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Licia Boudersa, championne superplume de boxe anglaise

Il y a un an, la lilloise Licia Boudersa représentait la France aux championnats de la World Boxing foundation (WBF). C’est avec rage et quasi-morte d’épuisement face à Hasna Tikic, championne d’Allemagne qu’elle avait décroché le titre mondial. Le 28 septembre 2019 prochain, elle remet le couvert avec, cette fois, l’International Boxing Organisation (IBO), une autre fédération mondiale incontournable de la discipline.

Elle montera de nouveau sur le ring à Lille, évènement organisé par son club lillois. Son objectif ? Obtenir les six ceintures internationales des six fédérations existantes pour être sacrée superstar en boxe anglaise ! Entre l’ombre et la lumière, rester la même, les challenges, le machisme ambiant, le dépassement de soi… Un bon boxeur c’est un physique mais surtout un bon mental : de la patience, de l’endurance, de la stratégie et des rêves à tenir. Elle compte bien faire évoluer les choses à sa manière. Par des combats invisibles et moins spectaculaires. Licia Boudersa nous a raconté son parcours et ses luttes quotidiennes.

Manifesto XXI – Licia, ton palmarès affiche vingt-cinq combats et vingt-deux victoires avec un premier combat pro en avril 2015. Ton titre de Championne de France, tu l’obtiens en 2016, en 2017 tu es Championne d’Europe, 2018 Championne du monde WBA. Quand et comment as-tu commencé la boxe ?
Licia Boudersa : À douze ans, avec une amie, je fréquente l’école de musique et la salle de sport du quartier qui accueille les entraînements de boxe. Là-bas, on est les seules filles. Elle, abandonne, moi je décide de continuer mais je lâche les cours de guitare. Je continue quand même d’apprendre dans mon coin toute seule. Les combats étaient vraiment compliqués à l’époque avec les garçons et je n’avais pas envie de me laisser impressionner. Pendant longtemps ils préféraient s’entraîner entre eux et moi je lâchais dans les sacs de frappe tout ce que je gardais dans les tripes. Aujourd’hui les jeunes boxeurs sont différents, Hocine mon entraineur actuel, a imposé les cours mixtes parce qu’il était temps de faire évoluer les mentalités et de développer la boxe féminine. Au début, ils avaient l’impression d’avoir leur fierté un peu rabaissée et certains avaient tendance à en envoyer deux fois plus.

Heureusement que j’avais l’habitude de me battre avec mon frère ça ne m’a jamais déstabilisée. Progressivement, mon niveau s’est affirmé et je ne lâche toujours pas.

Combat féminin Poids Plume. Casino de Trouville-sur-Mer, France, 28 octobre 2017. © Samuel Lebon

Qu’est-ce qui t’attire dans la boxe ?
Pendant longtemps je n’ai pas bien compris. Les grands champions m’ont toujours fascinée (ndlr : une photo en noir et blanc du combat de Mohammed Ali rugissant sur Sonny liston, au format le plus large possible, couvre un des murs de son appartement). Des modèles féminins m’ont aussi un peu guidée comme Myriam Lamare ou Anne-Sophie Mathis, les premières à combattre quand la boxe féminine est acceptée en compétition à la fin des années quatre-vingt-dix en France. Je dirais le fait de se surpasser sans doute…

Comment s’était passé ton premier combat officiel ?
Amateur, sans réelle préparation et puis j’étais très jeune. En face une boxeuse de trente ans avec cinq combats dont quatre KO à son actif. Une pesée qui s’était faite dans un troquet du Nord. J’avais fait le combat sans réfléchir et perdu. C’est à ce moment que mon envie de boxer s’est affirmée. Il était temps pour moi de travailler sérieusement. J’ai commencé à structurer mes objectifs, développé une hygiène de vie ainsi que des entraînements plus intenses, deux à quatre heures par jour.

Quelles sont tes ressources ?
Ma famille, mes amis, mes entraîneurs et mon préparateur me soutiennent en permanence. Je ne peux pas faire sans. Aujourd’hui, je sais que je me bats pour mon histoire et pour eux.

Licia Bourdersa porte une brassière de Superwoman lors de la pesée avant son combat contre Erika Rousseau. Lille, France, 20 janvier 2017. © Samuel Lebon

Six ans plus tard, comment vis-tu la notoriété liée à tous ces titres ?
C’est parfois compliqué, on peut être apprécié ou détesté. Il y a une image à tenir même si j’ai toujours eu à combattre les images : celle d’un garçon manqué ou d’une fille de quartier. Et puis ce sont aussi des nouvelles relations, on m’appelle pour me féliciter comme si, à présent, j’étais « quelqu’un ».

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A vrai dire je ne comprends pas bien ce que je représente mais je suis sûre d’être aujourd’hui un symbole pour de nombreux jeunes et surtout les filles alors je les encourage. J’accompagne régulièrement les cours de boxe éducative par exemple.

Aurais-tu une anecdote particulière à partager ?
Au début de ma carrière, mon entraîneur a promis à ma mère que j’allais devenir championne du monde. Elle ne savait pas trop comment réagir, elle était étonnée. Il a tenu sa promesse.

Quels sont tes rituels avant de monter sur un ring ?
Je commence toujours par mettre mon gant droit. C’est comme ça, je ne sais pas pourquoi, je pense à mes proches. Je m’adosse ensuite sur les deux côtés du ring, pour me l’approprier et visualiser mes déplacements. Et puis, j’aime me laisser rebondir sur les côtés, ça me réveille.


Interview, Élodie Valentin
Photos, Samuel Lebon

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