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Buvette, le bilan d’une décennie passée

Buvette, le bilan d’une décennie passée

Manifesto XXI - Buvette 4EVER

Quelques mois après la sortie de son EP LIFE, Buvette dévoile son nouvel album 4EVER produit par Apollo Noir, (presque) dix ans après avoir démarré son projet musical. Un album rétrospectif, hommage à toutes ces personnes qui ont croisé sa route et qui quelque part ont participé à l’accomplissement de Buvette. 4EVER, c’est la célébration d’une décennie, une décennie riche, intense et passionnée.

Cosmique, hypnotique ou universel, il n’y a pas de mot juste pour décrire l’album 4EVER. C’est un disque sans frontières, dans lequel Buvette a parsemé ses émois, offrant une musique qui s’écoute plus avec le cœur qu’avec les oreilles. C’est une ode à une vie passée, à des rencontres enrichissantes et à des voyages à travers le monde qui construisent cet album. Buvette dresse les tableaux de ses souvenirs vécus, avec qui nous avons échangé pour cette occasion.

Manifesto XXI - Buvette 4EVER
©Charles Negre

MANIFESTO XXI : Est-ce qu’on peut dire que l’album 4EVER est un bilan de l’aventure Buvette qui a démarré il y a 10 ans ?

Buvette : Complètement.

Qu’est-ce que tu en as tiré ?

Alors gros scoop : quand je travaillais sur cet album, je me suis dit qu’une fois terminé j’allais arrêter ce projet. Et en fait ce n’est pas le cas (rire)… Le tout premier concert, si on considère ça comme un concert, c’était en octobre 2008. J’ai démarré avec le minimum du minimum, j’avais 3 morceaux pour ce concert et après j’ai dû improviser des choses et ce n’était pas du tout calé.

Je n’ai pas attendu de maîtriser les choses avant de les faire exister.

Je ne me suis pas posé la question de savoir si j’étais légitime pour faire de la musique et finalement ça a amené plein d’aventures. La manière dont je fais de la musique maintenant, dont je vis la musique et l’interaction que j’ai avec, à énormément changé. Avant, je faisais toute ma musique tout seul, je sortais tout sur le label que j’avais avec un pote, je trouvais moi-même mes dates, j’étais totalement autonome. Maintenant il y a toute une équipe et en fait beaucoup de choses ont changé, de ma volonté aussi, mais oui c’était un peu le moment… C’est un gros coup de rétroviseur et gros check un peu à tout le monde sur cet album.

Et la raison pour laquelle tu as commencé la musique est-elle toujours la même que celle qui te motive aujourd’hui ?

Oui totalement. J’ai commencé quand j’avais 15 ans avec mes potes d’enfance et j’en ai 34 maintenant. Ça va faire… presque 20 ans ! (rire) Sauf qu’au début, c’était très naïf, j’ai été batteur dans plusieurs groupes et vers la fin j’ai commencé à monter Buvette en parallèle. Et en fait oui je fais toujours de la musique pour les mêmes raisons qui sont hyper simples.

C’est juste qu’il n’y a rien sur Terre qui me procure autant de sensations et qui me permet autant de m’exprimer.

Le premier titre « Together » retrace un peu ton parcours jusqu’à ta signature avec Pan European Recording. Est-ce que tu es nostalgique de tes débuts ?

Nostalgique, oui de certaines choses peut-être ? Mais ce sont des choses que je n’arrivais pas à envisager sur la longueur, car c’était très fatigant. Au début du projet j’étais un peu dans des situations difficiles. Quand j’ai commencé à tourner je n’avais presque plus de maisons, j’étais plutôt dans des schémas où je voyageais beaucoup, à aller à des endroits, faire de la zic, rester chez des potes, dormir chez mon frère deux semaines… Ça m’a amené une liberté totale dont je suis probablement nostalgique, mais qui en même temps n’aurait pas pu durer sur la longueur parce que c’était un rythme intense. Je regrette peut-être un peu la naïveté qu’on peut avoir au début, comme quand on regrette notre enfance, lorsqu’on est encore un peu naïf envers plein de choses, que ce soit envers le système musical ou culturel. Je regrette la légèreté et la naïveté qu’il peut y avoir au début, mais par contre je me sens beaucoup plus impliqué dans ce que je fais aujourd’hui.

Dans ce titre on sent que tu es proche de ton label. Quelle relation tu entretiens avec Pan European aujourd’hui ?

Une relation en effet très proche. Avec tous les gens qui bossent chez Pan European, on se voit beaucoup. Ce sont les gens que je vois le plus à Paris. Je vais au bureau une à deux fois par semaine. On se voit le week-end pour faire la teuf, on se voit aux vacances… On se voit avec les autres artistes. Il y a un vrai truc qui est assez intéressant. Je trouve ça très important : avec le premier label que j’avais en Suisse, « Rowboat » – et pas « Robot » c’est plus « bateau à rames, parce qu’on considérait qu’on remontait le courant à l’époque – et qui était un label dans le sens où on sortait, mon pote et moi, nos propres projets dessus. On le voyait déjà plus comme quelque chose de collectif. On faisait des compiles, on organisait des tournées, ou des soirées… On faisait venir des artistes d’autres pays pour qu’ils passent une semaine en Suisse où on enregistrait deux morceaux, 4 concerts, puis après ils retournaient chez eux et nous on allait ensuite jouer là-bas.

