Valse en slow-motion avec Lala &ce

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© DR

Lala &ce est une jeune rappeuse lyonnaise, installée à Londres, membre du collectif de rappeurs, pour la plupart originaires de Dakar, le 667. Son flow nonchalant et sensuel, posé sur des pistes entre cloud et afrobeat, attire aujourd’hui de plus en plus de public. Un public qui pourra dès la rentrée prochaine écouter son premier album.

À l’heure actuelle, c’est sur YouTube ou Soundcloud qu’il faut fouiller pour trouver ses sons, assez éparpillés sur Internet. On peut quand même y trouver En attendant xx, une mixtape composée de plusieurs sons qu’elle avait de côté, pour donner au public quelque chose à se mettre sous la dent, en attendant un album plus professionnel.

Photographe Laura Ma Styliste Metus Pm At hotel Le Pigalle

Si ses sons ne sont pas encore centralisés aujourd’hui, c’est que ce n’est pas son genre de les partager sur ses réseaux sociaux. « Je préfère que les gens écoutent d’eux-mêmes, ça permet d’avoir une meilleure perspective sur comment est vraiment ton son, s’ils écoutent d’eux-mêmes ça veut dire que le son est nice »

Donner aux gens le plaisir de chiner les sons, c’est aussi répondre à une réelle tendance actuelle, où l’on prend plaisir à se mettre à la recherche du nouvel artiste encore discret, mais dont on ressent le potentiel. « Après ça s’évapore vite, imagine quelqu’un qui m’a découvert il y a un moment, il va se dire bon, ça commence à être sérieux, tout le monde la connait, j’en ai marre… »

On revient sur les commentaires récurrents sur sa diction, sur le fait qu’on lui fasse souvent remarquer qu’on ne comprend pas toujours toutes les paroles. Une volonté de pousser les gens à faire un effort ? « Il y a deux parties, tu peux capter le flow, et l’écouter comme un son cainri, et si tu t’intéresses un peu plus, à force d’écoutes tu vas comprendre, parce qu’en vrai les gens, à force d’écouter ils comprennent, je ne parle pas non plus chinois ». Elle rappelle toutefois que ce n’est pas un effet qu’elle donne exprès, c’est sa façon naturelle de parler et de poser sa musique, tout simplement.

Photographe Laura Ma Styliste Metus Pm At hotel Le Pigalle

Lala &ce a une histoire particulière avec le chopped and screwed, une technique de mixage consistant à ralentir une prod. « C’est comme ça que j’ai commencé à faire de la musique, en tâtonnant sur l’ordinateur. Après en avoir écouté j’ai essayé d’en faire, j’écoutais les sons qui me touchaient de ouf, je les ralentissais, ils me touchaient encore plus, parce que le son dure plus longtemps, t’entends plus de trucs, ma vibe vient de ça aussi. »

Lala &ce fait partie de cette nouvelle génération d’artistes autodidactes, qui ont appris à faire du son avec des logiciels et des tutos sur internet. « Après à l’ancienne tu pouvais le faire aussi avec des cassettes. Si t’étais vraiment à fond tu pouvais toujours trouver un moyen mais c’est vrai qu’avec Internet c’est plus facile ».

Pas de technique fixe pour son processus d’écriture. Elle travaille beaucoup avec Rolla, un ami de Lyon qui lui envoie ses prods. « Je lui dit ouais aujourd’hui j’ai envie de partir sur ce thème, ou parfois je lui envoie un son, un petit jingle, il fait un truc dessus, après j’écris ».

Mais elle ne s’arrête pas là, et aime diversifier les collaborations« En ce moment je travaille pas mal avec des gars de Londres, et les gens avec qui je vis aussi, qui font du son. Eux, ils sont un peu plus dans le jazz. » Internet permettant de fondre toutes les frontières, elle reçoit des prods de partout. « J’ai reçu une track du Brésil récemment, même en Russie, un gars m’a envoyé un truc, l’ouverture you know. »

