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Glitter. Vers les sommets de la techno, fissa !
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Le nom de Glitterڭليثر٥٥ illumine les line-up de festivals depuis quelques mois déjà. Avec ses mix ultra efficaces, la DJ résidente de Rinse sème la promesse magique de transes hybrides, riches d’influences culturelles métissées et subtilement revisitées.

Originaire de l’Atlas, Glitterڭليثر٥٥ grandit à Rabat – capitale du Maroc – et débarque en France en 2010 pour les études. Depuis, elle s’impose tranquillement sur la scène française et internationale : on la retrouve aussi bien à l’affiche de Le Bon Air festival à Marseille (26 mai), We love green (2 juin), qu’à la Beirut Electro Parade ou au festival Identifié.e.s? Un nouveau projet, vient s’ajouter : la soirée FISSA dont la première aura lieu jeudi 25 avril à La Java. Signe particulier ? Les bénéfices de cette soirée seront reversés à l’association W4 qui organise des caravanes sociales dans la région du Rif pour lutter contre le mariage des petites filles. Une occasion idéale de croiser la route de cette alchimiste d’une musique électronique nourrie de sons traditionnels d’Afrique du Nord.

Manifesto XXI – Pourquoi composer autant avec le patrimoine musical chaâbi ?

Glitterڭليثر٥٥ : Parce que ce sont des musiques que j’ai beaucoup écoutées pour avoir grandi au Maroc. C’est des musiques que j’écoutais en famille, en période de fête donc c’est quelque chose qui m’a accompagnée depuis ma naissance. Ma famille écoutait beaucoup de musique, du matin au soir et des choses très diverses. C’est là-dedans que j’ai été bercée et quand j’ai commencé à mixer je me suis demandé ce que je pouvais faire, quel était l’entre-deux pour ne pas mettre de côté la musique traditionnelle que j’aime.

Tu as une formation en conservatoire, qu’est-ce que ça t’a apporté ?

La formation classique ne me sert pas à grand chose à part savoir compter les temps et placer les kicks. J’ai fait de la guitare au conservatoire de Rabat oui. On n’étudiait pas du tout de la musique marocaine, on reprenait du Verdi, du Mozart… En guitare on reprenait des groupes de rock. J’ai commencé assez jeune, à 6 ans et ce qui m’intéressait c’était plutôt l’aspect chorale. En fait, j’ai choisi la guitare par défaut, je voulais le piano et il n’y avait plus de place.

Comment as-tu fait ta culture électronique ?

Ça a commencé au Maroc devant MSN, on s’échangeait de la musique entre copains. Les clubs c’était très compliqué, c’était des boîtes généralistes avec de la musique mainstream comme on dit. Il n’y avait pas cette culture du club underground quand j’étais ado là-bas. Ça s’est développé depuis avec quelques soirées comme les Moroko Loco qui invitent des DJs étrangers… Sinon dans les boîtes c’était genre du David Guetta ou des artistes comme ça, pas vraiment ce qui me faisait palpiter. J’écoutais beaucoup de rock à l’époque, et de la variété française et arabe. J’ai mis un peu de temps à me mettre dans l’électronique, ça a commencé avec des artistes comme Leila Arab. Ça s’est vraiment plus développé en France avec une pratique club, avec le fait d’aller découvrir des petits projets comme des plus gros.

Sur ton mix JAD, la voix fait tout de suite penser à un chant mystique. Est-ce que ça correspond à une pratique spirituelle que tu as ?

Non, c’est vraiment de la musique de transe pour accompagner le public. Je prends énormément de plaisir à jouer ce genre de morceau parce qu’on rentre plus facilement dans la musique. Peu importe la langue, l’intonation, la voix est là et le public suit en général.

Est-ce que tu travailles sur un EP ?

Pas tout de suite, mais ça va venir rapidement. J’ai de plus en plus envie de le faire. J’organise mes podcasts dans ce sens-là, chacun a un nom. Chaque mix a une image bien spécifique et ils sont édités.

JAD a une introduction très transe, BAE est trap. Quels sont tes différents univers ?

Pour JAD j’avais vraiment envie de mettre en avant les chants soufis, les percussions, et faire quelque chose que tu puisses écouter à la maison sans te mettre dans une dynamique club. J’avais aussi envie de mélanger des musiques mexicaines. En fait le titre qui fait le plus maghrébin est mexicain, c’était ça mon challenge. L’ordre des podcasts est inspiré de l’alphabet arabe et j’espère que ça va durer comme ça jusqu’à la fin ! La trap/rap, c’est des musiques que j’aime énormément aussi. J’aime bien montrer d’autres musiques que j’écoute au quotidien, surtout la trap marocaine parce que c’est une scène qui s’est développée très vite en un an. ALIF c’était la toute première, une énorme introduction qui traverse toutes les musiques libanaises, marocaines, américaines… HAWA que j’ai fait pour Trax c’est plus de la bass music avec de la techno qui vient du Nord.

Depuis quelques années on voit une vague de producteur.ices du Maghreb et Machrek qui s’impose, et en même temps en France une vague d’artiste s’intéresse à d’autres culture. Quel regard portes-tu sur ces différents mouvements là-dessus ?

