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Lexie : « La place des personnes concernées est à défendre et à construire »

Lexie : « La place des personnes concernées est à défendre et à construire »

Sur son compte Instagram aggressively_trans, Lexie, 25 ans, partage et produit tous les jours un travail pédagogique de déconstruction sur les transidentités. A l’heure où les personnes transgenres semblent obtenir enfin plus de visibilité, on a dressé avec elle un petit bilan des dernières avancées et des prochains défis pour la communauté.

Devenue une militante incontournable des communautés LGBTQI+, Lexie a sorti en février 2021, un livre très complet, Une histoire de genres – guide pour comprendre et défendre les transidentités (Ed. Marabout), une prolongation de son activité en ligne. À destination des personnes transgenres et cisgenres, l’ouvrage est une version condensée de ce que Lexie fait déjà au quotidien sur les réseaux sociaux : déconstruire les préjugés, les abus de langage et offrir des clés d’émancipation. À l’occasion du mois des Fiertés, nous avons eu envie de l’interroger sur la situation des personnes trans en France aujourd’hui. Son propos résonne singulièrement après la vive émotion suscitée par la présence de slogans transphobes et de militantes TERFS (Trans-exclusionnary radical feminist ndlr) lors de la Pride parisienne samedi.

Manifesto XXI – Tu expliques dans ton livre que tu as manqué de références trans dans ton propre parcours. Est-ce que tu as le souvenir de tes premiers modèles, des premières personnes à qui tu t’es identifiée ? 

Lexie : Oui mais ce n’était pas du tout des personnes trans. Je me suis identifiée dans mon enfance et adolescence à des femmes cis, des personnages historiques ou des femmes de mon entourage. Ce qui est clair c’est que je me suis toujours construite en m’incluant moi-même dans ce groupe. Mais c’était un modèle cisnormé et cela a engendré plein de questions pas faciles à vivre. Si j’avais eu des personnes trans en référentes, peut-être que ma construction aurait été épanouie plus rapidement. Mon premier référent trans, identifié comme tel avec lequel il y a un lien politique, c’est Océan et sa vidéo de coming out, qui est relativement récente ! 

Elliot Page a fait la Une du Time, la première maire transgenre de France a été élue, le documentaire Disclosure a été diffusé sur Netflix… Tu l’écris, en 2020 les personnes trans sont enfin visibles mais toujours pas comprises. Le chemin est encore long selon toi ?

Le paradoxe c’est que la visibilité ne peut pas être une dynamique positive dans le sens où la visiblité des personnes trans est en majorité créée par une vision de curioisté cisgenre. Marie Cau, première maire transgenre en France, on ne lui pas demandé si elle pensait à des mesures spéciales pour les minorités de genre ou les minorités sociales. On a juste titré « première maire trans en France ». Disclosure c’est vraiment l’exception car c’est un documentaire fait par et avec des personnes trans. Mais le documentaire Petite Fille qui a eu un énorme succès sur Arte, montre une personne trans à travers le récit de sa mère qui est cisgenre. Le réalisateur Sébastien Lifshitz la montre en train de s’habiller. C’est toujours une curiosité pour les personnes trans qui se fait par des références qui ne sont pas celles de nos quotidiens, de nos conditions de vie matérielles, de nos discours militants et politiques. Elle se fait par les stéréotypes qui ont toujours existé dans le regard des personnes cis. 

On peut quand même espérer des choses positives. Il y a de plus en plus de dynamique par la communauté, de plus en plus de groupes de paroles. On peut citer le Festival des merveilles qu’avait fondé Océan, qui avait une programmation culturelle entièrement dédiée aux transidentités. La place des personnes concernées est à défendre et à construire, et cela va se faire un peu dans la lutte, on ne va pas se mentir !

L’accompagnement médical doit être là pour répondre à nos besoins et non pas être la clé de lecture sur ce que c’est qu’être trans. 

Lexie
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© Charlotte Abramow

Le documentaire Petite fille de Sébastien Lifshitz a fait connaître au grand public la notion de dysphorie de genre. Tu as une position assez critique vis à vis du diagnostic de la transidentité dans ton livre. Est-ce qu’il faut mettre un terme à la médicalisation du parcours trans ? 

