Les albums coups de cœur de la rédaction à écouter cet été

Après un début d’année riche en belles découvertes musicales, notre équipe de feu s’éloigne des écrans pour se ressourcer. Mais avant de partir, chaque membre a choisi un album, sans contraintes ni directions artistiques imposées, à écouter cet été.

On pensait se retrouver avec un véritable kamoulox d’albums d’été, allant de la compilation summer vibes édition 2022 un peu douteuse au dernier album sans grand intérêt de The Weeknd… Mais finalement rien de tout ça. Alors que le choix était libre, les neuf membres que constitue l’équipe musique de Manifesto XXI ont choisi très minutieusement l’album qui lui tenait finalement le plus à cœur. Certain·es ont ressorti de vieux disques, tandis que d’autres ont recommandé la dernière sortie de l’année qu’il ne fallait surtout pas rater. Mais ces albums sont avant toute chose nos disques de cœur, qu’ils soient récents ou anciens, et ont une importance toute particulière, car ils nous ont accompagnés dans des tournants de nos vies, très différents pour chaque membre de l’équipe. On espère que ces choix vous feront vibrer autant qu’ils ont pu le faire pour nous ! Bonnes vacances, on se retrouve en septembre ♡


Recommandé par Géraldine : animal body de Haisuinonasa (2012)

animal body n’est pas l’album que vous écouterez entre ami•es cet été. Je le conseillerai plutôt comme compagnon de solitude nocturne ou matinale. C’est une petite douceur de rêve, qui t’embarque très haut et très loin. Tout ce que j’aime en musique en général se retrouve dans ce LP sorti en 2012 : des rythmes superposés, des mélodies émotionnelles et explosives qui te prennent aux tripes et une complexité qui t’en met plein la vue (et puis le piano, qui a une très grande place sur presque toutes les pistes). On se laisse très facilement submerger par les sonorités addictives du groupe.

La sortie du disque s’accompagnait également de la vidéo de « moving of subway« , complètement mindfuck, où les formes se synchronisent aux sonorités, que je recommande vivement de regarder, c’est hypnotisant. Malheureusement, animal body sera le seul album que ce groupe japonais de math rock a sorti, mais heureusement c’est le type de musique où l’on découvre de nouveaux détails à chaque écoute. Donc ne soyez pas timides sur le bouton repeat, j’en suis probablement à la centième écoute de mon côté.

Recommandé par Adé : oracular spectacular, de MGMT (2007

Les hits de l’album Oracular Spectacular de MGMT, dont la signification de l’acronyme restera à tout jamais un mystère, refont surface en 2022. Les nostalgiques auront pu discerner un de leurs titres en mash-up avec Empire of the Sun dans des nouvelles vidéos virales de tiktok. On revient donc à l’an 2007, époque où la mode voulait qu’on porte des cassettes en guise de collier, des baskets fluo montantes, du tie-dye fluo et des pantalons peroxydés. La pochette de l’album présente les deux fondateurs du groupe, Andrew Vanwyngarden et Ben Goldwasser en bord de mer pendant la pleine lune, armés de leurs plus belles plumes et maquillages pour leur plus belle épopée spirituelle. Cette pochette représente l’esthétique d’une époque : c’était un revival hippie avec une plus haute dose d’acide. Musicalement, la grande époque de l’indie-pop exaltait la fraicheur honnête et la bonne humeur. L’album se construit sur deux humeurs : les premières chansons sont acidulées, synthétiques et dansantes, permettant de donner une échappatoire à une génération désenchantée ; la deuxième s’inspire du cloud rock et permet de réfléchir le futur de cette jeunesse perdue et désabusée. En période de grande remise en question du futur mondial, cet album donne un sentiment de réconfort et de sécurité.


Recommandé par Eva : Intro Bonito, de Kero Kero Bonito (2014)

Kero Kero Bonito, c’est un de mes groupes préférés de la terre entière. C’est une formation japano-anglaise plus que surprenante. Ce qu’on écoute en studio n’a rien à voir avec leurs concerts où le style change à chaque concert : du métal au show techno hyper-pop sweet lolita, on ne sait jamais sur quoi on va tomber. Si tu aimes les samples, la musique de jeu vidéo, les balades tokyoïtes, les univers parallèles de Intro Bonito peut aussi devenir ton album préféré ! Cet épisode de Tracks en parle très bien, et tu peux aussi rejoindre la chanteuse Sarah Bonito sur sa chaine twitch pour les après-midis d’été pluvieux. 


