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Otzeki : « Canaliser notre amour, quelle que soit l’adversité »

Otzeki : « Canaliser notre amour, quelle que soit l’adversité »

Après un premier album, Binary Childhood, et une tournée mondiale, Otzeki en dévoile un second, Now Is a Long Time, sur le label Akira Records. Les plages qui composent le disque invitent les corps à se mouvoir, à former des foules dansantes, ravivant des bribes de souvenirs lointains d’ambiances, de lieux, de fêtes, de concerts.

Le duo, composé des cousins ​​Mike Sharp et Joel Roberts, diffuse un message d’espoir et apaise les corps esseulés. Les rythmes envoûtent, les genres s’entrelacent, les émotions s’engouffrent, et nous font vaciller. « En utilisant la musique comme arme de prédilection, dans le but de ramener la raison dans un monde déjà trop saturé de musiciens », Otzeki offre une nouvelle voie pour un futur musical plus radieux. La moitié du groupe, Mike, répond à nos questions.

© Charlie Millar

Manifesto XXI – Sur le communiqué de presse, on peut lire : « Otzeki est un projet construit autour de l’équilibre et de la dualité. Ceci n’est nulle part plus apparent qu’à travers les forces du yin et du yang auxquelles se réfèrent les membres de ce groupe, les cousins ​​Mike Sharp (au chant et à la guitare) et Joel Roberts (claviers, Ableton). » Qui est le yin et qui est le yang ?

Mike Sharp : Joel est généralement le yin et je suis le yang, mais ce n’est pas toujours aussi évident !

Comment décrirais-tu votre duo ?

J’ai tendance à écrire les chansons, les mélodies et à apporter un aspect plus « humain » à notre musique. Joel se concentre sur la production des percussions, la curation des rythmes et la conception sonore, qui lui sont tellement personnelles qu’elles façonnent notre identité en tant que duo. De manière générale, je me charge des aspects visuels liés au groupe, de la réalisation des clips à la conception des pochettes de disques, des affiches ou encore de la production scénique ; tandis que Joel s’occupe de jouer l’ingé son et de tous les aspects pratiques du mixage des morceaux pour nos concerts.

Vous avez tous les deux vécu à Berlin en parallèle, sans savoir que vous étiez dans la même ville au même moment, et que vous aviez tous les deux vécu cette même révolution sonore liée aux clubs techno. Tu peux m’en dire plus ?

C’était en 2013, nous nous étions tous les deux imprégnés de nouvelles influences musicales en voyageant à Berlin et en allant de club en club pendant une semaine environ (on n’y a jamais vécu en tant que tel). C’était avant que nous ayons vraiment envisagé de faire de la musique ensemble, donc quand on a découvert que nous étions allés aux mêmes soirées, avions vécu les mêmes choses, il nous a semblé important d’essayer de jammer ensemble un jour. Jusqu’à ce que je fasse l’expérience de la vie nocturne berlinoise, j’avais l’impression que la techno appartenait au passé, mais il y avait quelque chose de nouveau dans cette scène qui m’a donné envie de contacter Joel et de voir si nous pouvions créer quelque chose ensemble, vu qu’il était un peu obsédé par la production de techno minimale à cette époque.

© Charlie Millar

Quand avez-vous commencé à jouer ensemble et comment en êtes-vous venus à l’idée de créer un groupe tous les deux ?

Autour de 2013, Otzeki a commencé à prendre forme, mais on avait déjà fait des jams guitare-voix plus jeunes, sans avoir jamais pris au sérieux le fait de travailler ensemble ; on était juste des cousins ​​et des amis plus qu’autre chose. Au départ, on était en trio avec un autre cousin, Adrian. On jouait autant que possible en live et on travaillait avec le producteur Beni Giles, aka Adhelm, et c’est à partir de ces premières collaborations que le groupe s’est développé pour devenir ce qu’il est aujourd’hui.

En tant qu’êtres humains, on apprend toujours de nouvelles manières de canaliser notre amour, quelle que soit l’adversité, et je suppose que c’est là qu’intervient la notion d’espoir.