Je trouve que la musique c’est un super vecteur d’amitié et d’échange.

Je suis hyper content d’avoir rencontré Pan European, même si je ne les ai pas vraiment cherchés et s’ils ne m’ont pas vraiment trouvé, parce que c’était une amie en commun qui nous avait présentés et ça s’est passé très fluidement, très naturellement. J’ai directement aimé cette rencontre et cette collaboration, ce que ça a amené. Avec Pan, c’est la même chose qu’on cherchait avec ROWBOAT, mais de manière plus professionnelle dans le sens où ils m’ont donné les moyens de le faire, chose que nous n’arrivions pas forcément à faire en Suisse, comme générer un peu de tunes, trouver les moyens de vendre un morceau, des disques… Eux, ils ont cette force-là. J’étais enchanté par cette rencontre à savoir trouver ce que moi-même je cherchais à faire, mais ici avec eux à Paris.

Avec ton précédent album Elasticity il y avait déjà une forte notion au temps. Ici avec 4EVER on la ressent encore. Quel rapport tu entretiens avec le temps ? Est-ce que c’est quelque chose qui t’angoisse ?

Non, c’est quelque chose qui me fascine, plus que ça m’angoisse. C’est vrai que j’ai plusieurs titres qui parlent de ça dans mes albums. Je n’ai pas peur de vieillir. Je prétends ne pas avoir peur de la mort, mais ça, tu ne sais jamais vraiment. Mais c’est un thème qui me fascine, je pense. Le temps, et les sortes de dimensions temporelles… Ça m’intéresse beaucoup, même si au final je n’ai jamais été trop dans la science-fiction en réalité, c’est un univers qui ne m’a jamais beaucoup touché.

Pourtant dans ton nouvel album 4EVER, peut-être grâce à Apollo Noir, il y a des sonorités un peu cosmiques qui touche limite au domaine de la science-fiction…

Ça totalement ! Je pense que c’est plus dû à son travail en effet. Après on a vraiment fait l’album ensemble, comme un vrai tandem. C’est plus son expertise, son extrême maîtrise et tout son matériel, qui en fait, lui donne ce rôle de producteur. Ce qui est intéressant c’est aussi le dialogue, le système de langage qu’on a dû mettre en place pour faire l’album, car ça prend quand même un peu de temps pour comprendre ce qu’on veut illustrer soniquement avec des mots. Mais je suis assez d’accord, il y a un côté science-fiction, mais ce n’est pas de la science-fiction de vaisseaux spatiaux ou de trucs de galaxie.

Mais parce que dans ton titre « Jupithing », on dirait vraiment qu’il y a un vaisseau spatial qui est en train de décoller…

C’est clair ! Mais toi tu entends un vaisseau spatial parce qu’on t’a dit : « ouais un vaisseau spatial ça sonne comme ça ». Sauf que dans l’espace il n’y a pas de son. En fait, c’est une sorte d’accord collectif qu’on a mis autour des sons de science-fiction. Peut-être qu’un faisceau de lumière dans le ciel au lieu de faire (imite le son), il fait peut-être aucun bruit finalement.

Oui, mais tu connais la sonorité d’une fusée qui décolle, c’est un peu le même délire, non ?

Ça oui ! Je suis d’accord, il y a cette volonté. Mais dans « Jupithing », c’est plus de l’ordre de l’intérieur, c’est métaphorique. Ce son-là, qui suggère un décollage, c’est tout un truc qui t’emmène un peu loin. C’est plus une métaphore de sensations, d’émotions humaines brutes.

« Jupithing », c’est un morceau qui parle un peu des montagnes russes sentimentales que peut être la vie. C’est un morceau un peu emo… Parfois on choisit de monter sur une montagne russe alors qu’on est pas toujours forcé à y aller. Dans le son j’essaye d’illustrer ça. C’est presque quitter la vie. Partir flotter quelque part, genre Enter the Void (ndlr : de Gaspard Noé). Mais ce n’est pas forcément la mort non plus que j’ai essayé de représenter. C’est plus cette espèce de liberté de néant où en réalité il n’y a plus rien, il n’y a plus d’émotions ni de sensations. S’il n’y a plus d’émotions, il n’y a plus de tristesse… S’il n’y a plus d’émotions, il n’y a plus de douleurs, etc. Toutes ces choses-là partent ! Et puis finalement on y revient, parce qu’on choisit de vivre ! Et dans tous les beaux moments, il y a toujours des moments tristes… Mais c’est un morceau assez simple, un peu mélancolique, un peu emo.

