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KHNG KHAN. Immersion dans le rap cosmopolite
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C’est sous un arbre perchés qu’on a divagué avec KHKH, au son de son collectif Big Brothers. Il est l’un des membres très visibles de ce clan installé dans une ferme communautaire, à une heure de Paris. Hyperactif, le rappeur et producteur franco-américain distille sa trap aux influences électro, jazz, funk dans tout ce que Paris compte de soirées indé.

Joignant le futile et l’agréable, on a parlé sapes et style pour explorer ses identités musicales, son multiculturalisme et sa vision du monde.

Manifesto XXI – Bonjour KH. Comment est-ce qu’on peut t’appeler ?

Alors, des fois c’est Kongo, ça peut être Khng Kanoé, Kim Kan…. KHKH – prononcer Cache-Cache, c’est un alias que je suis en train de développer avec Amor Satyr, un projet annexe en collab avec d’autres producteurs.

KHKH ça fait aussi cash-cash… Tu veux faire beaucoup de thunes ?

Pourquoi pas ! (rires) Disons que jouer à cache-cache avec ses identités c’est être multi-facettes. C’est pouvoir rire des codes et de soi-même.

Tu nous parles du grand leader Mongol Gengis Khan comme inspiration. Sur les Internets, on trouve aussi la définition d’un Gengis Khan comme « le fait de ressentir une jalousie et une possessivité envers ses ex ». Quel est ton rapport à ce Gengis, Khan ?

Ça sonne plus comme la définition d’un colonisateur que celle d’un conquérant !

Ce que que j’ai aimé chez lui, c’était son respect des cultures et des croyances. Par son existence, il rappelle qu’on est plus forts unis. En tant qu’artiste c’est important de respecter les cultures qui t’inspirent pour grandir avec.

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Crédits : GMKD

On voit d’ailleurs une influence énorme de tes expéditions sur tes sons, tes clips, ton identité. Comment le voyage a forgé ta musique ?

Les voyages m’ont tellement influencé que pour les deux premiers, j’ai fini mes tracks sur place !

On est allés au Maroc, avec mon réal Laszlo et mon frère Mattu pour shooter Kader Kawai. On avait fait une grosse soirée dans la médina de Chefchaouen, cette ville toute bleue, tu as l’impression d’être dans un glacier. Au lever du soleil, on entend le premier appel à la prière depuis la chambre, et un silence s’installe. Entre le haut-parleur grésillant et la réverbération des petites ruelles, la voix du muezzin avait un grain d’un autre monde. C’était ultime. J’ai pu enregistrer directement le muezzin, et quand je l’ai mis sur la prod c’était dans la même tonalité que la track, ça s’est mélangé directement.

On a aussi clippé en Mongolie, juste tous les deux avec Laszlo. On est partis comme ça sur un coup de tête. Là-bas, j’ai travaillé avec Andrey Mongush et d’autres membres de Huun Huur Tuu, un groupe tuvain de chant diphonique, pour faire Chadhak (чадах).

J’ai aussi fait deux tournées asiatiques. Au Japon, j’ai rencontré une fabuleuse joueuse de koto, une sorte de harpe traditionnelle japonaise, Reiko Imanishi. J’ai eu la chance d’enregistrer avec elle, on se capte quand elle passe sur Paris… Et on a plusieurs projets en cours ensemble.

Si tu veux bien, on va rebifurquer sur des sujets légers : on va parler veuchs. On t’a vu passer par pas mal de coiffures tirées par les cheveux. Elles sont en phase avec les nombreuses facettes de ton personnage ?

Première coupe je faisais une référence directe à Gengis Khan : rasé sur les côtés, retour aux racines. J’ai fait des locks quand j’étais un jeune rasta, des tresses blanches, une coupe samouraï aussi… Maintenant je suis dans un game très animal, banquise… Tu connais le Gorfou Sauteur ?

Cela dit, la coupe qui m’a le plus inspiré et que j’ai pas encore pu réaliser, c’est celle de mon idole, Kool Keith. Il avait une toque en plastique reprenant la coupe d’Elvis sur son album Black Elvis. Il la calait sur son crâne chauve, c’est la meilleure coupe que j’ai jamais vu sur un MC.

C’est quoi l’émotion quand tu vois les cheveux en plastique de Keith ?

Je fonds, littéralement.

Le tat, on en parle ?

J’ai des tats sur les oreilles. J’aimerais en faire sur le crâne. C’est un bon game de pouvoir montrer ton tatouage quand tu veux : laisser pousser un peu tes cheveux, te raser, le dévoiler au fur et à mesure…

Côté chiffons, tu as bossé avec les marques parisiennes Koché et Drône. Pourquoi elles ?

Drône c’est des potes, je les ai rencontrés quand Amor Satyr partageait un studio au Wonder à Saint-Ouen, où ils avaient aussi un atelier. Les gars sont vraiment chauds, on collabore sur leurs vidéos avec Big Brothers.

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Pour Koché, j’ai fait un concert pour une vente privée et un défilé, le feeling était cool.

On a vu ton père qui s’éclatait dans des solos de saxo à tes côtés dans des happenings, on a vu ta mère danser dans la foule comme si demain n’existait pas…

La famille, celle avec laquelle on est né ou qu’on se crée, c’est ce qu’il y a de plus précieux.

Le premier concert auquel j’ai assisté c’était James Brown dans le ventre de ma mère. Sur « Get on up », ça a été la première fois que j’ai donné un coup ! À l’hôpital Saint Vincent de Paul, où je suis né, Mikee avait déjà sorti son saxo (ndlr : son père, jazzman américain).

J’ai grandi avec du Henri Dutilleux, Morton Feldman, Hermeto Pascoual, Frank Zappa… Je pense que c’est important d’écouter des musiques inhabituelles, ça devient comme l’apprentissage d’une langue, au début on pige pas grand chose et au fur et à mesure ça devient un plaisir.

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Crédits : Lucie Ternisien & Drône

C’est parti pour la minute lifestyle : tu vis dans une ferme avec ton collectif, Big Brothers, à quel moment vous vous êtes lancés dans cette coloc ?

Il y a deux ans et demi, après avoir fondé Big Brothers il y a six-sept ans. On s’est retrouvés dans un endroit, pour travailler et pour vivre ensemble. C’est un havre de paix qui s’est créé, pour faire de la musique, de la poterie, de la vidéo, construire des décors. Ça nous a permis de prendre notre temps et d’avoir de l’espace pour vivre. C’est ça qui nous enrichit.

Le fait d’être dans une ferme communautaire, ça te fait bien comprendre qu’il y a des gens qui ont besoin de toi, et que toi tu as besoin des gens. En ville on est tellement solo, il y a pas ce sentiment d’être avec un groupe de gens. Quand il y a un besoin, de construire un studio, d’entretenir un potager, de faire la cuisine pour vingt personnes, on est là.

Quand on voit le nombre d’events auxquels vous participez, la simplicité de votre démarche, c’est aussi une générosité de votre part. Vous êtes là. Qu’il y ait 3 pelos ou 3000 pelos, vous partagez votre truc.

Il faut dire que de jouer sur le soundsystem de 14kW c’est toujours un kiff ! En vrai on veut tous vouloir jouer un max et partager. Notre camion, ça nous permet de porter notre scène, inviter des potes et d’autres artistes à venir à Beauvais travailler ensemble ou juste kiffer le soleil. C’est ça Big Brothers.

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