Après ces considérations techniques, on dérive ensuite sur la place des femmes dans le rap, du fait qu’en France il est encore compliqué d’échapper à un rappel de sa condition de femme dans un milieu ultra masculin. « C’est un truc, tu ne peux pas le contrer, par exemple. Même aux Etats-Unis, Nicki Minaj c’était la numéro un, maintenant il y a Cardi B, et les gens sur Instagram, ils sont là à demander quel camp tu choisis… Ils veulent toujours mettre les femmes en compétition. En plus je me compare pas vraiment aux rappeuses françaises parce que pour moi il n’y en a pas, ou du moins elles sont trop petites niveau notoriété. »

Lala évoque souvent Lil Wayne, comme un des rappeurs qui lui ont donné envie de faire du son. Il y a aussi Missy Elliott, Usher. « J’étais une fan de Usher, de ouf, numéro un ». Des références r’n’b qui influencent son flow autotuné et chantant. « Aussi j’écoutais pas mal de sons avec ma mère, des sons kainfri, du village. Le dimanche elle mettait ça à fond dans la maison. Nous carrément on était dégoûtés avec mes frères et sœurs, mais en même temps on kiffait. Il y a notamment des femmes de son village, Les femmes de Seria, elles chantent à l’unisson, c’est limite un cri, les prods sont super dans le back, mais c’est super fort, je pense que ça m’a un peu marquée aussi, dans la musique. » Elle pense d’ailleurs à faire une prod en les samplant.

Photographe Laura Ma Styliste Metus Pm At hotel Le Pigalle

L’influence se trouve d’ailleurs jusque dans son nom de scène, Lala, étant le prénom ivoirien de sa grand-mère. Sa double culture ivoiro-française apparaît importante avant tout dans sa vie en général. Si elle est née et a grandi à Lyon, elle a vécu avec ses frères et sœurs qui, pour la plupart sont eux, nés en Côte d’Ivoire, l’imprégnant également de cette double culture. « Même si c’est dur parfois, il suffit de te poser, de réfléchir à la manière dont ça t’a enrichi, même les trucs mauvais, ça te fait grandir, c’est une force. » Ces expériences, comme les histoires d’amour, sont aussi d’autant d’inspirations pour écrire ses sons. Elle rappelle une citation qu’elle a entendu : « Si tu ne souffres pas, tu ne peux pas être un artiste en fait ».

Lala &ce habite désormais à Londres, où les scènes musicales sont extrêmement diversifiées. « C’est ouf, ça reflète même la société, les gens. » Elle se désole qu’en France on soit souvent cantonné à la même chose. « À Londres, je vais voir plein de concerts, de gens pas connus du tout, et il y a vachement de potentiel, de qualité de son ». Et malgré les difficultés dues à la cherté de la capitale britannique – elle parle de Londres comme d’une « jungle humaine »,  elle a réellement la volonté d’y faire son parcours, et d’y rester, en travaillant dur, pour payer un loyer exorbitant. « Je vais essayer de faire un peu le pont entre Londres, et Paris, et sûrement d’autres villes aussi. »

Sa musique, sans avoir réellement fait de promo pour l’instant,  se diffuse bien Outre-Manche, où elle a déjà eu l’occasion de faire plusieurs émissions de radio. Elle a même performé lors d’une soirée « After Dark » au Tate Modern. Ayant eu également des propositions de différents labels, elle a pour ambition de monter un réel projet professionnel, dans la capitale britannique, tout en continuant à rapper en français.

Son album, que l’on attend pour la rentrée, a lui été enregistré un peu partout, chez elle, à Lyon… « C’est cool de faire ça dans différents endroits, j’aime bien aussi. Le plan c’est de faire aussi pas mal de visuels, de montrer une histoire dans les clips et dans les sons ». D’ailleurs, en regardant ses clips, on ne peut s’empêcher de remarquer son sens de l’esthétique, de la mode. « J’aime bien la sape, alors j’aime quand on me propose de faire des trucs avec différentes marques. Là récemment j’ai fait un clip avec la marque Andrea Crews, le clip s’est passé pendant le défilé, un vrai concept. Je suis aussi pas mal en filiation avec la marque Koché. Mais ouais, j’aime bien la mode ».

Pour la retrouver sur scène en attendant l’album, ça se passe tout d’abord à Bordeaux, à Platine le vendredi 9 février, aux côtés de Lean Chihiro, Sali, et Galaxy P. Puis plusieurs dates arrivent à Paris en mars, et elle participera aussi au Printemps de Bourges le mercredi 25 avril 2018.

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