Endless Revisions : Les variations lumineuses de Chloé

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© Alexandre Guirkinger

Elle nous reçoit dans son studio remplis de claviers, de câbles et de divers instruments. On se sent vite à l’aise, en confiance, dans ce petit cocon. La discussion commence facilement, comme si on se connaissait déjà depuis quelques temps. On parle de voyages, de l’été qui vient de s’achever, de festivals… Chloé nous offre une tasse de café maison, et l’échange s’oriente doucement vers son troisième album, Endless Revisions.

Manifesto XXI – Il s’est écoulé sept ans entre ton dernier album, One in Other, et celui dont on va parler aujourd’hui. Qu’est-ce qu’il s’est passé pendant ce temps ? Comment s’est remis en place ton processus créatif ?

Chloé : Ça s’est fait de façon un peu discontinue. Au début je ne voulais pas travailler tout de suite sur un nouvel album, parce que je ne voulais pas encore me relancer dans un processus long, qui est un processus où on est assez seul parce que je produis moi-même. Donc je crois que j’avais besoin d’aller faire des maxis, des remix. J’ai toujours autant tourné en DJ, ça c’était assez constant. J’ai fait pas mal de collaborations, avec Nova Materia à la production de leur musique. C’était chouette, ça m’a fait du bien de ne pas être au premier plan déjà, et puis aussi de pouvoir partager avec d’autres musiciens une expérience. Puis j’ai fait quelques musiques documentaires, la musique de mon premier long métrage Paris La Blanche. Et puis au milieu de tout ça j’ai commencé à travailler sur quelques morceaux mais pas tout de suite. Aller voir un petit peu ailleurs m’a permis de prendre du recul et de revenir vers ma propre musique. 

L’album s’ouvre avec le morceau « Solahrys », qui est composé avec des bois. D’une manière générale, j’ai l’impression que c’est un album avec plus de lumière que les précédents, c’est quelque chose que tu as recherché ?

Tout à fait. Ce morceau en particulier fait plus référence à la lumière, et après c’est ma vision, mon ressenti de la lumière. Il y a aussi une ouverture sur d’autres collaborations, j’ai ouvert un peu plus contrairement aux autres albums. C’est une ouverture sur plusieurs plans.

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Quand on met en parallèle le clip de « Recall » et le titre de l’album, on peut voir une réflexion sur l’infini, un processus de renouveau… C’est le cas ?

Il y a un écho à ça effectivement mais pas que, parce que ce serait un peu négatif pour moi et ce n’est pas l’idée. Forcément ça fait un clin d’œil à ces morceaux qu’on n’arrive pas à finir, qu’on n’arrive pas à lâcher mais en même temps ça fait écho aussi à la répétition qu’on a dans la musique électronique. C’est un peu comme si c’était aussi un puzzle avec pleins d’influences diverses qui s’assemblaient toutes ensemble sur ce disque. Pour moi la pochette était importante dans le sens où elle devait évoquer cet espace un peu infini. Elle a été faite dans le désert californien.

 

Qu’est-ce que tu voulais raconter avec le clip de « Recall », avec ce danseur ?

On voulait pas forcément un danseur en fait, mais un corps qui danse dans un espace qu’on n’arrive pas à déterminer. On pourrait être n’importe où, même sur une autre planète. L’idée était de ne pas donner de repères, même de temps, et on voit très rarement son visage. On voulait faire le lien avec la pochette, donc jouer sur ce cube, la réflexion, les miroirs… comme si l’espace se déstructurait.

Comment s’est décidé le featuring avec Ben Shemie (ndlr : du groupe SUUNS) ?

Je suis le groupe depuis le début. C’est un groupe que j’aime beaucoup, un des rares qui me fait beaucoup d’effet et qui mélange le rock, l’électronique et l’expérimental de façon intelligente. En fait j’ai toujours adoré le voix de Ben Shemie. Il a une voix assez douce et en même temps sur le fil du rasoir. On ressent une émotion très forte quand il chante, et en même temps elle est assez douce. C’est cette fragilité que j’aime bien. J’avais envie spontanément de lui proposer. Je ne le connaissais pas mais il a accepté et ça s’est fait. Lui est à Montréal donc on l’a fait par échange de fichiers. On s’est rencontrés après quand j’ai joué à Montréal cet été, et c’était sympa… Quand t’as un bon feeling par mail, parfois tu peux être déçu quand tu vois la personne en vrai mais là non, tout confortait le fait que c’était une jolie rencontre.

