Entre technique et techno, rencontre avec Calling Marian.

Kindergarten - Jean Ranobrac
Kindergarten - Jean Ranobrac

Marianne Delorme alias CALLING MARIAN, productrice et dj en vadrouille entre Lyon et Paris nous parle de sa techno, ainsi que de son engagement. A la manière des pionnères de la musique techno des années 90/2000, cette dj acide et ténébreuse nous parle de sa propre musique, de celle qui ne se déchiffre pas. Evoluant entre techno, acide et tribe, CALLING MARIAN s’impose et transporte ceux qui l’écoutent.

Manifesto XXI : Parle nous de toi, qui es tu ?

Marianne : Calling Marian, je suis productrice et dj. J’ai commencé à faire de la musique en jouant de la guitare vers mes 11 ans, j’étais plutôt douée et j’ai vite évolué. Puis j’ai commencé à bidouiller sur Garageband vers 2006, j’y enregistrais ma voix et la superposais en y rajoutant des effets.

Ensuite je suis entrée dans un délire guitare psyché, j’écrivais des morceaux entre pop et électro. Je rentrais en fac de musicologie à ce moment-là, ce qui m’a conforté dans ce que je ne voulais pas faire. Les choses les plus intéressantes de la fac c’était la culture générale et l’inscription gratuite au conservatoire. Cela m’a permis de me perfectionner, et de me spécialiser. Le problème c’était à la fin de mon cursus, où la seule issue possible était prof de musique et avec mon niveau, j’aurais fini prof de flûte dans un collège, au mieux. Clairement impossible.

CALLING MARIAN – MARIE ROUGE

Est-ce qu’il y a eu une rencontre qui t’a fait basculer dans l’éléctro ?

Christophe de Coudenhove (on l’appelait c2c), un prof d’informatique musicale issu de l’IRCAM (ndlr: École de musique face à Beaubourg) que j’ai connu à la fac. C’était une rencontre très intéressante – d’une autre génération – mais il m’a appris beaucoup de choses. La musique est autant sonore que scientifique. La musique électroacoustique m’a montré la pertinence de l’informatique, de l’enregistrement, le potentiel du synthétiseur…  et à partir de là j’ai beaucoup écouté d’électro, en passant par plein de stades, de Stockhausen et Pierre Henry jusqu’à Moby, LFO, Björk, Laurent Garnier…

Quelle était ta track déclic ?

Avant tout ça j’ai eu un déclic en seconde, Robots in Disguise, un genre d’electro clash, avec la chanson Boys, qui m’a énormément perturbée, j’ai essayé de percer ses mystères électroniques. Mais aussi Punish Yourself, Royksopp, qui ont eu un certain effet sur moi.

A partir de quand as-tu mixé en soirée ?

C’est en arrivant à Lyon aux alentours de 2013, après la fac que j’ai commencé à mixer, et avoir cet esprit de recherche du bon morceau. Avec des copines on a lancé les soirées La Chatte (ndlr: des soirées lesbiennes). On était proches de la garçon sauvage de l’époque, une soirée drag queen et de son collectif, Plus Belle La Nuit. On a proposé d’en faire une déclinaison pour les filles. On avait la liberté du lineup, on a collaboré sur les trois premières soirées, et puis on a voulu s’en détacher pour pouvoir avoir plus de libertés, faire notre truc comme on l’entendait. On a repris les soirées ça a duré deux ans, pendant lesquelles j’étais résidente. À partir de là j’ai rencontré d’autres gens, qui m’ont bien aidé à développer mon réseau, et à me faire connaître au-delà de Lyon.

Une anecdote de soirée ?

Une soirée à Strasbourg, un festival organisé par des potes, ou je jouais en live. J’y suis allée beaucoup trop tôt et il y a eu du retard, tout le monde était à la bourre. Je devais déjà passer à 2h du mat’ et on n’avait pas pris en compte le changement d’heure, j’étais complètement crevée. C’était une des pires soirées, et l’une des meilleures, car les artistes rencontrés, le lieux, le public, tout était chaleureux !

Être une femme et DJ, ça change quelque chose ?

Pas vraiment, à part quelques exceptions, par exemple tu vois bien que tu passes pour une chieuse quand tu demandes un câble au régisseur et qu’il est tard.

Être une fille définit ton identité musicale, alors que quand t’es un mec, t’es un mec par défaut et seule ta musique compte, peu importe ton apparence. J’ai été bookée parfois parce que j’étais une meuf, dans un line up où les gens s’y attendaient pas spécialement. Tant mieux si je peux mixer plus souvent grâce à ça, mais j’ai du mal à comprendre pourquoi mon vagin est mis en avant.

Être une fille définit ton identité musicale, alors que quand t’es un mec, t’es un mec par défaut

Le milieu dans lequel j’évolue est le plus souvent féministe et lgbtq+, donc c’est cool dans l’ensemble je n’en souffre pas, je suis souvent bookée avec d’autres meufs. Je pense que c’est moins politique aujourd’hui d’être une zouz et de mixer qu’il y a 15 ou 20 ans, Cardini, Chloé, et Sextoy entre autres étaient ultra politisées. Et par défaut ! Personne les bookait, alors elles ont dû ouvrir leur propre club et leurs propres soirées, parce que c’était des meufs. Aujourd’hui encore ce n’est pas mixte, le taux de booking des femmes reste très bas, mais clairement on voit la situation s’améliorer.

Une préférence entre l’étiquette LGBT+ ou d’autres endroits où il n’y en a pas ?

J’aime mixer à la Wet For Me par exemple, parce que je suis entre copines, mais j’ai aussi adoré mixer à Goûtez Electronique à Nantes, pas une soirée LGBT mais l’ambiance était folle, et le line up était 50/50, on était deux meufs à mixer et deux mecs !

Par défaut quand tu es dj, tu aimes aller en soirée, et tu souhaites être dans un endroit safe. Et un endroit safe, y a pas de secret c’est bien plus souvent un club queer.

Un club safe, c’est quoi ?

La fête ne peut pas être entièrement safe, il y aura forcément trop d’alcool ou trop de drogue à un moment, et il y a des cons partout de toute manière !  Mais plus je sors et mieux je choisis mes soirées qu’avant, ça fait très longtemps que je ne me suis pas fait emmerder, parce que je fuis un peu les endroits où je ne suis pas à l’aise. L’espace public est à tout le monde, c’est compliqué de le rendre safe. Ce sont les chartes des orgas, la communication et la prévention, tous ces aspects contribuent à améliorer tout ça.

CALLING MARIAN – BABART REDUX

Un idéal de soirée ?

Un lieu rare, des artistes varié.es, et globalement moins de mecs ! Les garçons prennent beaucoup de place en soirée, ça peut être pesant. Et la soirée idéale bien sûr, ce n’est pas moi qui l’organise !

Tu nous prépares quoi prochainement ?

J’ai un live que je joue déjà, je suis sur plusieurs EP, et j’aimerais faire encore plus de musique. Le prochain EP, ça fait un bail que je travaille dessus, ça été un travail de longue haleine donc j’ai vraiment hâte de le sortir ! Et puis je mixerai à la Barbi(e)turix all stars x Jeudi Ok le 26 juillet.

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