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Art fair·e #3 : critique de l’Eden néo-libéral, zine queer, récits d’artistes africaines…

Art fair·e #3 : critique de l’Eden néo-libéral, zine queer, récits d’artistes africaines…

Malgré l’annonce d’un confinement à nouveau étendu à tout le territoire français métropolitain, on ne se laisse pas abattre. La rédaction Art de Manifesto XXI continue de vous proposer sa sélection d’actus artistiques, à découvrir avant la fermeture des galeries ou à contempler de chez soi.

Au programme cette semaine : deux expos, l’une à Bruxelles, l’autre à Marseille (courrez-y avant samedi) et des films de jeunes diplômé·es de la Fémis et du Fresnoy à découvrir en ligne. Côté papier, on vous recommande un « cahier de tendances » en art contemporain, un zine queer et une revue pluridisciplinaire traitant des discriminations migratoires des personnes LGBTQIA+. Enfin, bloquez les dates d’un webinaire mettant à l’honneur des récits de femmes africaines mi-avril.

À visiter

The Way of the Drunkard, épisode 2 : SISSI à l’atelier Yassemeqk

On respire encore un peu avant que la cité phocéenne soit à son tour reconfinée ce week-end – juste assez de bouffées pour survivre. Affaiblies par la crise sanitaire qui en devient culturelle et sociale, les curatrices du SISSI club ont pris les devants pour exposer aux yeux de toustes la précarité dans laquelle s’enfonce la scène artistique indé. Avec le premier The Way of the Drunkard (Le Chemin de l’Ivrogne) mi-mars dans leur espace, elles lançaient, sous la forme d’une exposition collective express, une réflexion vivante sur l’économie du milieu associatif – l’argent collecté lors de l’événement permettant d’assurer un temps le loyer du lieu et de rémunérer les artistes. Elles réitèrent cette fois en investissant l’atelier Yassemeqk, avec une même joie de vivre épicurienne : on y retrouvera les dessins festifs de Clara Cimelli ou les doudous étranges de Léo Dupré ; on attend aussi avec impatience le lancement de la revue Hoot par Gufo, au graphisme néo-médiéval bigarré signé Rozenn Voyer et Clément Faydit. Pourvu qu’on ait l’ivresse…
S.D.

The Way of the Drunkard, épisode 2
Du 1er au 4 avril 2021
Atelier Yassemeqk, 26 boulevard des Dames, 13002 Marseille
Ouvert de mercredi à samedi de 14h à 18h.

Élise Poitevin, Le chemin de l’Ivrogne, 2021. Graphisme : Tomas Di Giovanni. © Photo : Theo Eschenauer

Royal Gala : le jardin d’Eden contaminé par le capitalisme

En entrant dans l’exposition Royal Gala à la Stems Gallery (Bruxelles), la haute salle entièrement repeinte en gris métallique nous donne à la fois l’impression d’une projection passée et d’une vision futuriste. Deux grandes balançoires pendent au milieu de l’espace, l’une bouge encore. Léo Luccioni, artiste français basé à Bruxelles (qu’on connaissait par ailleurs pour la musique et les clips poético-lol de son duo Eco+, ndlr), joue avec des éléments iconiques du système économique contemporain. Mais les pommes croquées, symbolisant l’acte défendu par excellence, mettent fin à l’illusion et nous rappellent que tout ceci n’est pas un jeu. Ici, l’omniprésence du capitalisme contamine même les mythes les plus anciens.

Un chevalier dont l’armure est oxydée de taches bleutées nous propose deux pommes estampillées des slogans « Think different » (Apple) ou « New is old ». L’artifice se dévoile lorsqu’on aperçoit la paire de Air Max et le complet Adidas dépassant de l’armure : ce chevalier ne vient pas du Moyen Âge mais appartient bien aux temps modernes. Sur le mur adjacent, le logo Total en néons colorés, quant à lui, attire et séduit l’œil du/de la spectateur·rice. Mais ses contours fragiles et maladroits laissent sous-entendre un affaiblissement : rien ne dure pour toujours. Les cadres au mur affichent les devises de grandes multinationales en feu, suggérant le désir de mettre fin à une ère néo-libérale à bout de souffle. Pour son premier solo show, Léo Luccioni nous plonge dans un univers pop grinçant où quotidien, Histoire et rêve se perdent dans la production de masse et deviennent eux-mêmes biens consommables. 
L.T.

Léo Luccioni, Royal Gala
Du 25 mars au 17 avril 2021
Stems Gallery, 4 rue du Prince Albert, 1050 Bruxelles
Ouvert du mercredi au vendredi de 12h à 18h et le samedi de 14h à 18h.

