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Et si Kitsuné Kendra n’était pas une rappeuse

Et si Kitsuné Kendra n’était pas une rappeuse

Manifesto 21 - Kitsuné Kendra

Kitsuné Kendra est une personnalité qui intrigue depuis plusieurs années dans le paysage français. Des titres sortis au compte-gouttes, déjà adoubée par de nombreux artistes, alors qu’aucun projet n’est encore réellement sorti. Force est de constater que cette artiste attise la curiosité. On l’a appelée lors d’un après-midi, sur le réveil d’une longue nuit, pour lui parler de quelques trucs qui nous intriguaient. De sa place dans le monde du rap à ses futurs projets en passant par l’annulation de son premier EP XXLuv… Bref, on a tenté de répondre à toutes les questions que l’on se posait.

C’est en 2019 que je découvre Kitsuné Kendra sur un featuring. Une vraie kickeuse. Elle ne passe pas par quatre chemins : elle dit les choses frontalement, elle parle de sexe, et de drogues. Instantanément, j’ai eu le réflexe de la ranger dans la case « rappeuse ». Et si je m’étais planté dès le début ? Car Kitsuné Kendra, c’est bien plus que cela : très bien entourée, elle a été journaliste, a tenu une émission de radio, est DJ et s’apprête à débuter une carrière dans le cinéma. Kitsuné Kendra, c’est un univers tout entier. La découverte de cette artiste se fait en plusieurs phases : la surprise, l’hypnotisation, et de multiples questions. Qui est-elle ? D’où vient-elle ? Dans quelle direction souhaite-t-elle partir ? Des questions qui m’ont permis de découvrir que tout compte fait, je ne regardais pas dans la bonne direction.

Manifesto XXI – Kitsuné Kendra, tu t’es fait notamment remarquer avec le morceau « Instinct Carnivore ». Du coup, pour toi : cuisson bleue, à point ou saignant ?

Kitsuné Kendra : Eh bien je ne mange pas de viande (rires). Mais je mangeais de la viande à l’époque où le morceau est sorti. Je n’en mange plus depuis peu de temps. Ce morceau ne parle pas de viande « animale », mais plus de viande « humaine ». Pour moi, l’instinct carnivore, c’est l’instinct de survie. Mais pour revenir à ta question, avant, la cuisson c’était à point.

Tu parles d’instinct de survie, et tu n’hésites surtout pas à parler de sujets comme ta sexualité de façon frontale dans tes morceaux. C’est important pour toi d’aborder ce sujet en tant que femme dans des morceaux rap ?

Je fais tout pour que ma musique me ressemble. Les mots que je dis, les sujets que j’aborde, font partie de mon quotidien. Ce que je traite dans mes sons, c’est ce que je traite dans ma vie. Pour moi, un artiste doit être le plus sincère possible. Si il n’y a pas de sexe dans ta vie, ne parle pas de sexe. Par contre, si ça fait vraiment partie de ta vie, parles-en. Prends l’exemple de Liza Monet, qui est hyper ouverte sur ce sujet-là. Quand je l’ai vue lors de son passage sur l’émission « Thérapie » de Vice (à laquelle Kitsuné Kendra a également participé, ndlr), où elle explique que le sexe n’est pas le plus grand sujet de sa vie mais qu’elle en fait un dans sa musique, je trouve ça hypocrite. L’authenticité et la sincérité doivent primer avant tout. C’est la chose la plus compliquée en tant qu’artiste : d’abord se trouver soi, avant de trouver la musique que l’on veut produire.

Tu sais que lorsque l’on se rend sur ta page Spotify, l’algorithme dit que tes fans aiment aussi Liza Monet ?

Les gens font ce qu’ils veulent ! Je n’écoute pas, mais je reste tout de même curieuse de ce qu’elle fait. Elle a quand même évolué de manière drastique : en moins de dix ans, elle a réussi à passer d’une écriture très légère à quelque chose de mieux construit et de beaucoup plus technique. Je pense que c’est normal que nos publics se croisent : on est soutenues notamment par une partie de la communauté LGTBQI+. Mais nos thèmes et la façon dont on les traite est très différente. Tu ne choisis pas ton public, mais si tu es sincère, il te ressemble.

