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10 artistes, 10 curateurs : la jeune création qui fera 2020

10 artistes, 10 curateurs : la jeune création qui fera 2020

Qui se distinguera dans la jeune création en ce début de décennie ? Comme chaque mois de janvier, la rédaction de Manifesto XXI fait ses paris sur les artistes qui s’accompliront, avec un double focus spécial cette année…

En 2020, nous avons décidé de confier la sélection des artistes de l’année à celles et ceux qui font le monde de l’art, comme une occasion de mettre aussi en avant les talents qui permettent l’émergence.

Anne Bourrassé présente : Elsa & Johanna

Commissaire indépendante et fondatrice de l’association Contemporaines.

« Duo formé en 2014, les photographes Elsa & Johanna créent des auto-fictions. Au-delà de la représentation de soi, elles mettent en scène par le décor et le vestiaire des situations dont elles maîtrisent le temps et l’environnement. L’appareil photographique devient un narrateur omniscient qui capture les vies de personnages, disent-elles, « véritables ». Se glissant dans le quotidien d’étrangers, elles parcourent les territoires géographiques et culturels pour faire corps avec d’autres réalités. »

À venir :
• La sortie de leur tout premier livre photo Beyond the Shadows aux éditions H2L2 courant avril 2020. Il regroupera environ 80 photographies couleur extraites de la série narrative et autofictionnelle réalisée fin 2018 à Calgary au Canada.
• Exposition Diversity. The Future is Female à la galerie Witschi (Zurich) du 14 mars au 14 avril 2020
• Art Paris Art Fair, à la galerie La Forest Divonne (Paris) du 2 au 5 avril 2020
• Exposition Staging Identity, à l’Institut Mathildenhöhe (Darmstad, Allemagne) du 24 avril au 20 septembre 2020

elsa-and-johanna.com

Elsa & Johanna, On the Other Side, in Beyond the Shadows, 2018

Lara Ossipovski présente : Gaadjika

Co-fondatrice et commissaire du Floréal Belleville (Paris).

« Dans ses peintures, ou encore au travers du dessin ou de la vidéo, Gaadjika nous amène à reconsidérer notre perception des femmes. Leur condition, la place qui leur est attribuée par une société encore patriarcale, leur (non) liberté de dire, de faire ou d’être, les schémas dont il est urgent pour elles de se sortir. Avec un trait figuratif, des couleurs vives et des symboles pop, Gaadjika parle au.à la spectateur.trice, même le ou la moins initié.e.

Il me paraît essentiel aujourd’hui de donner un espace de visibilité à ces artistes qui traitent de messages urgents par un langage accessible, comme nous essayons de le faire au Floréal Belleville, lieu dont la double fonction (café et espace d’exposition) et la pluralité de la programmation permettent justement de s’adresser à un public plus vaste et varié. »

À venir :
• 69ème édition de Jeune Création, à la Fondation Fiminco, du 25 janvier au 2 février 2020
• 65ème édition du Salon de Montrouge, du 25 avril au 20 mai 2020

Gaadjika

Gaadjika, Femme Colette

Olivia Maëlle Breleur présente : Abel Techer

Fondatrice et directrice de la Maëlle Galerie (Paris).

« L’œuvre d’Abel Techer est frappante d’humanité. Il donne à chacun de ses personnages érigés en autre-soi une âme. Les questions d’identités genrées sont empêtrées dans les méandres du trouble, le corps androgyne se métamorphose, il mue. Techer préfère la masculinité vulnérable à la masculinité souveraine. Il est à la recherche d’une « performativité » du genre dans laquelle les notions de rituels et de répétitions selon Judith Butler « produisent des effets à travers un processus de naturalisation qu’il faut comprendre en partie comme une temporalité qui se tient dans et par la culture ». »

À venir :
Sa première exposition personnelle en galerie I call you from the crossroads du 7 février au 21 mars 2020 à la Maëlle Galerie à Paris (commissariat Julie Crenn).

Abel Techer

Abel Techer, Envers, huile sur papier toilé, 33 x 36 cm, 2018 (courtesy Maëlle Galerie)

SISSI club présente : Lucas Vidal

Co-fondé en 2018 par les historiennes de l’art Elise Poitevin & Anne Vimeux, SISSI club est une association et galerie située à Marseille.

