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Krista Papista, Kode9, Mama Told Ya : Accords Perdus #20

Krista Papista, Kode9, Mama Told Ya : Accords Perdus #20

Deux fois par mois, la rédaction musique revient sur les projets et les actualités musique marquantes des deux dernières semaines. Kode9, Krista Papista, Mama Told Ya, Working Men’s Club, Fatale, Khai Whinston, Safety Trance : voici notre sélection des projets !

Les actualités du moment

✩ Conférence Boudica Music à Londres : si vous êtes en outre-Manche le 9 août, on vous conseille vivement d’aller à la conférence Boudica Music au Freemasons Hall. L’événement vise à donner une plateforme aux artistes impacté·es par un manque de visibilité dû à leur questionnement au genre. Iels souhaitent programmer uniquement des artistes non-binaires, trans ou fxmme. S’y produiront Bishi, Nkisi ou encore Planningtorock.


Les nouveautés à écouter

✩ compilation Fatale, Don’t Panic 2 de Association Fatale (sorti le 13 juillet)

Association Fatale se rassemble une nouvelle fois pour « Fatale, Don’t Panic 2 » cette année avec 5 nouveaux titres aux chants français, espagnols et anglais. La summertape de 2020, « Fatale, Don’t Panic » avait déjà fait parler d’elle : Zulu précédemment invité refait une apparition sur cette nouvelle compilation. On retrouvera ici du reggaeton aux sonorités trap et aux inspirations hyperpop. Les voix de Lazza Gio, Boï et également Eloi y font de belles envolées et vibes autotunées, ces voix associées aux grosses rythmiques prenantes, feront bouger toutes les pistes cet été.

MD.

✩ Noches de Terror de Safety Trance (sorti le 14 juillet)

Luis Garban alias Cardopusher, connu pour son électro redoutable donne vie à un autre projet : Safety Trance, initié sur mutants100000000 en 2020, une plateforme multidisciplinaire donatrice de tous ses bénéfices à des associations qui aident les minorités de genre, les personnes qui font face à des oppressions et qui ne disposent pas des droits humains fondamentaux. Avec Noches de Terror, Safety Trance revient en pleine canicule taper fort sur Boys Noize, en emmenant avec lui le reggaeton vers de nouveaux territoires. Tous·tes deux latinx, Arca et Safety Trance unissent leur zèle sur « El Alma Que Te Trajo » avec un synthé sexy – équivalent lors de leur collaboration déjà sur Prada/Rakata – et brisent des glaces ensemble de leur tour de hanches. Les bisous de feu quant à eux, « Besos De Fuego », hardcore, sont tout prêts tout chauds à souffler sur le sol, avant l’acide de « Cuando Suena El Dembow » qui suinte langoureusement et donne un peu plus la fièvre. Les sirènes ne cessent pas sur le closer « SXXRGGTN » qui lui balaye tout sur son passage. Des tranches de reggaeton prises dans un signal granuleux : une lente deconstruction, cinglante, mais qui nous accueille radicalement – bien s’hydrater après ça.

CW.

✩ compilation MTY-TERRE de Mama Told Ya (sorti le 15 juillet)

Comme il en est désormais coutume à chaque changement de saison, la chief mama du label Mama Told Ya guide d’un mantra une poignée d’artistes vers les pistes d’une nouvelle réflexion collective. Pour cet été, c’est l’énigmatique Contre tout, toutes et tous, la terre demeure, qui inspire la nouvelle compilation MYT-TERRE sortie le 15 juillet sur le label d’Anetha. Un parti pris entre « cutecore », « pink kink » et « initimate rumbligs » pour construire une techno post-apocalyptique, dépourvue de voix humaines. Acides, abrasifs, aux BPMs survoltés, les 19 tracks bâtissent des murs de sons industriels les unes après les autres. Une occasion aussi de (re)découvrir 19 producteur·trices parmi lesquelles Elise Massoni, Valerie Ace ou encore Ida Engelhardt, qui nous guident pour évacuer l’éco-anxiété de l’été.

EF.

✩ Fear Fear de Working Men’s Club (sorti le 15 juillet)

Après le succès manifeste d’un premier album éponyme qui leur a instantanément permis de décoller sur les scènes internationales, Working Men’s Club réitère sur un second long-format tout aussi délectable. Avec la recrudescence de l’attrait pour les genres musicaux issus des années quatre-vingts, et principalement de l’approche tout aussi dansante qu’abrasive élaborée à travers l’indie dance de Manchester, la formule appliquée par ce jeune groupe britannique ne pouvait que faire des émules de notre côté de la Manche. En condensant certains aspects typiques du mouvement Madchester, le quatuor a habilement pioché ses influences dans les expérimentations de New Order et dans l’énergie dance des remix de Happy Mondays par Paul Oakenfold pour confectionner un album qui n’a pas pour autant un parfum de revival. Les premiers opus du street poet John Cooper Clarke (produits par Martin Hannett), ont semble-t-il également inspiré Fear Fear dont le résultat est aussi franc qu’exigeant. Empli de ces qualités, il saura aisément ravir autant les amateur·trices des origines de la rave music que les friand·es de boîtes à rythmes et synthés triturés sur lesquels vient scander un phrasé d’une monotonie désinvolte, manie somme toute assez typiques des formations issues de la région de Manchester.

MAF.

