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Avec Promesses, les genres passent à la trap

Label, duo de DJs, soirées : Promesses est le nom d’un bouillonnement de formes et de sons, le mélange oklm des musiques urbaines et des standards de club music.

Samuel et Raphaël, aka Samos et Härdee, ont appris à mixer ensemble, et ne mixent qu’ensemble. Cette année vous avez peut-être déjà vu le nom de Promesses dans les line-up de Peacock Society ou Boiler Room. Depuis un an, ils invitent aussi des pointures des scènes underground d’Espagne et d’Amérique du Sud. Ce sont aussi eux qui ont monté le festival Milieux, avec une prog aussi pointue que généreuse. Samedi 30 novembre, ils accueillent Jorrdee et Bea Pelea à La Java pour leur 21e soirée, la Professeur Promesses. On a saisi l’occasion pour rencontrer le duo.

Génération décloisonnée

« On a eu le déclic de se dire qu’on allait mixer ce qu’on écoute, en gros de la trap, qui n’avait rien à voir avec ce qu’on passait avant, raconte Raphaël. Parce que le public était prêt aussi. Si on avait ça dès le début ça n’aurait pas marché pareil. » Cet été dans le line-up très pointu de Qui embrouille qui à la Station, Promesses faisait encore un peu figure d’ovni avec sa trap surboostée et caliente. Le déclic s’appelle MOBBS, un artiste anglais que Samuel et Raphaël ont découvert sur la radio NTS, et depuis signé sur leur label. « Il n’a aucune contrainte, il remplit ses clés (USB) de trucs qu’il télécharge : vidéos YouTube, de la musique, tout et n’importe quoi. Il mélange tout et ça fait du bien, parce qu’il n’y a plus de cases », explique Samuel.

« On est DJ mais on le fait surtout pour représenter le label et toutes les choses que l’on fait à côté, poursuit Samuel. On ne fait pas souvent la même chose. Ce n’est jamais préparé. Quand on fait nos shows à la radio (sur Rinse) on choisit de mixer séparément, c’est surtout pour se faire écouter des choses. On ne joue jamais deux fois la même chose. » Les influences de Promesses viennent d’ailleurs, du label portugais Principe, DJ Marfox, ou d’artistes comme Simo Cell ou encore Dinamarca.

L’ouverture à l’international est une évidence pour Promesses, un blaz qui se dit aussi bien en anglais qu’en français. Les soirées de Professeur Promesses se distinguent toujours par un.e invité.e de marque, souvent de la scène hispanophone. Un booking que le duo est presque le seul à assumer sur Paris. « On n’est pas là à théoriser pour faire un line-up. Dans un premier temps, c’est de la musique qui nous plaît, précise Raph. Ça a commencé avec Tomasa del Real en septembre, on a eu l’info par Philou CxC pour la booker et voilà. Ça se passe toujours un peu comme ça. Souvent, pour ces gens de la scène hispanophone, c’est leur première date en France, comme pour La Zowi. Pourtant en Espagne c’est la number one de la trap. »

Promesses

Post-reggaeton connexion

D’où vient cet amour pour un genre assez peu présent dans les clubs parisiens ? « Ce sont eux, dans cette scène post-reggaeton, qui mélangent le plus facilement la trap et la musique de club. Déjà, quand tu rappes sur du reggaeton, tu es sur une prod qui envoie », poursuit le fondateur de Promesses. Samuel complète : « Puis il y a une influence des musiques caribéennes. Ils font tous du dancehall à côté. Les prods, elles sont faites par des gars qui ont une culture électronique comme ici, donc ça rassemble plein de choses. » Ce goût est devenu l’une des marques de fabrique de Promesses aujourd’hui : « On ne savait pas que cette scène allait pouvoir marcher. Pour nous c’était une niche d’Amérique du Sud, et en fait c’était quasiment plein la première fois », se souvient Raph.

Parmi les moments les plus marquants, le duo cite le show de la très féministe La Zowi, venue avec ses deux danseuses, et la chilienne Tomasa del Real pour son flow. « Je pense qu’il y a des choses qui nous parlent dans ce qu’elles font, parce qu’il se passe beaucoup de choses en Amérique du Sud tout simplement. Et elles représentent ça. Ce sont des échanges », s’explique Samuel. En 2020, Promesses pourrait faire venir Bad Gyal mais attention, la routine ne fait pas pour autant partie du programme : « On s’est dit qu’on ne voulait pas faire que ça. Parce qu’il y forcément une sorte d’inertie qui se crée quand tu invites une personne. Tu rencontres un manager qui te pousse vers d’autres artistes, et c’est comme ça que petit à petit qu’on a cette image de mecs qui vont inviter des stars espagnoles. Alors qu’on a plein d’autres envies qui se ressentent plus dans le label », insiste Raphaël. Et Promesses regarde effectivement ce qu’il se passe du côté de l’Afrique, du festival ougandais Nyege Nyege à la scène sud-africaine.

Connecter les gen(re)s

Rassembler autour de sons métissés qui sonnent familiers, c’est ça le secret de Promesses ? C’est sans doute en examinant le label qu’on peut se faire une idée plus claire des sons, et du type d’artistes, qui intéressent le duo. Pour Samuel, « il y a la volonté de faire des choses qu’on n’a pas déjà faites. Quand on fait une sélection pour aller à la radio, je pense que c’est assez représentatif de ce qu’on aimerait faire sur le label. Parce qu’en club, malgré l’envie de décloisonnement qu’on a, tu ne peux pas tout faire, comme dans la façon de mixer. »

Pour explorer grandeur nature, leur festival Milieux s’est révélé être un terrain d’expérimentation hors-pair. « Sur le festival, c’était également ça notre problématique. On s’est fait plaisir à enchaîner des artistes qui n’avaient rien à voir. On est vraiment à un moment où tout le monde est en train de récupérer des choses d’autres scènes, aux quatre coins du monde. Je trouve ça intéressant d’organiser des événements qui rassemblent ces gens. »

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Samuel précise encore : « Ensuite que ce qui nous fait plaisir, c’est d’avoir des gens avec qui on peut discuter. Par exemple MOBBS on lui fait écouter des choses, et inversement. »

Même dans leurs prods, une vibe du Sud continue d’inspirer Promesses. Ils viennent de publier l’EP d’Heron Fischer et préparent un nouveau projet avec Amor Satyr. « Il est hyper prolifique. Là, il ne travaillera qu’avec des rappeurs, on l’a connecté avec MC BUZZZ. » Promesses est autant un synonyme de fortune que d’artisanat, d’amour des choses bien faites avec les bonnes personnes.

L’identité graphique DIY de l’ensemble résume bien cette philosophie. Les flyers de marabout sont une inspiration évidente pour Raphaël – « ce sont des trucs que je vois depuis que je suis gamin » – autant qu’une opportunité de revisiter une multitude de codes : « Il y a la volonté que ça fasse écho à une histoire du flyer dans la musique. Ça fait très punk, ça peut aussi faire penser aux flyers de free parties, des années 70, des Black Panthers. Il y a une imagerie », complète Samuel. Question économique à la base, les pochettes d’album et d’EP sont des sérigraphies ou des images travaillées à l’ordi, re-scannées et réimprimées : « On y a pris goût, et tu ne peux plus faire autrement quand tu as commencé à faire tes pochettes toi-même » s’amuse le duo. Puisse leur symbole, un petit archet extrait d’un flyer de marabout, pointer dans la bonne direction pour eux.

Professeur Promesses #21 – samedi 30 novembre à La Java (Paris)

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