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The WRS. Des Wallons sous haute tension

The WRS. Des Wallons sous haute tension

Le Cèpe Records, habituellement défricheur des formations garage rock au jeu psychédélique dans l’Hexagone, invite à découvrir The WRS, groupe wallon originaire de Charleroi. Première signature internationale pour le label au champignon, mais non des moindres.

Aujourd’hui, quand la plupart des médias français abordent les scènes musicales belges actuelles, les sujets sont fréquemment tournés vers la pop, le rap ou les musiques électroniques. Qu’en est-il de leur rock, et plus particulièrement de son versant garage ? Hélas, cette scène nous est relativement méconnue. Cela signifierait-il que de l’autre côté de la frontière personne ne s’adonne aux averses de riffs saturés ? Ou que les batteries acoustiques seraient relayées au statut d’antiquités et rangées depuis des décennies au fond du garage ?

Non. The WRS – contraction de Wires – sont une preuve que le garage rock belge n’a pas à rougir face à ses congénères européens. Leur son électrique aussi percutant qu’immersif nous sort de l’état végétatif d’une période estivale sans festivals, pour une rentrée où l’on espère, pouvoir bientôt quitter notre « bulle » – terme utilisé en Belgique pour parler des rassemblements limités – afin d’aller taper du pied dans les caves moites et s’entrechoquer gaiement auprès des musiciens qui attendent avec impatience de reprendre leur place au-devant de la scène.

© ItsAdonis

Premier lancé hors des murs

The WRS puise dans la crème du garage rock. Leur son mêle influences mystiques et décadence sixties avec des instrumentations énergiques et travaillées. Imbibées de saveurs également plus modernes, allant de Thee Oh Sees à King Gizzard and the Lizard Wizzard. Dès les années 1960, l’expérimentation des rejetons désabusés du flower power et l’apparition de sons distordus générés par les pédales d’effets, notamment la fuzz, ont participé à durcir un psychédélisme carillonnant et onirique vers une forme aussi brutale qu’un bad trip. L’approche influa sur l’émergence du punk et continue aujourd’hui de faire vibrer une large frange d’auditeurs de musique rock.

© Soviet Bloem

C’est sur cette branche que sont solidement accrochés Jaime Sala Hamed (basse et clavier), Benjamin Podziukas (batterie) et Nacho Santamaria y Di Pietro (guitare et voix), qui forment les WRS. Jusqu’alors, ils s’étaient attachés à s’autoproduire, avec notamment Live At Rockerill, paru en août 2019. Aujourd’hui, le trio franchit un cap avec leur EP éponyme, dont les compositions ont abouti dans les studios d’enregistrements pour bénéficier cette fois d’une réelle production. Le résultat : quatre labels décident de les soutenir.

Les titres y sont pour l’essentiel survoltés et entraînants. La basse rythme d’un pas assuré et varié, la batterie peut se rendre furieuse (« 3’s for Lalala »), quelques interventions de claviers mais également des solos de guitare, parfois d’un psychédélisme mystique. Ils sonnent tous d’un rock survolté, révolté, où le chant chargé de distorsion, laisse régulièrement la guitare donner de la voix. Le trio se présente comme du garage 2.0, pour autant, il n’est en aucun cas électronique, il est moderne et exploite des recettes rétros.

Dans « Magic Powder », titre d’ouverture, l’intro engourdie prend progressivement un coup de jus avec l’arrivée graduelle de la batterie avant que les musiciens ne filent dans une vive accélération. Les riffs étourdissants ponctués de montées provoquées par les solos de guitare et accentuées par les « whooooou » extatiques, laissent ensuite place à de brèves accalmies avant de remonter brusquement comme le looping de montagnes russes.

Quant à « Byzance », alors que le chef d’État turc Erdoğan, vient de proclamer par décret la reconversion de Sainte Sophie en mosquée afin d’affirmer son autorité religieuse sur le pays en se détachant de l’héritage de Mustafa Kemal Atatürk, les WRS ne s’en préoccupent pas. Ils orientalisent un décor audio qui donne à imaginer l’arrivée triomphante d’un basileus sur une Byzance impériale. Tamisée par son soleil couchant, illuminée par les dorures des fastes.

Avec ce mini-album, WRS tapent fort et ne font pas brailler la branche garage avec un son brouillon et totalement distordu. Ni space, ni hédoniste, c’est du garage-punk brut bien acidulé. Ces sept titres donnent à découvrir une scène ignorée de nos contrées, qui aurait pourtant le mérite d’être mise en lumière. Il plaira aux amateurs d’instrumentations acharnées qui persisteraient à penser que le garage rock n’est que chasse gardée des anglo-saxons. D’ailleurs, The WRS comptent bien faire valoir leur talent en dehors de leurs frontières avec en plus de leur sortie sur les labels Gazer Tapes (Belgique), Rockerill Records (Belgique) et Le Cèpe Records (France), l’édition australienne qui se branchera sur le même fuseau avec la collaboration de Salty Dog Records.

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Photo en une : © The WRS

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