​​Mike Sharp

Quelle était la ligne directrice pour ce nouvel album, Now Is a Long Time ?

Accepter l’humanité et l’imperfection face à la stérilité d’un univers virtuel parallèle. On voulait écrire un album pop dansant, rempli de hooks, mais en réalité, ni Joel ni moi ne gravitons vraiment autour de la pop. On ne sait plus vraiment ce que ça signifie de nos jours donc c’est un défi étrange à relever. Lorsque la réalité s’est imposée, on a fini par s’inspirer ailleurs.

À travers vos différents projets, on retrouve toujours ce message d’espoir, avec la musique comme arme face à un monde qui se délite. Que souhaitez-vous énoncer et dénoncer ?

La vie peut être difficile, donc l’amour est essentiel. En tant qu’êtres humains, on apprend toujours de nouvelles manières de canaliser notre amour, quelle que soit l’adversité, et je suppose que c’est là qu’intervient la notion d’espoir. Le monde ne s’effondre pas, c’est un beau paradoxe que d’observer comment la destruction apparente causée par les volcans peut finalement conduire à la création d’une nouvelle vie.

Quelles sont les énergies que vous vouliez retranscrire à travers cet album ?

Le rythme, le sexe, l’amour, la fragilité, la froideur, la chaleur, le mystère, la passion, l’anxiété, la liberté, la nostalgie, la contemplation, la folie, la colère, la synergie, la culpabilité, le chaos, le doute, la résurrection, la clarté, la tranquillité, la liste est longue et la plupart de tout ça était subconscient.

Vos morceaux oscillent entre l’ombre et la lumière, le minimalisme et des tracks plus dansants. Comment tu l’expliques ?

Ça monte – ça redescend – c’est plaintif – ça s’essouffle – ça frissonne, comme le vent dans les branches – c’est un processus – c’est une mécanique – c’est une émulation – ça va vite.

Vous avez certainement composé cet album en plein Brexit. Comment cela a-t-il affecté vos compositions ?

On avait quelques grammes de plus dans le sang. 

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nadia slimani na3na3 manifesto 21 © jules roques

Sans corps pour absorber le volume, l’adrénaline et l’intensité d’une foule, il manque quelque chose à l’âme humaine : l’immédiateté et l’empathie.

​​Mike Sharp

Vous êtes remarquables en live, il y a beaucoup d’intensité, de dévotion, de sincérité. Ces performances font partie de votre identité. Nous sommes dans une période noire pour les concerts. Quelles en sont les alternatives pour toi ?

Malheureusement, je ne pense pas que l’on puisse remplacer les sensations des concerts uniquement par des projecteurs et des enregistrements (même si on essaie de le faire). Sans corps pour absorber le volume, l’adrénaline et l’intensité d’une foule, il manque quelque chose à l’âme humaine : l’immédiateté et l’empathie. En tant que société, il semble que nous apprenions à nous présenter naturellement dans un média qui, traditionnellement, n’appartenait qu’aux présentateurs tv, aux acteurs et à ceux qui voulaient la gloire à tout prix. Le cinéma se prête au rêve et est perdu sans le goût, l’odeur, la texture, l’échelle des objets, mais on peut le suggérer d’une autre manière. C’est mieux que rien et, bien que nous soyons limités au langage de la lumière, on se sent toujours chanceux d’avoir cette alternative. Ça m’a permis d’être plus connecté à mon environnement immédiat, à la rue, ses nuances architecturales et à la masse de gens qui m’entoure lorsque je me balade dehors, mais aussi aux défauts/pannes de caméras et aux bugs de connexion.

L’avenir est-il prometteur pour les musiciens en Grande-Bretagne ? Et pour la musique électronique en général ?

Je l’espère oui, tant qu’on peut continuer à jouer dans d’autres pays et chez nous !

Enfin, peux-tu raconter l’histoire derrière la pochette de votre album ?

J’ai sauté sur les épaules de Joel et j’ai peint à la bombe un panneau d’affichage vierge à Waterloo [dans le quartier de St. James à Londres, ndlr] pendant que Charlie, notre manager, prenait les photos. DIY.

Image à la une : © Charlie Millar

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