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Les soirées High Heal : « Honest music for honest people »

Les meilleures soirées commencent-elles toujours par un délire entre potes ? On peut se poser la question avec High Heal, l’événement profane mais hautement spirituel de ton prochain dimanche. Concocté par trois âmes en quête d’une musique éclectique et salvatrice, High Heal purifiera ta fin de week-end comme de l’eau bénite sur tes péchés de la veille. Entrez dans la crypte des héritiers solaires de Genesis P-Orridge et des soirées care.

@clementgarcial

Manifesto XXI – Une énigmatique page Instagram, un compte Télégram, et un événement privé Facebook : la communication est filtrée mais à chaque fois vos soirées sont full ! Comment vous faites ? Pourquoi ce halo de mystère, High Heal ?

Lisa Fetva: On voulait faire des soirées pour les amis, où on est à l’aise, où on se sent bien. Un peu comme si on fêtait notre anniversaire tous les trois mois! Et on invite nos amis proches qui peuvent inviter leurs amis proches. C’est une question d’intimité, le dimanche soir tu n’as pas forcément envie de voir tout Paris !

Fatma Wicca : La première édition, c’est parti d’un entre-soi qui était hyper volontaire mais on ne voulait pas que ce soit de l’élitisme non plus… C’était juste l’idée d’un dimanche ramasse mais avec des copains et de la bonne musique, et on a continué comme ça.

Chaque événement est articulé autour d’un thème méditatif, qui évoque l’éveil, la floraison… Est-ce que High Heal a pour mission de nous sortir de notre état végétatif du week-end ?

LF: C’est un peu ça. On cherche des symboles de processus que tout le monde traverse […]. Par exemple pour la session “Aloe Vera”, c’était par rapport à l’éternité, la mort et la vie. La session “Blossom” c’était la célébration de la naissance, du printemps, de la passion.

Lorenzo Targhetta: C’est plus des métaphores. On ré-introduit des symboles, à notre échelle […]. On n’a pas envie de faire de l’étymologie, de l’histoire, ou de se rattacher à quelque chose de solide. On a presque envie de réinventer les thèmes qu’on donne.

LF: On est très inspirés par Psychic TV, par cette génération. Le Topy, Thee Temple ov Psychick Youth, ça nous parle beaucoup. On aime beaucoup Genesis P-Orridge.

FW : Il y a un truc que je retrouve dans High Heal, c’est les soirées on line c a r e. Des gens qui s’aimaient bien et se réunissaient, c’était ouvert. Il n’y avait aucune place physique donc c’était encore plus intéressant, comment on s’organisait autour d’un écran, comment on faisait jouer les gens… c’était plein d’amour à chaque fois !

Il y a une phrase que vous avez écrite sur un des events qui est “Feel free to invite other souls you love”, c’est un peu ça l’essence de vos soirées, non ?

FW: Pour faire un parallèle avec la première question, les gens se montrent beaucoup à Paris. Ils représentent peut-être autre chose que ce qu’ils ont au fond d’eux. C’est ce qu’ils représentent au fond d’eux-mêmes qu’on veut inviter, ou voir sur scène. C’est ce que tu as au fond de toi que tu amènes à cette soirée.

@ange_halliwell

Mais vu que c’est le dimanche, on peut venir en jogging ?

FW: Oui et même en Rivaldi (rires).

LF: On s’intéresse plus à ton âme qu’à ton outfit. C’est pour ça aussi qu’on a caché les guestlists des événements pour éviter ce genre de social pressure […]. High Heal, ça vient de healing, c’est l’idée de se soigner. Notre société est dure à supporter, tout tourne autour de l’argent; nous on voulait avoir un sentiment de communauté, d’unité. On voulait se sentir bien autour de la musique, de l’art qu’on aime.

FW : C’est une sorte de club de convalescence, un sanatorium pour les malades de ce qu’on voit en ce moment.

Et si un lecteur de Manifesto XXI a super envie d’aller à vos soirées comment il fait ?

FW: Il peut nous contacter sur Facebook, avec nos noms perso : Lisa Fetva, Lorenzo Targhetta, ou Fatma Wicca. Par mail aussi.

Les artistes que vous faites jouer sont invité à créer des pièces spécialement pour vos événements, en fonction des thèmes que vous leur donnez. Pourquoi cette démarche et quels projets vous ont marqué ?

LT : […] On veut montrer l’aspect “recherche” de l’artiste et souvent ce sont des pièces qui sont jouées pour la première fois. Ça leur demande un petit risque, il y a une part de fragilité. Quasiment la totalité des artistes crée une pièce spécialement pour l’événement.

LF: On veut que l’artiste se sente à l’aise de montrer sa vulnérabilité. […] Une création qui nous a touchée, c’était l’EP de Flagalova, sur les fleurs, pour la “Blossom Session”. Il nous a envoyé les morceaux pendant deux mois, et ce processus nous a fait beaucoup de bien […] C’est une inspiration mutuelle.

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FW: Il y avait Aprile aussi, c’est un bon exemple, car il est assez timide sur ce qu’il produit. Et ce qu’on a vu c’était complètement malade.

EP de @flagalova, Tunes For Solitary Spots, @a.ll.pass

Il y a eu des sets aussi très noise, pas seulement ambient. C’est plutôt rare d’écouter ce genre de son en dehors des Instants Chavirés ou des soirées Non-Jazz !

LT: C’est bien de soulever ça parce qu’on a cette étiquette de musique ambient. Ce qui nous intéresse c’est une musique complètement libre. La seule chose qui est commune, ce n’est pas la musique ambient, mais plutôt le mode d’écoute: en silence, assis, avec des lumières basses, voire pas de lumières du tout. C’est presque une écoute acousmatique […]. On n’a pas encore joué avec des instrumentistes, mais on ne voudrait pas se le refuser !

Vous avez quand même fait entrer une harpe au Carbone 17, c’était comme si la Philharmonie descendait directement dans ta cave…

LF: Oui, c’était Ange Halliwel ! Ce qui nous plait c’est comment les gens font des connections. Par exemple Eté meurtrier, c’est une de nos âme-sœur visuelle les plus grandes ! On va sortir deux vidéos avec eux, c’est une collaboration très libre. […] Je dirais que nos soirées sont plus des expériences immersives. On est très attentif au fait qu’il faut deux espaces: un endroit où les gens se réunissent et parlent, un autre où il y a le système sonore, où les gens peuvent plonger dans la musique.

Et dans la vidéo ! Vous mettez beaucoup l’accent sur le visuel.

FW: C’est pluridisciplinaire, il y a de la vidéo, comme aussi des sculptures de Cadija Costa ou Clément Garcial. Lou Chmod aussi a fait une super installation visuelle.

LF: On est ouvert à tout et on fera toujours mieux avec ce qu’on a. Avant c’était local, mais là beaucoup de gens de différentes villes nous contactent et nous soutiennent. On va sortir une compil, entre la France, Berlin, le Canada, les Etats-Unis. Ca sort fin septembre, avec 10 ou 12 morceaux hyper jolis. Lorenzo fait le mastering. Ça va être éclectique mais aussi harmonieux dans le message implicite. On est très ouverts à la collaboration. Les artistes peuvent nous contacter, on est très preneurs, si on partage les mêmes valeurs.

En attendant la compilation, Manifesto XXI vous présente en exclusivité le titre « Baleful Love » de Ange Halliwell, réalisé par Eté meurtrier:

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