Manifesto 21 - Kitsuné Kendra
© Amélie Waslet

Je n’ai pas vraiment d’étiquette musicale, je pense que c’est cette spontanéité qui plaît à d’autres artistes.

Kitsuné Kendra

On retrouve souvent dans tes morceaux un rap construit dans le format freestyle (pas de couplets, ni de refrains). De nombreux artistes ont repéré ce côté très brut et t’ont demandé de collaborer avec toi. Chilla t’a invitée dans son « Planète Rap », Jok’air sur le morceau « Jeune papa » avec Leto. Comment se sont passées ces rencontres ?

Cela va paraître sûrement prétentieux ce que je vais dire, mais c’est vrai : j’ai toujours eu des gens autour de moi qui avaient percé et moi non. Ces gens-là, je ne les rencontre pas vraiment. Chilla par exemple, elle était tombée sur ce que je faisais et elle m’a appelée. On est devenues potes, et quand elle avait son « Planète Rap », elle a pensé à moi. Jok’air c’est encore différent : à l’époque, je travaillais chez un tourneur qui cherchait des groupes pour faire les premières parties d’artistes américains et j’avais entendu parler de la MZ (qui était son premier groupe, ndlr). En fait, tout ce réseau, je me le suis construit avant de me lancer dans la musique. Et comme je n’ai pas vraiment d’étiquette musicale, je pense que c’est cette spontanéité qui plaît à d’autres artistes.

J’ai commencé à me rendre compte que le rap, ce n’était pas moi.

Kitsuné Kendra

On le voit en effet que tu ne te cantonnes pas à l’étiquette rap. On t’a notamment vue dans le projet de Bolides Boys & Girls, Vol. 1 et tu es aussi capable de faire des morceaux plus pop comme le titre « Borné ». C’est plus compliqué de jouer sur des terrains sur lesquels on te connaît moins ?

Sortir « Borné » a été très déterminant pour moi. Laisse-moi t’expliquer toute l’histoire : j’ai découvert la musique à l’âge de 8 ans avec des cours de chant. C’est là que j’ai découvert que je voulais faire de la scène : du CM2 à la terminale, j’ai fait tous les spectacles d’école possibles. Je savais que la musique allait prendre une grande partie de ma vie. Et quand je parle de musique, c’est dans une globalité qui est même assez affolante. J’écoute aussi bien du rap que du France Gall, en passant par Britney Spears ou Daft Punk. Je me voyais dans tout, comme j’avais envie de tout faire. Quand je suis arrivée sur Paris, j’étais limite perdue. Du coup j’ai commencé à travailler dans l’industrie de la musique, j’avais aussi une émission de radio et je commençais à mixer en soirée. J’étais constamment entourée d’artistes, surtout des rappeurs. C’est cet entourage qui m’a poussée à commencer par le rap.

C’est là que la sortie de « Borné » a eu cet impact, tout comme la collaboration avec Bolides. C’était une époque où je commençais à travailler sur mon projet solo, je voulais qu’il me ressemble… Et j’ai commencé à me rendre compte que le rap, ce n’était pas moi.

Tu ne te considères pas comme une rappeuse ?

Non. Mais je peux comprendre que pour beaucoup de gens, si, car c’est avec ça que j’ai commencé. On peut m’appeler comme on le veut, ça ne me dérange pas. Mais en vrai, je ne pense pas être une rappeuse. Quand j’ai commencé à me remettre dans le bain de ce qui m’a donné envie de faire de la musique, je me suis rendu compte que les premiers disques que j’ai cherché par moi-même, c’était plus du rock, du punk, du métal et de la pop, plutôt que du rap. Tout ça, les gens ne le savent pas, c’est pour ça que je voulais que mon premier projet dégage cela. C’est bon, j’ai trouvé mon univers et c’est ce que je mettrai dans mon prochain EP. De la dark pop, du pop rock, de la pop urbaine… Un projet pop. J’espère que ce projet pourra sortir bientôt.