Vue de l’exposition Royal Gala, Léo Luccioni, Stems Gallery (Bruxelles) © Hugard & Vanoverschelde

À feuilleter

RADICAL POSSIBILITIES : rendre visibles l’art et l’identité queers

Radical Possibilities : Art & Queer Identity est un zine publié par Common Threads Press (anciennement Made by Women Zines). Réalisé entre mai et décembre 2020, il propose une vingtaine d’articles, essais, interviews, comics et œuvres originales par des contributeur·rices du monde entier. On y trouve des conseils pour créer sa propre bibliothèque de zines, un article abordant les relations lesbiennes dans le cinéma indien, un entretien avec Fredrik Andersson du Queer Youth Art Collective, la série photo Nonbinary d’AJ Schnettler, ainsi que davantage de contenus mettant en avant des œuvres et des réflexions autour des identités queers. Publié au mois de janvier 2021, on se réjouit de sa réimpression qui donne l’espace et la parole à des voix et des histoires que l’on entend encore trop peu.
J.S.

Le fanzine est disponible sur le site de Common Threads Press à partir de 7£ (hors frais de livraison).

© Common Threads Press, Instagram.

Un cahier de tendances en art : NONFICTION numéro 02 – On nature

Comment définir les grandes tendances de l’art contemporain ? À cette question, NNFCTN, agence de stratégie et de prospective, répond avec NONFICTION numéro 02 – On nature. Cette publication autofinancée et éditée à 500 exemplaires, à mi-chemin entre revue et livre d’artiste, est inspirée des « cahiers de tendances » aujourd’hui très répandus dans le secteur de la mode. Il s’agit, en regroupant 78 artistes internationaux·ales né·es après 1980, de donner un aperçu de la jeune création actuelle et d’anticiper le futur de l’art contemporain, d’un point de vue tant conceptuel qu’esthétique. Les années 1980 correspondent, selon Céline Poizat, fondatrice NNFCTN, au « basculement du monde », à savoir l’arrivée du numérique et d’Internet, qui ont largement et définitivement impacté la création. Pour dénicher ces jeunes talents, les « chasseur·euses de tendances » de l’agence regardent du côté de la programmation des centres d’art et des jeunes galeries, mais diggent également sur Instagram, outil désormais indispensable. L’originalité et l’efficacité de cette publication résident à la fois dans l’absence de textes critiques inédits, la structure en quatre grandes thématiques, et dans l’attention portée à l’objet même de l’édition, dont on notera le très beau graphisme réalisé par le Studio Mathieu Meyer. Outre un court édito signé de Céline Poizat, seuls des textes, dont la résonance est considérée comme « intemporelle », sont disséminés dans l’ouvrage. On y croise ainsi Ovide, Shakespeare, Hume, Barthes, Arendt, mais également l’écrivaine Tony Morison, la philosophe Emily Hache, l’activiste Starhawk ou encore des extraits de la Genèse, du rapport Meadows ou d’un discours de Greta Thunberg. Tant par les textes que par les 78 « imaginaires » d’artistes, toutes disciplines et tous niveaux de reconnaissance confondus, On Nature propose une multiplicité de regards sur le thème, on ne peut plus large, de Nature, pensé comme l’enjeu fondamental du monde actuel. Malgré la profusion de propositions intéressantes, on a relevé le challenge de sélectionner quatre artistes, plus ou moins reconnu·es, pour chacune des quatre parties :

  1. La science est-elle de notre côté ? « Frankenstein et la bactérie » : Salomé Chatriot, Nile Koetting, Eliott Paquet, Jonathan Pepe.
  2. Les croyances ont-elles tout compris ? « Adam et la plume » : Mathilde Geldhof, Yosra Mojtahedi, Paloma Proudfoot, Romain Vicari.
  3. Le futur peut-il être différent ? « Man-thing et l’effondrement » : Cécile B. Evans, Charlotte Heninger, Pierre Pauze, Curro Rodriguez.
  4. Qu’est-ce que le féminin ? « Albertine et la sorcière » : Jaana Kristiina Alakoski, Michelle Bui, Jesse Darling, Mimosa Echard.

A.-C.M.

NONFICTION 02 – On nature, édité à 500 exemplaires
Plus d’information sur le site de NNFCTN

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NONFICTION 02 – On nature, © Mathieu Meyer

Penser les discriminations migratoires des personnes LGBTQIA+ avec T.A.N.J.

