Nathy Peluso. Flow hypnotisant et sensuelle théâtralité

© Adrian Trimble

Son flow est lent, langoureux. Sur des prods oniriques, on se laisse bercer par son accent délicat et chantant, par les mots abstraits. La voix posée de Nathy Peluso est un frisson, elle est pleine d’émotions. Elle joue avec, se met en scène, indice d’une théâtralité délicieuse. Le chant se casse, beau et émotif. Nathy Peluso est spéciale, dans le chant, dans le rap, dans ses textes. Elle a ce quelque chose énigmatique et intriguant, un univers où se mêlent références jazz, esthétique 90s et sensations de rêverie planante.

Nathy Peluso a toujours été profondément ancrée dans la musique et le chant : « La musique est mon axe d’expression, ma manière de comprendre et d’expliquer, mon foyer ». Un premier amour qui ne laisse aucun doute, le sourire ingénu illuminant son visage dans ses vidéos de reprise d’Ella Fitzgerald en témoigne. « Chanter me permet d’être moi-même. Ma voix est un instrument, ma passion, ma source d’expression la plus forte. » Derrière cette passion, de multiples noms et influences majeures : « Le timbre de Frank Sinatra m’a accompagnée toute ma vie, Nat King Cole me passionne, Ella Fitzgerald m’a appris beaucoup, Billie Holiday, Ahmad Hamal, Oscar Peterson, Louis Amstrong, Duke Ellington et beaucoup d’autres. Amy Winehouse, Erykah Badu, D’angelo ».

Pourtant, c’est dans le hip-hop que s’épanouit aujourd’hui la jeune Argentine. Avec un flow d’une lenteur hypnotisante, entrecoupé d’envolées plus soul, elle construit son univers. « Le hip-hop me permet de dire tout ce que j’ai à dire. C’est une pure passion, un rythme, une insolence, une rébellion, un caractère. Le hip-hop est une de mes maisons préférées ».

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© Adrian Trimble

Ses textes se distinguent, flot songeur, un stream of consciousness, porté par la beauté de l’espagnol. Pas de narration, une simple poésie : « J’aime ouvrir le pas à mon subconscient quand j’écris, prêter attention à mes sens, à l’onirique, à la magie minimale qui nous entoure continuellement ». À l’image de ses productions, faites de collaborations exigeantes avec notamment Peter Party ou Dano, tableaux irréels et flottants : « J’adore le groove, j’adore le sexuel, le lent. J’aime que tu le sentes, que tu l’assimiles peu à peu, que tu puisses le diriger. Je profite mieux quand je rappe lentement, c’est ça mon flow ».

Comme mentionné dans son titre « Alabame », Nathy Peluso crée « un otro espacio », un micro univers : « Je veux créer en chacun sa propre révolution et en même temps nous ouvrir les yeux sur des lieux auxquels nous ne faisons pas attention ». Un espace hors du temps qui n’est pas sans lien avec son monde visuel, très particulier, composante essentielle de son langage artistique. Des clips enfumés, superpositions d’éléments doucement mélancoliques, où surgissent des absurdités aux couleurs pop, empreints d’une esthétique très 90s. Ceci couplé à une théâtralité indéniable, un sens du personnage et du costume. « J’ai été en contact avec le théâtre durant toute ma vie, j’ai étudié le théâtre physique et la pédagogie de la danse. Je l’ai toujours inclus de manière inconsciente dans toutes mes expériences artistiques. C’est plus amusant. J’aime habiter des personnages. Les vêtements m’apportent des caractères, des états, des formes, des positions ».

Un personnage hors normes, c’est certain. Une femme intrigante et libre, qui, comme le disait un de ses fans commentant une de ses reprises jazz sur Youtube « est de ces gens qui sont sur l’infime ligne qui sépare la folie du génie ». Ce à quoi elle répond, posément : « Je suis absolument d’accord, on traite toujours les grands génies de fous. J’aime ma spontanéité et ma nature, parfois les gens ont peur de la passion pour la vie, ils ne la comprennent pas et te traitent de fou. Si cela signifie être un génie pour quelqu’un de ce monde je lui apporterai tout ce que je sais et ton mon amour pour l’enrichir ». Attendons alors avec impatience son futur album La Sandunguera, prévu pour ce début d’année 2018, pour plus de rêverie et de douce folie.

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