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bedroom walls, la douce musique de chambre de November Ultra

bedroom walls, la douce musique de chambre de November Ultra

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bedroom walls est le premier album de l’artiste November Ultra. Autrice, compositrice et interprète, multi-instrumentiste, autant de casquettes musicales que revêt – en rose s’il vous plaît – l’artiste que l’on peut aussi appeler Nova.

Ancienne membre du trio de rock indé Agua Roja, l’artiste franco-espagnole se consacre à sa carrière solo depuis début 2021. Après deux singles, « miel » et « soft and tender » et un EP, Honey Please be Soft and Tender, nous nous laissons volontiers bercer 47 minutes de plus par la voix douce/divine de November Ultra. Celle que l’on appelle désormais la marraine la bonne fée des festivals de l’été nous enchante avec un album bedroom pop intimiste sorti aux portes du printemps. Avec un univers graphique affirmé, comme en atteste son dernier clip « come into my arms », November Ultra cultive les montagnes en coton et vallées en nuages pour nous envelopper dans ses paysages. Ce qui ne l’empêche pas d’être une star française de TikTok où ses morceaux circulent et sont repris par d’autres, en étant au passage qualifiés de « musique bénéfique pour l’âme ». Son album est ainsi un « hommage à sa chambre » qui a tout vu d’elle, une plongée enchanteresse dans son univers entre amitiés sincères, Harry Styles, mixtapes et musique (hors) de la chambre.

Manifesto XXI –  bedrooms walls, le nom de ton album est-il un hommage à la bedroom pop ?

November Ultra : Au moment de l’écriture de l’album, je ne connaissais pas vraiment le terme de « bedroom pop »‘. C’est un terme qui a été employé après la sortie du single « soft and tender », mais l’album bedroom walls avait déjà été composé. C’est aussi la dernière chanson que j’ai composée de l’album, assise dans ma chambre. J’ai mis un micro au milieu de la pièce et j’ai pris ma guitare sur mon lit. Quand je compose, j’ai tendance à concevoir les paroles, la mélodie et le chant en même temps. À ce moment-là, je regardais les murs et c’est ce qui est sorti : cette chambre a vraiment tout vu de moi finalement. Le genre musical est attaché à la manière dont j’ai conçu cet album, un hommage à ma chambre. 

Le rapport à mon corps, un corps gros, est très important depuis « soft and tender ».

November Ultra

Le clip de “bedroom walls” est-il un hommage à tout ce que tu fais fleurir dans ta chambre ?

Oui, je pense que c’est ça. C’est l’idée de l’alchimie : c’est fou de se dire que nos pensées, nos émotions peuvent grandir de nous quelque part. Finalement, il y a autant d’émotions que de fleurs, c’est aussi l’idée de revenir à la nature. J’aime bien l’idée d’être une petite montagne dans le clip, une inspiration de la chair et de la multitude. Le rapport à mon corps, un corps gros, est très important depuis « soft and tender ». J’aimais l’idée des courbes : je dis beaucoup de moi que je suis une petite montagne, un petit volcan. On a su qu’on avait trouvé l’artwork du morceau car il y avait quelque chose dans le manteau où on aurait dit que j’étais une petite montagne qui prenait sa place. Ce clip, c’est les deux. Ce que j’ai fait dans cet album, c’est sortir la chambre de chez moi, la mettre dehors aux yeux de tout le monde et c’est ce qu’on voulait faire aussi avec le clip. Ce qui est beau, c’est qu’à un moment on reviendra tous·tes à la nature. Après, j’espère, la terre pourra respirer.

Je me suis entourée de personnes avec lesquelles je me sentais incroyablement confortable et c’est très important.

November Ultra
« bedroom » walls de November Ultra

Ton album tu l’as construit entièrement dans ta chambre où tu t’es entourée de musicien·nes ? Est-ce que c’est toi qui fais le piano, la guitare ?

Le noyau de l’album a été créé par moi dans ma chambre et dans mon salon. « soft and tender », « over and over », « fade », ce sont des morceaux où il n’y a que moi, des morceaux « noyaux ». À partir du moment où j’ai su ce que je voulais, ce que j’étais, quels sons je pouvais faire seule, il a été évident de pouvoir m’entourer. C’est comme être architecte : une fois que le plan de la maison a été fait, j’avais besoin de gens dont c’était un peu le métier pour pouvoir ajouter des choses. Mais toutes les fondations ont été posées par moi et c’est très important. C’est moi qui joue de la guitare et c’est ma guitare classique, c’est mon piano de chez moi. Mais « septembre », « monomania », “nostalgia/ultra” sont des morceaux dans lesquels j’ai laissé entrer des musicien·nes ami·e·s. Il y a Raphaël de Terrenoire sur “septembre”, Nicolas Mantoux sur “nostalgia / ultra etc. Poppy Fusée aussi, une de mes meilleures amies à la vie à la mort…

Quand je vois leurs noms dans les crédits, j’ai l’impression de voir un album photo de mes ami·e·s. Il y a quelque chose d’assez fluide et de naturel et je pense que je ne me serais pas sentie aussi bien avec des gens que je ne connaissais pas. Pas quand il s’agissait de parler de choses aussi intimes, qui sont profondément soi. Je pense que ça a beaucoup participé à mettre l’intime en premier plan sur tout l’album. Je me suis entourée de personnes avec lesquelles je me sentais incroyablement confortable et c’est très important.

Il me semble qu’il y a deux façons de travailler avec des gens : il y a ceux qui veulent accomplir la vision que toi tu as, qui vont vouloir t’aider dans la lignée que tu as. Et après il y a des personnes, et je pense que ce n’est pas avec ces gens que je veux travailler, qui sont persuadé·e·s de savoir qui tu es : il faut les fuir.