Recommandé par Léa : Immensità, de Andrea Laszlo de Simone (2020) 

Si nous avions fait une sélection comme celle-ci en hiver, recommander Immensità aurait peut-être paru plus approprié. La pluie, les crépitements de feu de bois ou les bourrasques de vent que l’on retrouve dans les titres auraient définitivement eu un écho différent. Mais c’est l’été et au risque de passer pour la nostalgique de service, j’ajoute tout de même cet EP d’Andrea Laszlo de Simone à la liste. Alors oui, à première vue, vingt minutes de chansons tristes ce n’est pas exactement ce qu’on imagine en tube de l’été, mais la beauté de ce travail le rend imperméable aux saisons qui s’écoulent. Le travail d’orchestration solaire de ce disque et l’émotion déversée par ces textes en italien emportent tout sur leur passage. Et, de visite au TNB à Rennes lors des Transmusicales, l’artiste turinois et ses dix musicien·nes m’avaient fauché dans l’un des plus beaux concerts qu’il m’ait été donné de voir. Et tant que j’y suis, je vous conseille aussi vivement d’écouter son album précédent, Uomo Donna, sublime disque dont les chansons d’amour sont à se tordre le cœur avec les deux mains. Et voilà que j’ai triché, ça fait deux albums. 


Recommandé par Michel-Angelo : Visions al 2ard, de Taxi Kebab (2022)

Découvert lors de leur représentation dans le cadre du MaMA Festival 2021, on regrettait hélas, jusqu’à présent, de n’avoir que trop peu de choix pour écouter Taxi Kebab sur les plateformes de streaming et s’en faire ainsi une idée concrète hors live. Ce souci majeur est désormais résolu depuis la sortie de leur EP Visions al 2ard, en juin dernier. Maillon de la scène qui propose une nouvelle écoute de traditions musicales nord-africaines sur l’échiquier des musiques actuelles, leur opus répand une atmosphère aussi hypnotique que pénétrante. Il provoque une sorte d’état d’apathie subconsciente où la voix nimbée d’une profondeur mystique de Lea Jiqqir guide l’auditeur·trice au travers d’une tempête de sons dans le paysage vallonné de pattern rythmiques conçus par Romain Henry, entremêlés de mélodies orientales capiteuses. Étonnamment passé sous les radars de la presse musicale alors que le duo de Nancy tourne sans discontinuer, notamment en festivals cet été, ce premier disque semble habilement les démarquer de leurs concurrents directs sur la scène hexagonale.


Recommandé par Kristell : Weighing of the heart, de Nabihah Iqbal (2017)

Weighing of the Heart c’est le projet retentissant de la DJ et productrice londonienne Nabihah Iqbal. Sorti en 2017 sur le label anglais Ninja Tune, les onze titres qui composent le LP nous propulsent dans un univers synth pop hypnotique alternant avec des atmosphères lo-fi. Weighing of the Heart évoque à la fois le travail de l’artiste suédoise Molly Nilsson et la mélancolie 80s du groupe de minimal wave Victrola. 

Le titre énigmatique de l’album est une référence à la cérémonie égyptienne de la Pesée du cœur. Selon la croyance, les bonnes actions durant notre vie sur terre rendent le cœur plus léger et permettent d’éviter le courroux de la déesse Ammout. Thématiques existentielles et métaphores de la fuite cohabitent dans les paroles. Pas vraiment onze summer hits comme on peut les imaginer, mais Weighing of the Heart permet de prendre un recul bienvenu sur l’année écoulée. L’écoute provoque une furieuse envie de prendre l’air. Cet album, c’est la bande-son idéale pour changer sa destination de vacances à la dernière minute ou pour faire des plans sur la comète dans la moiteur du métro aoûtien.


