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Rencontre avec Nueva Costa, artisans d’une synth-pop exigeante

Si vous cherchez à en savoir un peu plus sur la scène musicale indé chilienne, la réponse se trouvera forcément chez BYM Records, le label né à Santiago qui fait du bruit outre-atlantique avec des groupes aux rayonnements internationaux comme the Holydrug Couple et Nova Materia. Lors de leur passage à Paris, on a pu rencontrer Nueva Costa, un des groupes signés chez BYM et dont le dernier album Dilema est un concentré de pop vaporeuse, d’italo disco et de références subtiles à la Library Music.

Avec Dilema, on souhaitait quelque chose de plus instrumental et atmosphérique mais en gardant les mêmes influences.

Malgré ce que l’on pourrait croire, Daniel Bande et Angelo Santa Cruz de Nueva Costa n’ont pas toujours sonné si synth-pop. D’abord un quatuor avec une formation classique de guitare/basse/batterie, ils sortent en 2013 leur premier album El Gran Espiritu. « En 2013, c’était la mode des groupes de rock psyché et même si on avait des choses en commun avec ces formations, on n’a jamais voulu coller à cette étiquette. Sur notre premier album on avait un orgue qui sonnait 60s et des guitares acoustiques, on était ce qu’on peut appeler un groupe de « rock ». Avec Dilema, on souhaitait quelque chose de plus instrumental et atmosphérique mais en gardant les mêmes influences ».  Des influences qu’ils vont piocher aussi bien chez Broadcast que dans la musique populaire chilienne. « On aime parler de choses issues de la culture populaire chilienne. Même dans notre son, on s’inspire beaucoup de notre propre environnement que ce soit de la pop locale entendue à la radio ou des telenovelas ». Les Nueva Costa sont tout sauf prétentieux, ils ont à coeur de dépeindre un monde qui se rapproche le plus possible du leur. C’est aussi pour cette raison qu’ils chantent en espagnol. « Notre approche à la musique est très simple, on veut garder les pieds sur terre. »

Dilema a été fait avec le strict minimum qu’on avait chez nous, des éléments petits et pratiques plus que des gros amplis de basses ou de guitares.

Plus qu’un changement de formation, Nueva Costa a aussi revu sa manière de composer et d’enregistrer pour qu’elle tende vers un minimalisme de musique de chambre. « Pour cet album, on a voulu se retrouver tous les deux dans notre appart et faire de la musique avec le moins d’instruments possibles, juste des synthés et des ordinateurs. Dilema a été fait avec le strict minimum qu’on avait chez nous, des éléments petits et pratiques plus que des gros amplis de basses ou de guitares. Même si on avait voulu voir plus grand, on n’avait que peu d’espace pour travailler. » En plus d’être une nécessité, c’était une esthétique qu’ils recherchaient. Parallèlement au projet Nueva Costa, les deux musiciens sont aussi DJ, et ils voulaient donc produire le genre de morceaux qu’ils pourraient jouer durant un de leurs sets. Même si ce n’est pas de l’EDM ou de la techno, certains éléments dans le mix et les arrangements peuvent tendre vers une experience de club. « Au début, on a enregistré beaucoup d’instruments comme des pistes de guitare ou de basse et ensuite, au mixage on a fait un gros tri afin de ne garder que le noyau. Notre processus va de pair avec l’écoute de musiques électroniques de clubs : la basse qui monte et qui descend et le beat qui ne s’arrête jamais. » La collaboration avec le DJ et producteur de house, Alejandro Paz, qui a produit Dilema, paraissait comme une évidence. C’est en s’associant qu’ils ont pu aller au bout de l’esthétique recherchée.

Les gens se créent des fantasmes sur le Chili qui sont totalement faux.

Depuis le succès de certains groupes locaux de l’écurie BYM Records, la presse s’était emparée du sujet, dépeignant le Chili comme une terre particulièrement fertile en terme de rock psyché et autre dream pop. Une vision fantasmée loin de la réalité. « Au Chili, personne ne va aux concerts. Quand the Holydrug Couple font une date là-bas, il n’y a pas foule. Les gens se créent des fantasmes qui sont totalement faux. Il n’y a pas tant de groupes intéressants que ça et la plupart des musiciens doivent bosser à côté, c’est la réalité du quotidien. »

Et alors cette famille BYM? Plutôt un genre de famille éloignée qu’on ne croise qu’une fois par an à Noël. « De l’extérieur, on dirait qu’on traîne tous constamment ensemble, mais en réalité on a tous des vies très différentes, avec des activités et des cercles d’amis différents. C’est un label qui réunit des groupes aux identités multiples, ce qui est une bonne chose. » Même si à l’intérieur du label, les groupes peuvent être amenés à collaborer ou jouer sur les mêmes dates, on est encore loin d’une vraie « scène » chilienne.

Pour leur concert à Paris, à l’Espace B, les Nueva Costa avaient frôlé la catastrophe en arrivant sans leur matos qui était resté dans leurs baggages, coincés quelque part entre le Chili et la France. « On improvise notre set aujourd’hui. Les synthés qu’on nous a prêtés ont la technologie MIDI et c’est tout ce dont on a besoin pour jouer. On ne sait pas ce que ça va donner mais on espère que ça fonctionnera. »  Et ça a fonctionné. Le public était au rendez-vous et se balançait au rythme de morceaux hyper efficaces comme « La noche en la ciudad » ou le tube « Dilema », qui débutait et cloturait le set. « En live, on traite le son plus qu’on ne le produit. On aime moduler tous les sons donc on ne peux pas « jouer » de nos instruments, à proprement parler. » Créateurs d’ambiances, ils parviennent, d’un mouvement de doigt, à plonger le public dans un univers doux et vaporeux. Comme la boule Lush qui manquait à votre bain.

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