Le médical est un outil de changement pour les personnes trans. Il ne s’agit pas de dire que la dysphorie de genre n’existe pas. J’ai été diagnostiquée et les crises de dysphorie, j’en fais. Je crois par contre qu’il est nécessaire de lire les transidentités comme une réalité sociale, historique et de ne plus en faire un phénomène qui est intrinsèquement médical. Cette obsession de la dysphorie de genre est intégrée dans une histoire de médicalisation des transidentités qui n’est pas récente. Je crois qu’il y a un vrai malaise dans la communauté cisgenre pour dire que les transidentiés peuvent exister et être légitimes en tant que telles. Expliquer que cela dérive d’une pathologie psychiatrique que les transitions viennent corriger est nuisible car cela crée des parcours extrêmement figés qui ne correspondent pas à la palette d’expressions et d’identités de genre.

Je crois aussi que c’est très politique. Il y a toujours eu une volonté de contrôler les minorités. Pour les personnes trans ce sont les mesures de stérilisation forcées ou la chirurgie génitale des équipes pluridisciplinaires dans les hôpitaux publics. Les personnes trans sont sans cesse encadrées et contrôlées par des personnes cisgenres qui sont présentés comme normales et saines. L’accompagnement médical doit être là pour répondre à nos besoins et non pas être la clé de lecture sur ce que c’est qu’être trans. 

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Moi aussi j’hésite à me définir comme féministe car bien souvent quand je le fais on me ramène au fait que je ne suis pas suffisamment une femme.

Lexie

En parlant de médecine, sur Twitter, il est fréquent de voir passer des cagnottes pour financer une chirurgie faciale ou une mammectomie. En France, où en est-on du financement de ces opérations pour les personnes trans ? 

On a une situation qui globalement, n’est pas trop mauvaise dans le sens où, dans le public tout est quasiment pris en charge. Mais pour avoir des remboursements à 100%,, il faut avoir une ALD (une Affection Longue Durée, ndlr), diagnostiquée par un médecin qui doit en faire la demande pour nous. Si on décide de ne pas passer par le public où l’on est extrêmement contrôlé, dans le privé les remboursements ne sont pas aux mêmes taux, certains traitements sont remboursés, d’autres non. Ce manque de clarté, ce manque de facilité d’accès à des informations, crée une précarité, une vraie charge mentale, un stress. Quand il faut avancer 10 000 euros pour une chirurgie qui est nécessaire à un épanouissement et à une santé mentale stable, clairement c’est énorme. La volonté de ne pas mettre de la clarté dans tout cela, montre qu’il y a un manque d’intérêt pour nos conditions de vie. 

Tu évoques les TERFs dans le livre. Dora Moutot, du compte T’as joui explique sur Instagram qu’elle hésite à se dire féministe car le mouvement aurait été récupéré par « le queerisme et les transidentitaires »…

Moi aussi j’hésite à me définir comme féministe car bien souvent quand je le fais on me ramène au fait que je ne suis pas suffisamment une femme. Dans les événements comme la marche du 8 mars, je ne me vois pas. Je ne vois pas de pancartes qui pensent aux femmes comme moi, les femmes trans. Est-ce que l’on incarne deux extrêmes qui en demandent trop ? Je ne sais pas. Mais mon extrême à moi n’empêche pas certaines personnes d’être qui elles sont. Les revendications transféministes parlent des mêmes dynamiques de violence que celles des féministes cisgenres. Ce sont les mêmes sources que l’on dénonce. Un mouvement qui défend une vision biologique de l’identité de femme c’est ce contre quoi les mouvements féministes des années 60 ont lutté, une femme ce n’est pas un utérus. C’est anti-féministe finalement. Elles se revendiquent radicales alors que la transphobie c’est la norme depuis ces 70 dernières années. Je ne vois pas ce qui est radical à être transphobe quand l’État l’est et les lois le sont aussi. 

Tu fais un énorme travail de pédagogie sur ton compte Instagram. Est-ce qu’il y a d’autres comptes que tu nous recommandes de suivre ?

Beaucoup oui ! Sur Instagram, qui est ma sphère d’action, il y a un compte qui s’appelle bienveillance_en_spray qui fait de la pédagogie sous forme de petites BD. C’est très rapide, très clair, toujours très positif. Je trouve que c’est un format hyper chouette à envoyer à des potes, des frères et sœurs quand ils se posent des questions. Il y a le compte de Jacob-Elijah qui a un compte qui s’appelle transnoir qui parle du rapport au corps mais aussi de santé mentale. C’est un compte hyper pertinent car les personnes racisées dans la communauté trans restent encore trop invisibles. Il y a aussi XY média, le premier média transféministe. Leurs vidéos sont brillantissimes. 

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