Recommandé par Max : Absolutely, de Dijon (2021)

Absolutely, c’est un véritable monument qui est sorti l’année dernière. La collaboration de Dijon avec d’excellents compositeurs comme Mk.Gee laisse place à un projet rempli de dialogues entre musiciens. Un partage constant de l’inspiration de chaque artiste ayant participé au projet, des jongles avec les genres qui arrivent parfois dans un seul et même son. En tout contexte, chaque tracks, enregistrées en direct, touchent par leur fragilité, mais également leur brillante cohésion. Des morceaux les plus Pop (« The Dress »), aux compositions plus expérimentales (« Noah’s Highlight Reel » / « Did You See It? »)Dijon touche à tout et montre ici son travail le plus surprenant et abouti.

À voir avec, les vidéos accompagnant l’album le sublime par la performance live. Ces vidéos présentent de magnifiques instants de symbiose entre compositeurs, ce qui reste la force principale du projet. À la croisière d’un Bon Iver pour ces mélanges mélodieux et d’un Blonde de Frank Ocean dans les propositions vocales, Dijon pourra toucher tout fan d’Art Pop.

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Recommandé par Charles : Made In Heaven, de Cecile Believe (2020)

Si vous flirtez avec la hyper pop ou le l’univers PC MUSIC, vous avez sûrement déjà entendu la voix de Cecile Believe quelque part, que vous vous en souveniez ou non. Collaboratrice de AG Cook, elle est aussi l’insaisissable et caressante présence de « Is It Cold in the Water? », titre phare de OIL OF EVERY PEARL’s UN-INSIDES de SOPHIE. Made In Heaven est une proposition qu’on pourrait définir en se référant à la question ouverte que Cecile Believe pose dans sa bio Bandcamp : « what is the energetic thread that connects multiple sonic worlds? »

Avec cet album Cecile Believe y répond à sa façon, et participe de ce même mouvement d’artistes qui font de leurs musiques un terrain de jeu pour lequel les sons sont autant des supports de sentiments pop que des filtres toujours renouvelés d’expériences.


Recommandé par Apolline : Topical dancer, Charlotte Adigéry et Boris Pupul (2022)

C’est clairement l’un des disques les plus excitants sortis ce printemps. Il est idéal pour vous accompagner tout l’été, et pas seulement pour son titre adapté aux températures de 2022. Cet album est un cocktail hybride de tubes et de réflexions piquantes servies avec une grande finesse. Dans un moment politique où le débat est coincé entre les accusations en wokisme à droite et des formes d’auto-censure à gauche, le duo aborde des sujets délicats avec une insolente assurance. « Blenda » nous fait danser tout en donnant une certaine idée de ce que signifie vivre du racisme et des questionnements identitaires. L’ironie mordante et l’autodérision alternent, comme semble le résumé le bien nommé « Ceci n’est pas un cliché », entretenant ainsi une belle tension tout au long du LP. Tension entretenue par la richesse des prods qui emprunte à différents répertoires avec lla redoutable efficacité du duo Soulwax. L’album joue avec d’entêtants gimmicks, comme l’obsessionnel rire nerveux de « HA HA » ou le sifflement distordu de « It hit me ». Un esprit et une maestra qui ensemble permettent d’envoyer des scuds aux beaux parleurs avec un grand sourire au détour du titre « Huile Smisse ». 

Mais le disque laisse aussi entrevoir de la vulnérabilité par moments. « Ich Mwen (with Christiane Adigéry) » fait entendre le témoignage de la mère de l’artiste, des difficultés et joies rencontrées en l’élevant seule. Dans la lignée du travail de Charlotte Adigéry sur le yoga, « Reappropriate » invite à l’introspection et au au self-care. En plus de faire danser au bord de la piscine, cet album offre une riche matière à discussion pour tous vos apéros. 


Image : Cecile Believe.

Ces albums ont été choisis par Apolline Bazin, Charles Wesley, Max Deleus, Géraldine Faure, Eva Fottorino, Léa Simonnet, Michel-Angelo Fedida, Kristell Thomas, et Adélaïde de Cerjat.

Bonnes vacances !

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