✩ Escapology de Kode9 (sorti le 15 juillet)

Kode9, figure marquante de la dubstep anglaise et fondateur de Hyperdub Records, sors d’un hiatus de sept ans avec Escapology. Depuis 2014, l’artiste se fraye un chemin dans le spectre multidisciplinaire afin d’explorer les limites expérimentales de son cerveau. Cet album est l’occasion pour lui d’annoncer son projet de fiction sonique qu’il prénomme Astro-Darien. L’installation musicale existe en live depuis 2021 et sortira officiellement en octobre pour les fan·nes à l’échelle mondiale. L’œuvre compte explorer la fin du Royaume-Uni, l’indépendance et la création d’une meilleure société à partir de rien. Pour accompagner cette vision dystopique, Kode9 fait usage de crépitements aigus, basses palpitantes, voix célestes robotiques et répétitions mélodiques incessantes nous rappelant une échappée de labyrinthe qui n’arrive jamais à bout.

AdC.

✩ Fucklore de Krista Papista (sorti le 22 juillet)

Voir Aussi

Récemment aperçue sur les scènes expérimentales du festival Heroines of Sound, à la Biennale de Venise ou encore au Ars Electronica, l’artiste expérimentale Krista Papista ajoute une nouvelle corde à son arc avec Fucklore. Sorti le 22 juillet, ce premier album auto-produit rassemble toute l’intensité des musiques traditionnelles pour dénoncer l’exploitation subie par les femmes migrantes dans le bassin méditerranéen. Treize titres de la productrice chypriote qui transgressent les frontières entre pop, punk, musique expérimentale et club psychédélique pour proposer une néo-folk exubérante et résolument queer. La track d’ouverture intitulée « Sonnenallee » s’inspire des sonorités du dabkeh. Musique traditionnelle originaire du Moyen-Orient qui se fraye un chemin parmi les beats métalliques et la voix robotique de l’artiste allemande Kiki Moorse en collaboration sur le titre. Ce joyeux brassage ethnomusical brouille les imaginaires du pourtour méditerranéen. Un véritable pied de nez à la version romantisée du folklore patriarcal et colonial défendu par les nationalistes. Krista Papista s’y engage sans sourciller, 50% des profits de l’album seront redistribués à l’association Obreras Empowered qui défend les droits des femmes migrantes à Chypre. Une réinvention des traditions en somme, un dildo entre les jambes.  

KT.

✩ Quiet As Kept, F.O.G. de Kai Whiston (sortie intégrale décalée à fin aout)

Adepte de déconstruction sonore et enseignant le sound design, Kai Whiston intègre subtilement sa voix dans la scène Art Pop en se rapprochant des compositions de son fréquent collaborateur d’Iglooghost. Entre IDM, jungle et hyperpop, le nouveau signataire d’Universal Music Group perfectionne ses sonorités dans « Quiet As Kept, F.O.G. ». Au travers de cet amas de sonorités électroniques, on retrouvera le groupe Pussy Riot, glissées à travers des basses irréelles. Le tout sonne écrasé, compressé et grésillant, pourtant l’ensemble reste cohérent. Le projet dévoile un espace où chaque collaboration se veut utile et précise. L’intention musicale est appuyée par des collaborations choisies avec justesse, la présence du chanteur EDEN propose un passage court à la guitare acoustique/voix simple mais à la sonorité partiellement détruite. Là où on aura l’impression de faire face aux ruines de compositions complètes tirées de batteries jungle/break beat/hard-core, c’est avec subtilité que certaines paroles prennent le dessus sur la production prédominante. La passion indéniable pour le sound design du compositeur, se ressent surtout dans les voix. Aucune d’entre elles ne sonne de la même manière à 30 secondes d’intervalle. Leurs aspects poignants viennent s’ajouter aux textes quasi inaudibles, Kai Whiston offre ici un aperçu honnête des luttes et joies de son éducation familiale. Parmi cet amas de distorsions mélodieuses, les sons Between Lures ou encore Div Era amènent une allure plus reposante et ambiante, soutenue par des sonorités rares de violons. Un instrument que l’on retrouve sur la grande majorité de ses projets. Les éléments jazz que l’on pouvait retrouver sur ces anciens projets laissent place à des éléments électroniques plus puissants et stridents.

MD.


Les dernières parutions sur Manifesto XXI

 FESTIVAL HEROINES OF SOUND, LE BEL HOMMAGE AUX FEMMES DE L’EXPÉRIMENTAL, par Adélaïde de Cerjat : Du 7 au 9 juillet, le festival Heroines of Sound s’est installé dans Radialsystem, une ancienne fabrique berlinoise. Entre ces murs de brique se sont envolées des ondes brutes et concrètes de productrices et compositrices venues du monde entier. À cette occasion, Manifesto XXI s’est rendu aux panels et concerts qui permettent de reconstituer l’héritage militant des femmes de la musique expérimentale.

 BEDROOM WALLS, LA DOUCE MUSIQUE DE CHAMBRE DE NOVEMBER ULTRA, par Eva Fottorino : bedroom walls est le premier album de l’artiste November Ultra. Autrice, compositrice et interprète, multi-instrumentiste, autant de casquettes musicales que revêt – en rose s’il vous plaît – l’artiste que l’on peut aussi appeler Nova.


Photo : Krista Papista, prise en photo par Spyros Rent.

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