Le disque parle de beaucoup de choses : d’amitié, de voyage, mais un peu aussi du monde virtuel. C’est quoi ta relation avec les réseaux sociaux ?

Oui c’est un peu la suite de « In real Life » de l’EP. J’utilise les réseaux sociaux et notamment Instagram, c’est le truc à travers lequel je suis actif pour montrer visuellement ce qu’est mon projet. J’ai arrêté d’utiliser Facebook personnellement, comme personne « Cédric ». J’ai encore une page Facebook « Buvette » qui est pilotée par mon label, je leur dis ce que je veux mettre. Mais j’entretiens un rapport plutôt « OK ». Je pense que c’est un peu compliqué…

Ça déforme beaucoup les rapports humains, ça les emmène ailleurs de ce qu’ils peuvent être dans la vraie vie en fait.

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C’est un peu une façade ?

C’est une façade qui a trop d’importance. C’est genre le nombre de gens qui te suivent, qui commentent… Tu peux paraître avoir beaucoup d’amis, d’être maqué avec beaucoup de monde alors que tu serais incapable de passer une soirée avec la moindre de ces personnes. Ce n’est pas une vraie amitié. Après je trouve que c’est génial dans un sens où j’aurai aimé à 14 ans pouvoir envoyer un message en direct à un artiste ou une artiste que je kiffe. Pas sûr qu’il ou elle le voit, mais à l’époque tu devais écrire au fan-club donc autant te dire que c’était un peu mort. Tu recevais une photo dédicacée avec un « merci de nous écouter ». Alors que là, tu peux écrire ou taguer ou créer une interaction rapide avec des artistes et ça je trouve que c’est hyper intéressant.

Maintenant ça semble obligatoire pour un artiste d’être présent sur les réseaux sociaux, vous êtes plus seulement des musiciens, mais vous avez aussi un job de communicant.

Oui, mais c’est le cas pour n’importe quoi : un restaurant ou un hôtel, par exemple, ils sont obligés de passer par là. Mais après c’est une sorte de serpent qui se mord la queue. Tu as 500k abonnés sur Facebook ou Instagram et par exemple Spotify ils se disent du coup : « Ah, mais tiens on devrait le mettre en avant lui parce qu’il est beaucoup suivi ». Du coup tu as beaucoup plus de streams sur Spotify et tu as les tourneurs qui se disent : « Ah putain tout le monde écoute ce truc-là » et en réalité la musique n’est peut-être pas très intéressante.

L’artiste va faire 150 dates dans l’année et en fait, son talent est plus dans la com’ que dans la musique.

On regarde plus les stats que la musique en elle-même maintenant…

Oui tu vois sur les festivals ils programment les artistes qui ont beaucoup de gens qui les suivent sur les réseaux en général. Alors que quand il n’y avait pas cette espèce de baromètre, un programmateur ou une programmatrice pouvait tout à fait présenter un coup de cœur sans avoir à se justifier. C’était juste pour la musique, parce que dans le fond c’est la musique et non le nombre de likes que va avoir la photo que les gens prennent d’eux à la fin du concert avec tout le public derrière. En vrai, on s’en fout un peu… S’il le disque est pourri, il est pourri.

Tu te vois où dans 10 ans ?

Bonne question… Dans 10 ans je serai encore actif musicalement, mais peut-être pas de la même manière et je ne me vois pas vivre dans une ville. Quelque part d’intéressant en dehors de la ville.

Paris te saoule ?

Comme presque tout le monde, on entretient tous un rapport amour-haine avec cette ville et ça fait partie des villes les plus dures au monde. C’est comme Londres ou New York, en général c’est un peu conséquent comme choix d’aller vivre dans ce genre d’endroit. C’est un peu oppressant, mais après c’est génial en même temps ! Parce qu’il se passe plein de trucs. Moi j’ai grandi en montagne, je n’ai pas un cerveau qui est programmé pour aller vivre en ville toute une vie, ça change mon comportement, ça change mon rapport au monde si je reste trop longtemps en ville. Ce sont ces signaux qui me font savoir que ce n’est pas pour toujours. Du coup dans 10 ans, je ferai probablement de la zic encore, peut-être pour d’autres gens, peut-être en radio, peut-être que j’aurai monté mon propre label… Peut-être que je ferai encore ça, ou peut-être un nouveau projet ? Peut-être que je serai DJ de hall d’hôtel ? Ou je ferai de la musique de film et je gagnerai plein de tunes !

T’as quelque chose à ajouter, à partager ou une dédicace ?

Je fais un gros check à tous les gens qui écoutent ma musique et chez qui ça provoquera des émotions et des choses. C’est juste une proposition comme ça de ressentir quelque chose, mais ma musique n’est pas dogmatique… Ce n’est pas vénère. Si tu n’aimes pas, tu n’écoutes pas et si tu aimes et bien je te salue !

/Buvette | La Maroquinerie 14.04/

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