« Des kouros aux azulejos, Lucas Vidal s’inspire de formes traditionnelles, archaïques, et expérimente la sculpture par le feu. Madeleine brûlée, huile de friture, bonbons fondus remplacent les matières usuelles de modelage. Construites par strates comme autant d’étapes de cuisson, ses pièces représentent des parts de son intimité et proposent des alternatives à la mécanicité de la production. Lucas Vidal est diplômé de la Villa Arson en 2018. Il vit et travaille à Marseille. »

À venir :
• Exposition collective La Relève II dans le cadre du festival Parallèle, à La Compagnie et Coco Velten (Marseille) du 23 janvier au 29 février 2020
• Solo show Split Window à SISSI club (Marseille) du 7 au 30 juin 2020
• Exposition collective à la Fondation du Doute (Blois) du 13 juin au 4 octobre 2020

Lucas Vidal, Kouros/Gisant/Golem, pâte à madeleine, 184 x 70 x 35 cm, 2018 (photo Loïc Thébaud)

Marie Chênel présente : Charlotte Khouri

Critique d’art et commissaire indépendante.

« En 2019, au Salon de Montrouge, Charlotte Khouri (née en 1985, vit à Paris) interprétait en les mêlant des bribes de paroles de femmes artistes aux voix graves et singulières, modulées par les addictions ou la tristesse. Speakerine stylée articulant en plein écran d’authentiques sorties télévisées de Jeanne Moreau et Nico, elle déballait un récit dont le tracé déviait volontiers. Après avoir conçu et donné, avec Anne Le Troter, plusieurs représentations théâtrales dans l’espace domestique de familles nanteriennes, Charlotte Khouri plante ces jours-ci le décor de sa première exposition personnelle, qui fait suite à sa résidence à Noisy-le-Sec depuis septembre 2019. Une mascarade nocturne aux accents psyché… »

À venir :
Son premier solo show Dauphins, Dauphines à La Galerie (Noisy-le-Sec) du 25 janvier au 21 mars 2020.

charlottekhouri.net

Charlotte Khouri, extrait de la vidéo Nuit majeure, 2020 (courtesy de l’artiste)

Pauline Coste & Coralie Gelin présentent : Bianca Argimón

Commissaires indépendantes et membres du collectif curatorial Empreinte.

« Bianca Argimón s’inspire d’événements médiatiques et de l’histoire de l’art pour mieux révéler les points de contradiction de notre monde contemporain. D’un œil cynique, elle questionne les valeurs sociales, politiques et morales des sociétés occidentales en créant des environnements instables où l’irrationnel rime avec humour. L’une de ses dernières œuvres, Magic Bean, interroge la course à la performance en fusionnant trois symboles de l’ambition humaine : la Tour de Babel, Wall Street et le conte Jack et le Haricot magique. Nous avons présenté ce dessin à la galerie Jeune Création, dans l’exposition Et toi… tu fais quoi dans la vie ? de novembre 2019 à janvier 2020. »

À venir :
• Résidence à la Cité internationale des arts (Paris), à partir de janvier 2020
• Exposition personnelle, Centre culturel Jean-Cocteau (Les Lilas), mars-mai 2020
• Exposition personnelle, One Four Gallery (Séoul), fin 2020

biancaargimon.com

Bianca Argimón. Magic Bean, 2019, crayon de couleur sur papier, 150 x 113 cm (courtesy de l’artiste)

Émilie d’Ornano présente : Marine Zonca

Commissaire indépendante et directrice de KOMMET, lieu d’art contemporain associatif à Lyon.

« Marine Zonca, née en 1993 à Paris, vit et travaille à Lyon et est diplômée de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Lyon en 2017. Sa pratique artistique gravite autour du dessin, de la sculpture et de l’installation. Ses oeuvres, qu’elle nomme « objet-images », sont des formes épurées, fines et précises qui évoquent l’humain. Sa singularité s’exprime dans des protocoles impliquant des pièces modulables qui lui permettent de générer des images paradoxales. Dans une pratique nourrie par la mémoire des lieux et l’histoire des civilisations, Marine Zonca rend sensible le couple spiritualité/désastre. »

À venir :
• Exposition duo Depuis l’île de Pâques à KOMMET (Lyon) du 22 janvier au 28 février 2020
• Exposition collective Portail à DOC! (Paris) du 20 au 27 février 2020
• Exposition solo Coeur fictif à La Serre (Saint-Étienne) du 19 mars au 25 avril 2020

Voir Aussi
Mirage festival manifesto

marinezonca.com

Marine Zonca, Monosolo. Vue de l’exposition Depuis l’île de Pâques à KOMMET, Lyon, 2020

Super F-97 présente : Valentin Defaux

Micro-lieu d’exposition expérimental et indépendant fondé par les artistes et commissaires Laura Ben Haïba et Rémi De Chiara en 2019 dans leur Ford Escort de 1997, actuellement garée à Villeurbanne.

