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Joanna, la jeune femme fatale de la pop française
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« Les femmes ont des désirs, tout le monde le sait. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi le contrôle est aussi ancré. » Âgée d’à peine 20 ans, Joanna est une jeune fille en fleur, qui chante des désirs à fleur de mots. Sa musique est un RnB pop langoureux, porté par une voix qu’on découvre en live, cristalline. Son, écriture et image : un talent s’affirme.

Telle une Aphrodite moderne, Joanna a émergé des profondeurs d’Internet. En 2018, elle publie le titre et clip de « Séduction » qui cumule aujourd’hui presque un million de vues : « Quand je l’ai écrit j’avais plein d’images en tête, une histoire. L’idée du clip et la chanson se sont mêlées au moment où j’écrivais. » Un petit carton autoproduit qui lui vaut d’être remarquée. Fils de Vénus lui offre son premier concert parisien en décembre, et elle assure également les premières parties de Yelle, avant de faire son baptême des festivals sur la scène du prestigieux Days Off. Cet automne on la retrouvera à Baisers Volés et au MaMa Festival.

Derrière ses textes explicites, on découvre une jeune femme presque timide, humble, encore un peu adolescente mais bien déterminée à s’exprimer.

Des visions sensuelles

Rennaise, Joanna commence très jeune le piano et chante pour elle. La bedroom singer est entourée d’une bande de potes du lycée Bréquigny, tous commencent à faire de la musique ensemble : « À Rennes il y a une énergie, tout le monde est trop déter. » Hymne entêtant d’un désir brûlant entre deux jeunes filles, « Séduction » s’est construit sur une prod de Saavane. « Je me suis mise à écrire sans réfléchir. Je l’ai écrit en une soirée. »

En section cinéma au lycée, Joanna réalise son propre clip : « Le clip c’est le format idéal, tu es plus libre que dans un film où il y a une narration. » Dans les artistes dont les vidéos l’inspirent, elle cite l’anglaise FKA Twigs (« la queen »), la néerlandaise Sevdaliza, Kanye West aussi. Le clip est remarqué, des maisons de disques approchent Joanna qui fait pour le moment le choix (sage) de continuer à développer son personnage et son style en toute indépendance. 

© Marie-Sarah Piron pour Manifesto XXI

Fille d’une génération qui délaisse Facebook, Joanna donne un bon aperçu de son univers sur Instagram, où elle égrène les images : « J’ai plein de mood boards, pour les clips. Parfois je fais des rêves qui me marquent alors j’essaie d’imprimer le truc. »

Résolument sensuelle, fascinée par les représentations du féminin, la jeune artiste puise une partie de son inspiration visuelle dans l’histoire de la peinture : « Dans la Renaissance romantique et la peinture académique, la femme est considérée comme une merde dans la société de l’époque et pourtant c’est la muse de tout le monde. La femme est au centre des tableaux, dans son meilleur jour. Ça m’intrigue ce paradoxe-là, cette position contradictoire. Pourquoi la femme est sur un piédestal, et en bas de tout ? Ça n’a pas de sens. C’est ce qui m’interroge. »

© Marie-Sarah Piron pour Manifesto XXI

Pouvoir de séduction émancipé

Il est là le fil rouge des premiers textes de Joanna, le féminin désiré et désirant. “Solitude” met en scène sa dualité, un côté démon, un côté ange : « Ce que j’aime bien, c’est exprimer que les femmes ont aussi des vices, des trucs un peu dark au fond d’elles, et que ce ne sont pas juste des petites poupées bien sages. J’aime bien aussi l’esthétique, tout simplement. »

Son personnage, sulfureux à première écoute, puise ses racines dans des histoires d’amour heureuses : « Quand tu es en couple, que quelque chose de solide se construit, ta confiance en toi monte de ouf. » Elle analyse son épanouissement ainsi : « En fait, avoir de vraies histoires nourrit ton ego et ça devient une force, un fondement. L’amour ça aide beaucoup pour la confiance en soi. Tu arrives mieux à t’accepter. C’est vraiment une estrade pour accéder à la confiance en soi. »

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© Marie-Sarah Piron pour Manifesto XXI

L’image de femme fatale, elle l’affirme en partie pour mieux aller à rebours du machisme de la société. « Ce qui m’a marquée quand j’ai commencé à me développer, c’est que la femme est toujours soumise. Si un mec a envie d’une fille, il va la voir. Par contre l’inverse ne se fait pas beaucoup. Direct, une fille qui a envie d’un mec, c’est un peu une folle, une nympho, une hystérique. Mais pourquoi ? Ça m’énerve. »

Encore une fois bien dans son époque, Joanna est attentive à ce qui se dit en matière de féminisme. « Je suis en train de me matrixer » nous avoue-t-elle en riant, avec des lectures et des podcasts. « En vrai, j’aimerais bien apporter un petit truc dans la chanson, mais je ne voudrais pas faire que ça. Parce que sinon autant que j’écrive des livres. Je veux écrire de la musique. »

Les questionnements de Joanna sur le corps, la féminité et le désir passent plutôt par des refrains : « Petite, j’écoutais Mylène Farmer ‘Pourvu qu’elles soient douces’, je ne comprenais pas puis j’ai compris petit à petit. J’aimerais que mes chansons soient comme ça. Même si j’aime bien être explicite aussi, je n’ai pas envie de tourner autour du pot. »

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