The Against Nature Journal (T.A.N.J.) est une revue semestrielle polymorphe éditée en anglais par l’association Council. Cette publication pluridisciplinaire est issue d’un projet de recherche éponyme né en 2014 à Beyrouth sous l’impulsion de l’ONG Legal Agenda et de l’association Ashkal Alwan. Il s’agit, dans une démarche à la fois artistique et politique, de repenser la nature à travers un approche critique. Sorti cet hiver, le deuxième numéro papier de T.A.N.J. aborde le thème de la migration, et montre comment le concept de « nature » sert de justification à la stigmatisation et la criminalisation des personnes LGBTQIA+. Édité par les curateurs Aimar Arriola et Grégory Castéra, il réunit une quinzaine d’auteur·rices issu·es de diverses disciplines et propose ainsi d’appréhender ces questions de manière transversale. On y découvre des essais, des histoires, des poèmes et des photographies. Dans un essai inédit, la théoricienne et activiste queer Jasbir K. Puar actualise son concept d’« homonationalisme », tandis que l’écrivain et cinéaste Abdellah Taïa pointe du doigt la xénophobie en France. La revue s’enrichit également de poèmes engagés de la militante féministe « chicana » Gloria Anzaldúa ainsi que de photographies de l’artiste Zoe Leonard. Cet ouvrage collectif offre un point de vue acéré, à la fois théorique et personnel, sur les mécanismes de domination et de violence qui sous-tendent les processus d’exclusion des personnes LGBTQIA+. 
L.P.

T.A.N.J. #2 est disponible ici (15€).

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Second issue of T.A.N.J., winter 2021. © Council, photo : Stepan Lipatov.

À suivre en ligne

Reclaim : récits d’artistes femmes africaines, du 13 au 16 avril

À l’origine de ce colloque, un partenariat entre la Saison Africa2020, manifestation pluridisciplinaire panafricaine, et l’association AWARE : Archives of Women Artists, Research and Exhibitions. D’après N’Goné Fall, commissaire d’Africa2020, « l’Afrique du XXIème siècle est le continent d’une jeunesse inspirante et engagée qui entend bien être aux commandes de son propre destin ». Et si les recherches, publications et écrits sur l’art africain moderne et contemporain abondent en ce sens, les œuvres d’artistes femmes africaines et issues de la diaspora y restent invisibilisées. Ce colloque vise à donner la parole « aux spécialistes établi·e·s et émergent·e·s » pour leur permettre « non seulement d’évaluer et de réexaminer les histoires existantes et les archives, mais aussi d’en mettre à jour de nouvelles qui rendent compte de l’importance de la place des artistes femmxs ». Ce webinaire, qui se tiendra sur quatre après-midi, tentera de comprendre les raisons de l’invisibilisation des artistes femmes africaines en s’interrogeant sur leur statut, mais également sur le rôle des institutions et la manière dont la politique des techniques a contribué à cette sous-représentation. 
J.S.

Découvrez le programme en détail sur le site d’AWARE et inscrivez-vous gratuitement pour suivre le colloque les 13, 14, 15 et 16 avril de 14h à 18h. 

Voir Aussi
Manifesto 21 - Danse Musique Rhône Alpes
Danse Musique Rhône Alpes : Du rythme, garanti sans propagande touristique

Et pour revenir sur la nomination-démission de Muriel Penicaud à la présidence d’AWARE, on vous recommande cet article d’Emmanuelle Lequeux paru hier sur le site du Monde.

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Billie Zangewa, In my Solitude, 2018, 150 x 111 cm
Courtesy Templon, Paris – Bruxelles © Billie Zangewa. Photo : Jurie Potgieter

À regarder

La riche programmation digitale de 100% L’EXPO – Sorties d’écoles

L’équipe de La Villette a su rebondir et s’adapter face à la situation sanitaire : si l’exposition présentant un large panorama de la jeune création artistique à travers une sélection d’étudiant·es tout juste sorti·es d’écoles d’art dans la Grande Halle n’est accessible qu’aux « professionnel·les de la culture », des installations et photographies sont installées pour la première fois dans le parc. Surtout, la proposition digitale est extrêmement riche : outre des contenus médiatiques réalisés pour l’occasion, une partie de la programmation vidéo est accessible en ligne. Ainsi, les films réalisés par de jeunes diplômé·es du Fresnoy sont à voir en accès libre ici jusqu’au 16 mai, tandis qu’un calendrier de projections (du 30 avril au 16 mai) propose de découvrir les réalisations d’élèves issu·es des promos 2014 à 2017 de la Fémis sur Festival Scope. De quoi occuper les longues journées chez soi et tenter de déjouer un tant soit peu la morosité ambiante… On ajoute ici une petite touche d’auto-promo pour vous recommander d’écouter « Prendre place – jeunes, femmes et artistes« , un podcast en trois parties qu’on a réalisé en partenariat avec La Villette, et qui a été produit par Sonique – le Studio.
A.-C.M.

La Villette, 100% L’EXPO – Sorties d’écoles
Du 30 mars au 16 mai 2021
Pour le contenu en ligne, découvrez nos recommandations ici, et pour plus d’informations, rendez-vous sur le site de la Villette.


Sélection et rédaction : Sarah Diep, Anne-Charlotte Michaut, Léa Pagnier, Justine Sebbag et Laura Trance.

Image à la une : Vue de l’exposition The Way of the Drunkard, épisode 2 par SISSI club, atelier Yassemeqk, 2021 © Photo : Theo Eschenauer

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