent par Nathalie Ferlut et Nadia Baudouin (aux éditions Delcourt).

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Et les bonhommes dans tout ça ?

Enfin oui, que faire de l’autre moitié de l’humanité, souvent si vindicative et pourtant si fragile sous les carapaces de gros dur ? Les recherches n’oublient pas de déconstruire le masculin et sensibiliser à la violence des relations de pouvoir ! L’universitaire Maurice Daumas s’est interrogé cette année sur les racines du mal et a fait éditer le très précieux Qu’est-ce que la mysogynie ? (Arkhé). Comme pour répondre à cet essai, la philosophe Olivia Gazalé vient de publier en cette fin d’année Qu’est-ce que la virilité ? chez Robert Laffont, fort justement sous-titré Un piège pour les deux sexes. Et comme le sexisme n’est pas toujours là où on l’attend, recommandons Seximsme Man contre le seximsme un « petit manuel visant à exposer sans accuser le sexisme dans les milieux scientifiques », aux éditions Lapin. Oui oui, les éditions Lapin. Un petit livre qui a de l’auto-dérision puisque le dessinateur admet facilement ne pas être un féministe de la première heure, et s’en moque.

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© Maria Stoian

Enfin, la BD aux allures d’album, fraîchement traduite de l’anglais, Tu pourrais me remercier de Maria Stoian (chez Steinkis), est un parfait manuel pour prendre conscience de la banalité et de la gravité des violences sexuelles. Violences qui touchent majoritairement les femmes mais aussi les hommes que l’on retrouve aussi piégés sur certaines planches, chacune terriblement touchante.

Bonne lecture !

Et rappelez-vous, pour paraphraser les titres de deux ouvrages précédents de Laure Adler, si les femmes qui lisent sont dangereuses, les femmes qui écrivent vivent dangereusement. Les femmes qui ont produit ces ouvrages se sont exposées à des critiques, des moqueries, parfois aussi des insultes et des menaces. S’exprimer est un combat, et tous ces livres sont autant d’outils pour accompagner chacun-e dans son cheminement ou ne plus jamais être à court d’arguments dans un débat !

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