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C’est pour ces raisons que XXLuv, que les gens attendaient pour fin 2018, n’est jamais sorti ?

Tout à fait. J’ai annulé ce projet car justement, il était trop brouillon pour moi. Ce n’était pas ce que j’avais envie de sortir. Et si cela s’était fait et que ça partait pour une signature, j’aurais travaillé un personnage qui n’était pas moi. Celui d’une fausse rappeuse.

Tu mixes aussi. Mixer de la musique électronique pourrait-elle être une autre facette de Kitsuné Kendra ? Afin de « nourrir les guédros dans les nuits électro » (extrait de « Jeune papa », ndlr).

Non. En club, j’ai besoin d’aimer la musique que je passe. Donc passer une heure d’électro, ça me ferait mal au crâne au bout d’un moment. Par contre, je suis très mainstream dans mes sets, on est pas loin du Top 50. Quand je suis DJ, je veux que les gens oublient leurs problèmes, qu’ils dansent, qu’ils s’amusent et qu’ils chopent (rires).

Avant d’être dans la musique, j’ai vu que tu étais aussi journaliste dans la mode. C’est ce qui t’a donné envie d’écrire ? Pourquoi avoir choisi la mode alors que la musique est omniprésente dans ta vie ?

La musique pour moi, c’est uniquement de l’amour. Pour moi, faire du journalisme, c’était une façon de faire de l’argent, et je ne voulais pas confronter ma passion à cette réalité. Je faisais ce métier car c’était une façon pour moi de rester cachée aussi, et de donner mon avis sur les choses. C’était une manière de rendre fiers mes parents, et en plus de faire de l’oseille.

Manifesto 21 - Kitsuné Kendra
© Amélie Waslet

Cette volonté de dénoncer les choses, tu l’as transposée aussi dans tes morceaux comme « Singeries ».

Oui, mais je ne le calcule pas. Je ne sors pas des morceaux pour coller à l’actualité. Si tu prends l’exemple de « Singeries » qui peut faire écho à l’actualité de ces derniers mois, à la base c’est un freestyle que j’ai sorti il y a trois ans. Je l’ai mis il y a quelques mois sur les plateformes car une partie de mon public me l’a demandé. Quand je revendique des sujets dans mes morceaux, c’est parce que c’est spontané et que j’ai envie d’en parler. J’en oublie même parfois que ce que je raconte. Un exemple, lors des manifestations sur Paris au mois de juin, j’ai une pote qui m’a renvoyé le refrain de « Sasuké ». Ce refrain est très engagé, mais je l’avais presque oublié depuis.

En plus de ta carrière musicale, on a pu t’apercevoir également sur le tournage d’un projet de Mouloud Achour. Tu peux nous en dire plus ?

Je pense que je peux en parler. Je ne pense pas que ça soit un secret d’État (rires). Mouloud a réalisé un film qui s’appelle Les Méchants. Il a un œil sur ce que je fais depuis très longtemps, mais il ne me l’avait jamais dit. Lorsqu’il m’a contactée pour ce tournage, il m’a avoué qu’il m’avait repérée à l’époque où j’avais sorti « Chef(fe) », car j’avais mis un texte de Fatou Diome dans l’introduction du morceau. Et il se trouve qu’elle a entendu le morceau, elle l’a validé, puis l’a envoyé à Mouloud. En rajoutant à cela que Roman Frayssinet est un très bon pote et qu’il était sur ce tournage, ça s’est fait naturellement et je suis très fière de participer à ce projet. Sur le cinéma, je suis également sur d’autres projets. Je ne te cache pas que je me suis mis aussi une grosse détermination dans ce domaine pour cette année. Mais je ne vais pas arrêter la musique pour autant.

Crédits photo : Amélie Waslet
Direction artistique : Audrey Dapleu
Assistante production : Maurane Andrianaivo
Assistante photo : Margot Waslet
Maquillage/Stylisme : Audrey Dapleu

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