TDJ : L’espoir eurodance qu’on attendait

TDJ, sigle pour « Terrain de Jeux », est le nouveau phénomène eurodance venu tout droit de Montréal (on vous en parlait déjà dans nos artistes à suivre pour 2021). Depuis l’année dernière, la productrice québécoise livre des productions démesurées, extrêmes et sensibles, sur des maxis étiquetés sobrement TDJ001 et TDJ002. Vingt ans après « Better Off Alone » d’Alice Deejay, la relève de la génération trance est assurée.

Productrice et DJ, Geneviève Ryan Martel officie au sein de la scène électronique montréalaise sous le nom de RYAN Playground depuis son premier album Elle en 2016 – un projet où les sonorités acoustiques rencontrent l’électronique avec en arrière-goût une emo-pop mélancolique. C’est en 2019 qu’elle décide de lancer son nouveau projet « TDJ », mettant sur pause RYAN Playground, pour produire une musique destinée au dancefloor. Elle dévoile en septembre 2020 son premier single, le majestueux « Quest for Glory » ; course effrénée, espoir, liberté, et au-delà de tout ça, les rêves. Ce n’est pas de l’eurodance conçue pour les fêtes foraines, c’est de l’eurodance conçue pour les raves, qui transporte et laisse ce sentiment empreint d’une nostalgie imaginée. Alors rêve ou rave, le plus important maintenant, c’est de danser.

Manifesto XXI - TDJ
TDJ © Xavier Cyr

Manifesto XXI – Tu as sorti une reprise de « Better Off Alone » d’Alice Deejay à la guitare, alors que l’album original s’appelle Who Needs Guitars Anyway?. C’était un peu osé, non ?

TDJ : Je sais, c’est trop drôle… Quand je l’ai fait, je n’avais pas réalisé que le titre de l’album était Who Needs Guitars Anyway?. Je m’en suis rendu compte après, mais du coup c’était parfait ! J’ai repris ce titre parce que j’adore la musique triste, mélancolique et épurée, donc c’était juste naturel de sortir ma guitare et l’arranger en quelques minutes. Ça n’a vraiment pas été long. Et la reprise a pas mal voyagé au final ! Puis c’était un bon pont entre mon projet RYAN Playground et TDJ, parce que c’était une référence à l’eurodance, sans non plus en faire une track complètement eurodance.

Ton premier projet RYAN Playground était déjà électronique, mais tu y étais attachée à tes instruments. Avec TDJ, tu sembles vouloir t’affirmer davantage en tant que productrice électronique. Quel a été le déclic ? 

Je ne sais jamais trop à quoi m’attendre quand je me mets devant mon ordinateur pour faire de la musique. Je suis une bipolaire musicale. Des fois, je suis tentée de sortir ma guitare acoustique et juste chanter dessus ; d’autres fois, je suis tentée de faire un gros kick qui picote les oreilles et je pars de ça, mais… Je ne peux pas mélanger mon auditoire comme ça, il faut que j’arrête de passer du coq-à-l’âne en disant « voilà une nouvelle chanson ! » (rires) Et puis ça n’a aucun rapport. Je me suis dit qu’il fallait vraiment que je sépare les choses. Donc TDJ va devenir vraiment le projet électronique-progressif-eurodance-techno, et RYAN Playground le projet plus acoustique, fait pour la composition et aussi conçu pour les bands

Est-ce que tu mets RYAN Playground en pause ?

Il était en pause entre guillemets le temps que je sorte mes tracks pour TDJ toute seule, mais c’était quand même compliqué, parce que tout le monde demandait « TDJ c’est quoi ? » ou on me disait « Pourquoi tu changes de nom ? »… C’était compliqué d’expliquer que RYAN Playground était toujours d’actualité, je faisais juste de la place pour un nouveau projet. Mais avec RYAN Playground, je vais tenter de faire un album pour l’année prochaine !

La voiture de sport orange, c’est l’image qui symbolise la quête de mes rêves.

TDJ

Ton premier single était « Quest for Glory » que je trouve absolument formidable. Tu disais dessus que tu étais en constante course contre toi-même. Qu’est-ce que tu souhaites accomplir ? 

Parfois j’oublie, mais j’ai toujours eu de grandes ambitions, comme quand j’ai fait « Quest for Glory » qui est une musique assez grandiose. Si ça sonne comme ça, c’est parce que ça ne vient pas de nulle part (rires). J’ai toujours eu des rêves, aussi simplet que ça puisse paraître, d’être en amour longtemps, d’avoir une famille, de m’établir dans ma réalité à moi… J’aime rêver de beaucoup de choses, comme avoir une voiture de sport orange ! Ce sont vraiment des petites affaires, mais j’aime imaginer qu’un jour je vais louer une maison au bord de l’eau. Il y a un lien avec l’argent, mais ce n’est pas à ça que je pense, c’est plutôt à la notion d’extrême, au fait que je ne veux pas être limitée. J’aimerais avoir accès à tout ce que je veux au moment où je le veux. C’est un peu ça que je voulais dire à travers cette musique qui est si grandiose : il n’y a rien de trop gros, « it’s never too big ». Imaginer, puis visualiser, c’est une façon d’y arriver.