J’avoue que dès que le Coran est repris sans en connaître le sens, même si je ne suis pas dans la religion, je trouve ça maladroit. Comme certaines personnes qui jouent des types de raï qui sont très tristes, et les gens dansent dessus juste parce qu’il y a trois percussions.

Je suis toujours pour la promotion de ces musiques, c’est toujours agréable de voir que ta culture est reconnue mais ça dépend vraiment de comment c’est fait.

Est-ce que tu te sens faire partie d’une diaspora ?

Pas forcément. Je n’aime pas quand on colle ces étiquettes-là de “techno orientale”. Déjà le Maroc ne fait pas vraiment partie de l’Orient sauf dans la conception américaine des choses. J’aime bien être dans des line-up qui sont complètement différents. Ça me fait plus plaisir que d’être dans des line-up uniquement de “représentants du mouvement”.

Je pense que c’est mieux de faire valoir nos cultures dans un cadre plus global, pas juste de “musique du monde”.

Je pensais à diaspora dans le sens d’une connexion créative avec des projets comme Arabstazy ou SODASSI qu’on voit émerger. Tu en penses quoi ?

Oui totalement. Je pense qu’on est contents de se retrouver avec ces artistes quand on se croise parce qu’on vient de pays différents mais on se rejoint sur des musiques électroniques que l’on apprécie, ou des cultures particulières. Je pense à Deena Abdelwahed que je respecte énormément et qui a réussi à mettre avant sa culture à sa façon. On n’est pas dans le cliché tout simplement.

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Ça fait quasiment dix ans que tu habites en France, quels liens entretiens-tu avec le Maroc ?

Oui, j’y retourne autant que je peux. Je rentre minimum deux fois par an. À partir du moment où j’arrive à l’aéroport de Rabat, je suis à la maison. Forcément la ville évolue, les quartiers changent mais je sais que je vais retrouver la famille et les amis. Parfois des choses font bizarre. Dans la rue, tu peux t’habiller librement mais ce n’est pas tout à fait pareil. Ce qui est bien c’est que l’évolution que je vois auprès de la jeunesse marocaine est hyper positive, donc c’est hyper excitant de rentrer. Je me dis que ça avance, ça évolue et j’espère y contribuer un jour. Concrètement dans ma ville, il y a un collectif qui essaie d’installer un rendez-vous mensuel et un plus gros tous les deux mois. Ce qui est compliqué quand tu es jeune au Maroc c’est qu’il n’y a que des “clubs à bouteille”, donc tu fais de la musique chez toi et tu invites tes copains mais il n’y a pas ce truc d’expérience sociale. Mais là il y a de plus en plus d’espaces qui sont ouverts et la programmation est donnée à des associations.

Les bénéfices de FISSA seront reversés à l’association w4. C’était une évidence pour toi de reverser les fonds de la première soirée ?

Oui complètement. J’organisais des concerts de rock à Lille, ça faisait partie de mon métier, et au fur et à mesure que je faisais jouer des artistes différents je voulais faire une soirée pour les rassembler et présenter mes influences. Sans faire une soirée pour faire une soirée, j’avais envie que ça ait un minimum de sens. Le choix s’est porté sur W4 par hasard quand j’ai demandé à Google quelles étaient les assos qui faisaient le lien entre les territoires. Je voulais aussi que ce soit une association qui travaille avec un acteur local. Pas une asso qui rassemble des fonds et décide de faire une action dans un autre pays. Ce que je trouve très intelligent dans w4 c’est qu’ils ne font jamais les choses seuls, les fonds rassemblés sont donnés à une association ou fondation ancrée depuis longtemps sur un territoire et qui fait des choses concrètes.

Comment as-tu choisi tes deux invités sur la première soirée ?

Je vais commencer par Thomass Jackson : c’est un producteur argentin qui habite au Mexique. Je l’ai découvert via son label, Calypso Records. Que ce soit Thomass ou son collègue Iñigo, j’admire énormément leur travail et j’ai joué beaucoup de titres mexicains. C’était important de faire la première avec la première personne qui m’a inspirée et que je peux me permettre d’inviter. Ça tombait bien il était en tournée en Europe.

Axel Moon c’est quelqu’un que j’ai beaucoup croisé en festival cet été, sans vraiment voir nos shows jusqu’à un festival à Lyon. Sincèrement j’ai pris une grosse claque, c’était très pertinent. Que ce soit lui où son collègue, il a une culture incroyable. On parlait de gens qui jouent de la musique arabe, lui a vécu en Inde. Il croise plusieurs sonorités ensemble, et il fait partie de ces gens qui le font bien.

Quels sont tes projets à venir ?

Il va y avoir plusieurs lives, environ trois par mois jusqu’à septembre/octobre. Fissa j’aimerais que ça devienne un label et qu’il y ait plus de soirées. À la rentrée j’aimerais en faire une à Paris et une au Maroc, puisque c’est là que tout a commencé.

// JJ & Fissa le 25 avril à La Java //

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