Galère, révolte et vie intense. « Dans le noir », première BD de Daria Bogdanska

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© Emma Larsson

Dans la sélection 2018 du festival de BD d’Angoulême, une personnalité punk a retenu notre attention. La première œuvre de Daria Bogdanska dessine en noir et blanc le portrait de la jeunesse de l’Union Européenne.

2013, Katowice – l’une des plus grandes villes de Pologne – s’apprête à entamer pour la huitième année le OFF, un petit festival de métal à la programmation aussi dark qu’éclectique, allant de My Bloody Valentine à des groupes de métalleux polonais inconnus du grand public. Parmi ces derniers, les Teenagers, un trio sans prétention composé de Karol à la batterie, Rafal à la basse et Daria à la guitare et au chant. Sur scène, derrière les membres du groupe, s’étend une bannière massive sur laquelle on peut lire NO PASARAN! FASZYSCI, NACJONALISCI, RASISCI. WYNOCHA! – NO PASARAN ! FASCISTES, NATIONALISTES, RACISTES. DEHORS ! Le OFF ne leur a pas permis d’accrocher la bannière lorsqu’ils en ont fait la demande, alors le groupe a embobiné les gars du son pour qu’ils la mettent en place. Membres de la scène punk politique de Varsovie, les Teenagers n’étaient pas des habitués de festival et jouaient principalement dans les bars et les squats. Pour une fois qu’ils avaient l’occasion de se faire entendre, ils en ont profité. Car en 2013 comme aujourd’hui, les traits de la Pologne sont ceux d’un pays conservateur de droite, où la liberté des citoyens est une épine dans la main de l’État.

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© Daria Bogdanska

À cette époque Daria Bogdanska a 24 ans. Elle joue de la musique, répare quelques vélos, vit dans un squat. Le lendemain du festival, elle déménage à Malmö, en Suède, où elle intègre une école de BD, la Kvarnby Serieskola, d’où découle Dans le noir sélectionné cette année à Angoulême. L’injustice et la lutte politique, c’est déjà ce que la jeune polonaise chantait avec les Teenagers ; c’est aussi ce qu’elle nous livre ici avec sa première BD. Appuyée sur des traits souples en noir et blanc qui rappelle la main de Marjane Strapi, Daria Bogdanska raconte à travers sa propre histoire celle d’un grand nombre de jeunes européens : la lutte politique, les angoisses de la vie adulte, ce qui les lie l’une à l’autre.

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© Daria Bogdanska

Journal intime d’une part, dénonciation politique de l’autre, Dans le noir dresse surtout le portrait de toute une génération de jeunes sans emploi qui tente de se construire une vie à la hauteur de leur éthique politique, toutefois contraint-e-s par les difficultés financières qui les assaillent. Une problématique qui ne date pas d’hier, mais dont il est important de rappeler la contemporanéité. La bédéiste entraîne également notre regard vers les dessous cachés des quartiers branchés et gentrifiés tels que celui de Malmö, où l’on oublie trop souvent ce qui se cache derrière la main de celui ou celle qui sert votre Tikka Masala.

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© Daria Bogdanska

Daria Bogdandska vit toujours à Malmö et joue toujours dans un groupe punk. Elle travaille actuellement comme mécanicienne vélo et donne des cours de bande dessinée. À à peine 30 ans, elle offre une première BD dont la trame narrative reste classique mais prometteuse.

Par Cloé

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