« Valentin Defaux, né en 1991 en Lorraine, est diplômé de l’École nationale supérieure d’art et de design de Nancy en 2015. Ancien résident des Ateliers Médicis, il vit et travaille à Lyon, où il est résident de l’Atelier Sumo. Pour son exposition Stock chez Néon en 2016, il procède par re-fabrication de pièces techniques industrielles en s’intéressant au tracteur Ford. Il développe une pratique pluridisciplinaire intégrant la sculpture, et plus particulièrement la céramique, à des productions numériques dans des installations présentées notamment au Réfectoire des nonnes en 2018 et 2019. Début 2020, il vient prendre racine sur le plateau de l’habitacle de Super F-97, qu’il transforme en diorama où demeurent des formes imprécises semblant venir de la structure même du véhicule. Abandon d’une chaîne de montage et ruine automobile sont au coeur de sa proposition pour cette exposition. »

À venir :
• Exposition personnelle Les fleurs ressemblent aux bûches à Super F-97 (207 rue Francis-de-Pressensé à Villeurbanne). Vernissage le 6 février 2020 à 18h.
• Carbone 20, une biennale de collectifs et lieux d’artistes, à laquelle sont invité.es Valentin Defaux et les autres artistes de l’Atelier Sumo et Super F-97, à Saint-Étienne du 10 au 19 avril 2020.

valentindefaux.fr

Valentin Defaux, Rustica. Vue de l’exposition Divinarium au Réfectoire des nonnes, Lyon, 2019

Chris Cyrille présente : Ludovic Nino

Critique d’art et commissaire indépendant.

« Ancien étudiant des Beaux-Arts de Paris, Ludovic Nino puise autant dans des sources classiques que contemporaines. Ce peintre peut réaliser une fresque comme réfléchir à la fabrication d’installations complexes. Son œuvre peut se voir comme l’inventaire de paysages à la marge, au ban des grands centres, ceux où les peuples brandissent, encore aujourd’hui, leur irrévocable dignité partout dans le monde. C’est aussi (et surtout) un syncrétisme de techniques (encre de chine, fresque, peinture sur bois, à l’huile…) comme un syncrétisme de cultures. À voir, profondément… »

À venir :
Exposition collective à la galerie La Ferronnerie courant janvier/février 2020

Ludovic Nino

Leaving Living Dakota présente : Dýrfinna Benita

Collectif né à Bruxelles en 2018, géré par Celia et Seelik, Leaving Living Dakota est à la fois un lieu d’exposition alternatif et une série de soirées.

« En 2020, l’artiste métisse d’Islande et des Philippines Dýrfinna Benita sera sous les feux des projecteurs des espaces d’art comme des festivals de musique. La fin 2019 était déjà bien agitée pour elle. Elle a terminé l’année avec une exposition à la Kling & Bang Gallery à Reykjavik avec son collectif Lucky Me, un trio d’artistes descendant.es d’immigré.es des Philippines. Avec son autre collectif d’artistes queer et européens BLUE, elle débarque à Bruxelles invitée par nos soins pour monter une exposition. Oeuvre unique réalisée par plus de 12 artistes pratiquant dans 7 pays différents, Topia représente une approche expérimentale de la création d’objets rendue possible uniquement par l’utilisation de canaux numériques.

Durant l’événement elle performera également en live son album pas encore sorti à ce moment-là : HYSTERIA. Oui, Dýrfinna Benita aka Countess Malaise est aussi une rappeuse très habile avec les mots et les mélodies pour exprimer colère, désirs sexuels et maladies mentales. Sur scène, on est captivé par cette « professional rap hoe » comme elle s’appelle, très Cardi B et très goth aussi. Artiste complète, Dýrfinna Benita bouleverse et exprime maux et mots pour se soigner en 3D, en 2D ou en musique, avec une sincérité touchante. »

Dýrfinna Benita

À gauche : la pochette de l’EP de Countess Malaise HYSTERIA. À droite : une installation de Dýrfinna Benita lors de l’exposition collective Lucky Me à la Kling & Bang Gallery à Reykjavik, du 30 novembre 2019 au 12 janvier 2020

Par Apolline Bazin, Samuel Belfond, Sarah Diep, Anne-Charlotte Michaut et Juliette Tyran.

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