Manu le Malin. Entre performance et hardcore

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Crédits : Louis Destradidov

Parfois allégorie, parfois DJ, Manu le Malin est toujours là où on ne l’attend pas. Chef de file de la musique techno et hardcore de la scène française, il nous parle de la scène queer parisienne. Là où les gays, les lesbiennes, les trans et toutes créatures de la nuit se mélangeaient pour ne faire qu’un sur de la musique. L’essor de la techno grâce au monde nocturne, bienvenue dans les folles soirées du Pulp et au Boy. Touche-à-tout, il accompagnait récemment la performeuse Regina Demina au Palais de Tokyo. Et remixait la voix hypnotisante de Rebeka Warrior aux côtés de Madben.

Manifesto XXI – Raveur et DJ, les soirées et les raves n’ont plus de secret pour toi. Raconte-nous ces soirées parisiennes, et en particulier les soirées gays/lesbiennes à Paris ?

Manu le Malin : Début des années 90, c’est l’émergence des premières soirées avec « l’étiquette gay » avec un club qui devenait de plus en plus populaire : le Boy (fermé depuis). Et au même moment, je découvre l’ambiance de la rave party, et le seul endroit sur Paris où en semaine je peux écouter de la musique house/techno, ce sont les clubs ou les bars gays/lesbiens. 

Il y avait par exemple le Scorpion boulevard Bonne Nouvelle qui était une boîte sous le Pulp avec que des mecs. C’est d’ailleurs là-bas que j’ai commencé à m’intéresser aux platines grâce à Stéphane (ndlr : dj du Scorpion). Il y avait aussi le Memories (Porte Maillot) qui est une boite à after où tout le monde se croisait (gays, lesbiennes, trans, travestis etc..). Le Subway rue Keller aussi, c’était un bar ouvert la journée avec un espace dansant. Et c’est par là que la house arrive. Pour parler de manière plus spécifique du Pulp, il y avait les soirées mythiques du jeudi où c’était mixte. Il faut savoir qu’avant c’était un club de filles donc les garçons là-bas il n’y en avait pas des masses, et ce qu’elles ont fait c’est la meilleure chose possible pour le milieu de la techno. Musicalement, ça a ouvert plein de gens et en s’ouvrant à plein de gens, il y a toute une « faune » qui est arrivée qui ont pu découvrir Jennifer Cardini, DJ Sextoy, Maud Geffray, ou même Chloé. Le respect était maître, fallait bien se tenir, ce n’est pas parce que c’est une soirée mixte que ça devient un lieu de voyeurisme.

Selon toi, est-ce qu’il y a des différences entre les soirées queer et les soirées hétéro que tu as pu côtoyer ?

Il y a quelques institutions où on pourrait mettre l’étiquette de « clubs d’hétéros »  – et encore ce n’est pas le mot – comme le Rex ou la Concrete. Il y a un petit clivage qui peut se faire et il serait facile de croire que les queers ne sont plus les bienvenus dans ce club, mais ce n’est pas le cas. Il y a des queers dans toutes les soirées techno car il ne faut pas oublier que le credo de la musique techno c’est l’ouverture. Après l’ambiance va certainement changer. Ensuite, il y a des lieux en 2018 comme la Péripate qui a bien secoué le milieu, avec des hommes, des femmes, des trans, jeunes, vieux.

En y allant, j’ai eu cette sensation de retour vers le futur. Tout le monde est au même niveau, il y a une liberté dans ces soirées, tout est permis mais rien n’est indécent. Les gens viennent à l’arrache, avec un sentiment de « je sais ce que je veux », mais ils gardent tous une pudeur. L’approche de la fête est différente. Et Aladin (ndlr : organisateur de la Péripate) m’a proposé de mixer, mais sans rien en retour. Et les gens, l’ambiance, l’équipe, toute cette mixité m’ont convaincu et m’ont rappelé quand j’étais plus jeune à écumer d’after en after et de club en club. Et je me retrouve à mixer là bas.

Et on a pu te découvrir dans deux autres projets. Parlons un peu de Regina Demina, une performeuse aux multiples casquettes : actrice, chanteuse, etc. Ça c’est passé comment la rencontre, la performance ?

On s’est rencontrés autour d’un déjeuner et elle m’a proposé son sujet. On a eu un mois pour préparer le projet, elle m’a fait une lecture de son texte, suite à ça je lui ai emmené des morceaux que j’imaginais pour accompagner son texte. Je savais que je n’y allais pas pour faire un dj set de Manu le Malin, mais pour créer une atmosphère sombre. C’était compliqué car Regina était sur un autre projet, et on a fait le filage à la dernière minute et ça se passe pas très bien mais ni elle ni moi ne sommes inquiets. Ou alors on se le dit pas ! Et ça c’était trois heures avant la performance. Puis on a joué, et la pièce c’était 90% de l’impro, j’ai joué toutes les tracks prévues et Regina a complètement improvisé son texte. Mon rôle c’était simplement d’accompagner musicalement et/ou physiquement le travail de Regina. Je suis à la fois la mort et le compagnon qui conduit la voiture. Capuche, long manteau noir et je me retrouve de ce fait comme personnage de la pièce de Regina Demina.

La collab avec Madben et Rebeka Warrior, c’est la première rencontre entre toi et Rebeka. Ça s’est passé comment ?

Alors en fait sur cette collaboration, je suis arrivé après. L’instru avait été faite par Madben et la voix par Rebeka, elle a écrit le texte. Et là Gildas (ndlr : d’Astropolis) propose que je vienne y mettre « ma patte de loup ». Au préambule j’avais écouté l’instru c’était beau mais je ne savais pas ce que je pouvais y apporter. Et on a gardé les mêmes bases. J’ai essayé d’apporté mon expérience avec Palindrome en prenant le temps de « nettoyer » la voix et de la traiter de manière plus technique. Je voulais que la voix soit intelligible et surtout belle. Et pour la rencontre, on a eu plein de festivals où on mixait en commun, mais physiquement on ne s’est rencontrés que quelques heures avant un reportage sur nous trois.

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