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Charlotte Adigéry, de la pop à la méditation, sur fond d’ASMR

Son deuxième EP, Zandoli, est certainement un des plus addictifs de 2019. Charlotte Adigéry est le nom d’une pop électronique, métissée et ultra efficace. Produite par le label de Soulwax, Charlotte est bien partie pour devenir une hit-machine… surprenante.

La Belge ne nous était pas totalement inconnue, on l’avait déjà rencontrée pour son projet soul WWWater. Charlotte Adigéry chante aussi bien en anglais qu’en créole, sème des références à la culture yoruba. Dernièrement, elle a publié une vidéo expérimentale de 20 minutes où elle se transforme en gourou zen. Une idée un peu farfelue qui nous a beaucoup plu. Avant cela, c’était sa chanson « Cursed and Cussed » qu’elle revisitait en mode ASMR. Une question nous travaillait : quelle sera la prochaine invention de Charlotte Adigéry ? On la lui a posée.

Manifesto XXI – Est-ce que tu pratiques la méditation, ou la forme t’a juste plu pour exprimer quelque chose de nouveau ?

Charlotte Adigéry : Ça fait quelques années que ça me fascine, que ça m’attire, mais je crois que je n’étais pas encore prête à exercer la méditation. L’année dernière, en novembre, j’étais à la limite d’un burn-out parce que c’était juste après le tournage de « Paténipat » et « High Lights », on jouait, je travaillais à la radio… et c’était trop. J’ai recommencé à faire de la méditation, ça m’a beaucoup aidée, c’est la première fois que j’en ai vraiment ressenti les vertus. J’ai appris à être présente dans mon corps. C’est comme ça que j’ai commencé à en faire régulièrement. Je ne pratique pas encore tous les jours, j’essaie de ne pas forcer.

Dans la vidéo, tu dis avoir grandi en regardant la télé américaine. Qu’est-ce que tu regardais exactement ? 

MTV. Je suis née en 90 donc c’était déjà un peu passé. The Fresh Prince of Bel-Air, The Nanny. En Belgique dans la partie flamande, il y a toujours des sous-titrages. C’est comme ça qu’on parle très bien anglais. Et puis oui il y avait la musique : Jennifer Lopez, Britney Spears, Christina Aguilera qui étaient mes idoles.

À quel point cela a-t-il influencé ton univers ?

Le concept pop c’est quelque chose qui m’intrigue beaucoup, je crois que par là on peut transmettre des messages qui sont beaucoup plus profonds mais la forme de la culture pop est tellement universelle qu’on peut toucher des gens de différents endroits, différentes cultures, âges, genres… J’adore le fait que David Bowie ait été une icône pop, mais que ses messages allaient beaucoup plus loin, et sa musique était recherchée. La pop est quelque chose d’incroyable, j’essaie moi aussi de creuser et de raconter des histoires qui n’ont pas été racontées. Bien sûr il existe aussi de la pop jetable. Je recherche l’équilibre entre ces histoires très spontanées et la pop.

Pourquoi portes-tu une chevelure blonde : pour être Charlotte Adigéry ? Pour l’amour des perruques que tu chantes dans « High Lights » ?

C’est tout simple, oui. Comme au début je jouais encore avec WWWater, j’ai décidé de marquer la différence comme ça. Entre temps, mes cheveux sont orange, roses… Pour moi c’est juste une façon de m’exprimer, de m’amuser avec mon physique sans être vain. C’est un moyen d’expression, comme la musique.

Est-ce qu’on peut dire que Charlotte Adigéry et WWWater, c’est une expression de ton yin et ton yang ?

Exactement. Elles sont complémentaires mais en ce moment je fais un focus sur le nouveau projet pour revenir à WWWater en ayant puisé de l’inspiration. Je crois que jusqu’à présent ça n’a jamais été des décisions très conscientes, de basculer de l’une à l’autre. WWWater était mon premier projet, puis j’ai fait la connaissance de Stephen et David Dewaele qui m’ont demandé de faire un projet avec eux. D’un autre côté je crois que l’une nourrit l’autre. WWWater c’est plus punk, rough. Ce sont mes émotions. J’essaie d’être sincère dans tout ce que je fais, c’est ce que je trouve de plus important. Avec Charlotte, il y a quelque chose de plus glossy dans les sons parce que je suis entourée de 3 super bons producteurs, il y a donc plus d’expérience.

Comme les vidéos de méditation, celles d’ASMR sont des contenus très populaires sur internet. Est-ce que tu en regardes beaucoup ?

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Je suis plutôt fascinée par les gens de cette communauté. Je suis un peu jalouse d’ailleurs, parce que ça ne me procure pas de sensations (rires) ! Pour moi il s’agissait plus de montrer ce côté positif des réseaux sociaux : c’est une communauté de gens qui partagent un truc un peu bizarre mais sans tabous. Chacun raconte son histoire et se connecte. C’est ce qui est beau avec internet, ça unit les gens dans les trucs les plus absurdes, comme c’est assez anonyme.

En quoi Charlotte Adigéry l’artiste est-elle différente de toi dans la vraie vie ?

L’artiste ne craint rien, la personne craint parfois et se focalise parfois trop sur le négatif. C’est ça la différence.

Ce qui me fait beaucoup de bien c’est de rentrer dans un univers où il n’y a pas de crainte, où on s’accepte.

Quelles sont les prochaines étapes ?

Là on est en train d’écrire un album pour Charlotte Adigéry. Aujourd’hui c’est notre dernier concert, fin de la tournée à Rotterdam. On voudrait écrire un nouveau show. Il n’y a pas de limite dans notre création. On a créé une mediation tape, on ne sait pas ce que pourrait être la suite.

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