La musique que je fais, c’est tout le temps extrêmement émotionnel, peu importe le style. C’est le but de la musique, faire vivre des émotions.

TDJ

Sur Instagram, tu parlais de la voiture de sport orange dont tu rêves. C’est ton seul rêve ? 

C’est vraiment une métaphore, ce n’est pas mon but dans la vie, et en même temps j’en veux vraiment une (rires). Tout est beaucoup plus important que ça, mais pour moi, la voiture de sport orange, c’est l’image qui symbolise la quête de mes rêves. 

Tu disais justement que TDJ, c’est une ode aux rêves et à la liberté. Ta musique se rapproche de la trance et de l’eurodance. Pourquoi, d’après toi, c’est un genre qui se prête autant à ces thématiques ? 

Il y a un peu une notion de longueur dans les chansons, entre autres, qui fait que comme ça monte continuellement. Tu sais jamais trop où ça va t’emmener, puis tu te laisses emporter, et à un moment donné t’entends comme un appel… La musique que je fais, c’est tout le temps extrêmement émotionnel, peu importe le style. C’est le but de la musique, faire vivre des émotions. La trance s’y prête vraiment bien, parce que c’est très grandiose, très exagéré dans ses sons, ses évolutions ou ses arrangements. Donc c’était exactement le style de musique qui me correspondait quand j’ai démarré TDJ, car je me sentais « hopeful », je me sentais confiante. J’étais nouvellement en amour, donc je me suis dit « oh my god, le monde m’appartient, je vais faire de la trance » (rires).

J’étais tombée il y a quelques années sur la vidéo YouTube de Robert Miles – « Children ». Beaucoup de commentaires venaient de personnes qui étaient trop jeunes pour avoir vécu cette période dorée de la trance des années 90 et ils disaient que ça leur rappelait des souvenirs qu’iels n’avaient jamais vécus. Est-ce que c’est un sentiment que tu comprends ?

Absolument. Ce phénomène de nostalgie qui n’existe pas, c’est ça qui m’inspire. Parfois je vais m’imaginer des choses qui n’existent pas et je vais faire une chanson avec cette émotion qui n’existe pas. Je m’inspire aussi de moments de ma vie que je vais clairement exagérer… J’aime cet effet et je comprends que ça fasse ça avec la musique de Robert Miles, et j’aimerais bien réussir à le faire avec TDJ.

Je trouve qu’aujourd’hui il y a beaucoup de trance qui sonne « fête foraine ». Mais dans ta musique on sent une volonté d’innover dans ce genre-là…

Je pense que mes compositions restent toujours assez minimales. J’aime bien quand il n’y a pas trop de choses qui se passent au même moment et me concentrer sur des éléments qui selon moi sont évocateurs. Souvent, je vais avoir trop de sons au début puis je vais essayer de trouver celui qui me fait vivre quelque chose en ce moment, et je vais enlever les autres. Effectivement il y a beaucoup de trance aujourd’hui que je trouve un peu too much. Avant les vieux Tiësto ou ATB, ça semblait être beaucoup, mais il y avait juste une mélodie qui était vraiment « up ». Et c’est ça qui t’embarquait dedans, il n’y avait pas mille choses. Je me suis inspirée de cette sélection-là, comme des bons éléments. 

Et tu es inspirée d’artistes actuel·les ?

Oui, quand même ! Avant de sortir TDJ, je suivais beaucoup le label Casual Gabberz et j’étais déjà fan d’artistes comme Paul Seul, puis finalement nos chemins se sont croisés – parce que c’est Krampf qui fait tous mes mix. Il y a aussi des labels comme SpeedMaster à Berlin, c’est de la nouvelle trance inspirée de la vieille, ça sonne authentique, et il y a un artiste là-dessus que j’aime beaucoup qui s’appelle Paul Copping. C’est ça qui est cool avec TDJ : j’ai écrit à tous·tes les nouveaux·elles artistes que j’aimais parce que je voulais m’entourer à distance des quelques personnes qui faisaient ça bien (rires). Et les collaborations se font assez rapidement, donc c’est très cool ! 

Je sentais vraiment que le monde était prêt à s’ouvrir à la trance et que ça faisait tripper, mais il y a eu comme un arrêt. Mais quand ça va reprendre, c’est sûr que ça va exploser.