D’ailleurs tu utilises la voix avec parcimonie dans tes morceaux, à quoi ça correspond pour toi d’en utiliser ou pas ?

Je crois que je n’aborde pas la voix de manière traditionnelle. Je vais vraiment l’utiliser une fois que je me demande s’il y a toujours de la place pour, quand je me demande s’il n’y a pas déjà quelque chose de raconté. C’est utilisé comme un complément à la musique, une réponse. J’aime beaucoup les moments de silence, et ce sont des moments qui permettent à la voix de mieux revenir et d’être plus présente. Ce qui m’intéresse c’est de voir ce que je peux faire de tous ces codes pop qu’on ingurgite, et voir si ça tient la route…

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The Dawn artwork

Dans le titre « Pendulum », tu utilises des samples de texte lu. C’est bien en russe ?

Oui ! C’est un texte de Maïakovsky. J’ai demandé à une fille de lire des parties du texte. C’était pour faire écho au surréalisme parce que la musique électronique est dans une démarche surréaliste. On n’est pas trop dans les codes et les surréalistes n’étaient eux-mêmes pas trop dans les codes. J’avais envie de faire lire ce texte sans qu’on se concentre forcément sur la compréhension.

Dans ta musique tu utilises toujours des sons très « électro-geek », qui rappellent vraiment l’origine mécanique du son, alors qu’à côté tu as des arrangements beaucoup plus instrumentaux. À quoi ça correspond pour toi tous ces sons ?

J’aime bien mélanger ces sons « électro-geeks », comme tu dis, et avec des influences que je peux avoir. Ce que j’aime c’est mélanger des sons du présent comme des sons du passé, mélanger de la machine avec de l’organique. C’est ce rapport-là, la balance que j’essaie de trouver. Sur ce disque j’ai vraiment voulu trouver la balance entre les deux, comme s’ils luttaient. En tout cas c’est ce qui m’inspire.

Le titre « Party Monster » est tout doux contrairement à ce qu’on pourrait attendre…

Oui, le titre va à l’encontre de la composition qui a quelque chose de très enfantin. J’ai mis la voix dans un effet de vocodeur mais qui est mixé avec de la voix plus humaine. En fait ça pourrait rappeler le morceau des Beatles, « Love Me Do »sauf qu’en fait c’est comme si c’était une petit ritournelle enfantine mais d’aujourd’hui.

Question un peu en-dehors de l’album, sur le thème de la fête. Quel regard tu portes sur la qualité de la fête aujourd’hui à Paris ? Est-ce que ça aussi « c’était mieux avant », pendant les années Pulp ?

La vie nocturne parisienne est dense, c’est plutôt très positif. Elle a énormément évolué. Moi j’ai commencé à une période où la musique électronique n’était pas aussi répandue, elle était plutôt mal vue. Franchement je suis très contente que ça ait pris une telle place, même si après il y a des styles que je n’aime pas du tout. C’est marrant parce que la nouvelle génération reproduit un peu ce que nous on a vécu avec les raves. De toute façon on a tous une nostalgie du passé. Le Pulp ne serait peut-être pas aujourd’hui ce qu’il était avant. À l’époque y avait beaucoup moins de fêtes « comme ça ».

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Dernière question sur ta collaboration avec Alain Chamfort. C’est lui qui a écrit les paroles? Comment avez-vous travaillé ?

On a travaillé avec son parolier. Je lui ai proposé un morceau et à partir de là lui a cherché une mélodie. J’aimais bien l’idée de casser un peu les genres, j’ai grandi à cette époque du top 50 et Alain Chamfort a fait des titres qui m’ont marquée. C’est un artiste qui a toujours été présent, qui a toujours continué à faire des disques. Il a connu un peu toutes les époques et tous les genres, et au-delà de ça j’aime bien l’idée de mélanger ma musique avec sa voix et ses textes. lls m’en ont proposé, et certains mots marchaient mieux sur le morceau. On a essayé de trouver l’équilibre entre les mouvements de musique et de voix, comme si c’était un duo.

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