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Tu étais aussi en feat sur l’EP d’Anna Madjison et sur l’album de Mélissa Laveaux. Comment construis- tu tes collaborations ?

Je ne sais pas, c’est la vie, c’est très naturel ! Anna, elle faisait des choses avec de la mandoline. Elle me dit : “si ça t’inspire, ça t’inspire, sinon pas grave” et c’est sorti et je suis grave ravie de ce qui lui arrive. Mélissa, c’est ma pote depuis longtemps. Avec Barbara Pravi aussi on a fait un duo et pareil c’est mon amie à la vie à la mort. Quand je suis invitée par quelqu’un, c’est souvent par un·e artiste que j’adore. Le fait que ce soit des gens proches prime beaucoup. Il faut que ça soit très naturel, sinon je ne me sens pas moi-même. Les commandes, je ne peux pas faire. Mais je te dirais, si Harry Styles me demande un jour, peut-être que je changerai d’avis ! On devient ami·e·s et après on verra si on peut faire un duo !

Je voulais te parler de ta sincérité dans tes textes, car il me semble que tu donnes beaucoup de toi. C’est ce personnage de petite montagne qui te porte aussi ?

Oui, c’est méga important. Il me semble qu’il y a deux façons de travailler avec des gens : il y a ceux qui veulent accomplir la vision que tu as de toi, et qui vont vouloir t’aider dans la lignée que tu as. Et après il y a des personnes, et je pense que ce n’est pas avec ces gens que je veux travailler, qui sont persuadé·e·s de savoir qui tu es : il faut les fuir. Je pense que ce n’est jamais trop une bonne idée. C’est bien qu’il y ait des gens qui aient de grandes ambitions pour toi, mais c’est aussi important de laisser aux artistes montrer qui iels sont. Il y a aussi mes ami·e·s qui me connaissaient par cœur, et qui m’ont poussé vers l’intime. Merci, ça me fait plaisir les gentillesses. 

Pour une même émotion, je ne vais pas y faire face de la même manière dans trois langues différentes : je sens que c’est très lié aux personnalités de ma famille.

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November Ultra
« come into my arms », dernier clip de November Ultra

Sur les réseaux sociaux, tu parles beaucoup de ta famille espagnole. Quand tu chantes en espagnol, c’est pour elleux ? 

Oui et non, je ne sais pas si c’était pour elleux. L’acte est assez rigolo, car j’ai chanté en anglais toute ma vie pour éviter que ma mère comprenne ce que je disais. Ma mère est espagnole et mon père portugais. Ça a été assez fascinant car la première langue avec laquelle j’ai créé après l’anglais, c’était l’espagnol et pas du tout le français. C’est peut-être parce que j’ai réglé quelque chose avec ma mère ! Mais c’est plus naturel, passer d’une langue à une autre au milieu d’une phrase, c’est très facile car j’ai juste grandi comme ça. C’est presque logique que ça se retrouve dans ma musique. De plus, pour une même émotion, je ne vais pas y faire face de la même manière dans trois langues différentes : je sens que c’est très lié aux personnalités de ma famille. Il y a aussi notre voix qui change de tonalité dans chaque langue, notre personnalité aussi, on s’adapte à la culture. Sur scène, quand je chante en espagnol, je ne deviens pas une autre personne, mais j’accède à quelque chose d’autre de moi. C’est ça qui est intéressant dans cet album : je ne me suis pas posée en me disant “cette partie va être en espagnol”, mais j’avais besoin de faire passer cette émotion avec cette part de personnalité.

Dans tes playlists Spotify  il y a beaucoup d’artistes et de styles différents. Est-ce que ces playlists sont une manière d’ouvrir ton univers ou ce sont des artistes qui t’inspirent, avec lesquels·les tu aimerais travailler ? 

J’adore faire des mixtapes, je fais ça depuis des années ! J’ai eu un blog musical pendant sept ans. Il y a des albums et des morceaux qui peuvent me rendre dingue et j’aime partager ça avec des gens pour ne pas être obsédée toute seule. Je trouve ça beau la mixtape : ça crée une connexion avec des gens. J’écoute beaucoup ma mixtape  « Cœur volcan, cœur montagne » c’est que des morceaux que je kiffe ! Quand j’ai fait mes « secret tapes », des reprises de morceaux comme « Call me by your name » de Lil Nas X ou « No Surprises » de Radiohead, j’avais autre chose à l’esprit. Comment préparer les auditeur·ices à mon album qui va être très multiple, complexe et en même temps incroyablement simple ? Mes secrets tapes ouvrent la porte vers mon monde que j’espère un peu magique.

Tu as également une grosse communauté sur TikTok. Comment tu utilises ce réseau ? 

Moi j’adore TikTok. C’est vrai que c’est un peu fou. J’ai commencé à y aller pendant le confinement, car j’avais besoin de voir du contenu qui me faisait changer les idées, loin du fait que j’avais peur de mourir, clairement. J’avais besoin de voir des vidéos de chats. L’algorithme est bien fait : très vite il te connait bien et te propose du contenu que tu peux aimer. À un moment, j’ai décidé de faire des vidéos. La première, c’est moi qui essaie d’apprendre la chorégraphie de Doja Cat. Pendant longtemps les vidéos ne faisaient pas beaucoup de vues. Ça a pris un an et demi et à un moment une vidéo a un peu marché, et puis c’était parti. Les réseaux sociaux, c’est n’importe quoi.


Image à la Une : November Ultra © Elisa Baudoin

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