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TDJ

Tu as également sorti un EP de covers TDJ-182 dans lequel tu reprends des grands classiques de Blink-182, Sylver, Da-Hool, Ciara, iiO… Est-ce que la musique c’était mieux avant ?

Oh my god… C’est sûr qu’étant une personne nostalgique de nature, il y a beaucoup de musiques d’avant qui me font vivre des trucs, donc j’ai comme un attachement. Mais j’adore découvrir de la nouvelle musique ; s’il n’y en avait pas, je ne serais pas heureuse. Donc non, je suis entièrement pour l’écriture, je suis optimiste et je regarde de l’avant. J’ai confiance dans le fait que la musique va toujours être bonne, pas forcément meilleure, mais ça ne sera jamais moins bon. 

On assiste depuis quelques années à un revival de la trance. À Paris, on a même La Darude. Est-ce que tu fais le même constat de ce revival à Montréal ?

Oui, il y a quand même aussi cette scène trance. Ce n’est pas encore populaire, mais il y a clairement un revival qui se crée. Ça a commencé juste avant la pandémie, moi j’étais vraiment impliquée à faire découvrir ça, j’en mettais dans tous mes sets. Je sentais vraiment que le monde était prêt à s’ouvrir à la trance et que ça faisait tripper, mais il y a eu comme un arrêt. Mais quand ça va reprendre, c’est sûr que ça va exploser.

Tu penses que la trance peut durer sur la longueur ?

C’est une bonne question, parce que personnellement j’ai tendance à sauter rapidement d’un genre à l’autre, parce que moi-même j’aime ça : me réinventer. J’ai tendance à dire qu’il y a plusieurs genres qui vont se chevaucher, comme toujours. Ça a toujours été comme ça. Je ne suis vraiment pas historienne de la musique, mais instinctivement j’ai l’impression que quand il y a eu des gros événements marquants comme des guerres ou des pandémies, la musique qui a suivi était à l’opposé, très euphorique, limitless… Mais c’est vrai que ça ne dure que quelques années et après ça retombe dans quelque chose de très mélodépressif, puis ça suit des vagues. Je pense que c’est normal, mais je ne pense pas que la trance va mourir, elle n’est jamais morte. Il y a plein de styles qui se chevauchent, elle va juste suivre son chemin.

Krampf fait tes mix, Paul Seul et aamourocean t’ont fait des remixes, et tu vas sortir un clip réalisé par Kevin Elamrani-Lince, qui en a fait beaucoup pour des artistes de la scène électronique française. C’est une volonté de te rapprocher de la France ?

Non, c’est un peu venu tout seul. C’est vraiment parti de Lucien (Krampf) qu’on a choisi pour mixer mes chansons, qui lui a partagé à ses ami·es, et ensuite on s’est tous·tes un peu rencontré·es virtuellement. Ça a suivi son chemin sans trop avoir de direction. Mais c’est vrai qu’étant donné que je vois clairement que mon set se dessine plus en France, c’est stratégique quelque part.

Kevin, j’aime particulièrement tout ce qu’il fait, j’aime son taste, autant dans ses visuels que dans ses choix de projets en musique. Le clip a été fait à distance, c’est quand même spécial ! On a développé le concept via WhatsApp, c’était un défi. On disait dans nos conversations brainstorming que ça serait cool d’avoir des parties chorégraphiées pour faire référence aux vieux clips d’Alice Deejay, mais il fallait que je vienne en France et, avec la quarantaine obligatoire, c’était compliqué. J’ai finalement demandé à un ami de me filmer pendant que je faisais des photos de presse et j’ai comme… dansé. Je ne suis pas quelqu’un qui danse vraiment, j’aime pas trop ça, mais j’ai envoyé les rushs à Kevin et il a fait sa magie. C’est un magicien, il est trop bon.

Dans tes clips, ce sont tout le temps des personnes seules qui sont mises en scène. C’est voulu ?

Oui, c’est vrai que je n’avais même pas fait le lien, mais je crois que c’est logique dans le fond parce que c’est vraiment comme une safe zone quand je fais de la musique, je suis vraiment bien dans ma zone toute seule. Tu sais, j’ai pas des dizaines d’ami·es, je préfère avoir un petit cercle étroit et intime. Je pense qu’il y a un lien. C’est sûrement une introspection, le bon mot. 

C’est quoi la suite pour TDJ ?

Après ça, je travaille sur une compilation d’été qui rassemble une dizaine d’artistes que j’aime. L’idée c’est de faire une compilation, à la In Search of Sunrise de Tiësto. C’étaient des vieilles compilations qui sortaient mixées et aussi pas mixées, je voulais reprendre un peu le concept. Et on va aussi faire un live qui va être filmé et distribué ensuite en ligne. On veut faire un truc avec de grands moyens.

Un dernier mot ?

Il faut continuer de rêver.

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