Des sexes et des femmes 2 : Sortir de l’hétérosexualité

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Jenny Schecter, the L World

Après le succès de sa première édition au 59 Rivoli, en octobre 2018, le festival Des sexes et des femmes prépare déjà son retour pour l’automne 2019. Et cherche des œuvres pour illustrer les contours d’une société queer.

L’événement gardera sa forme pluridisciplinaire ambitieuse, avec une exposition collective mais aussi des performances, des conférences et des ateliers. Pour cette deuxième édition qui aura lieu du 23 septembre au 7 octobre 2019, la fondateurice Juliet Drouar pose un thème qui ravira certains, en fera rager d’autres, et qui ne laissera encore une fois personne indifférent : sortir de l’hétérosexualité. Par là, iel entend questionner l’hétéronormativité de notre civilisation actuelle (ndrl : croyance qui aligne le sexe biologique avec le genre et une supposée naturelle ‘complémentarité des sexes’). Juliet Drouar compte sur vos œuvres, et lance donc un appel à projets pour cette nouvelle exposition « Sortir de l’hétérosexualité », pour imaginer d’autres futurs, d’autres mythologies et représentations de la beauté sans la domination masculine. Un changement de perspective audacieux, pour faire réfléchir le plus grand nombre au genre et au féminisme.

Questionner l’hétéro évidence

« Les objets de recherche sont toujours des objets de recherche par définition donc ça place dans une position de norme. C’est comme ça qu’on va étudier les personnes racisées, les personnes homosexuelles… Rien que le fait de proposer ce sujet-là c’est important, c’est inverser le rapport sujet-objet. Parce moi « personne gouine-trans » je prends les personnes hétérosexuelles comme sujet d’étude. C’est un œuvre forte de retournement. » commence Juliet.

Un changement de perspective radical où une minorité va observer, à travers différents médias, la majorité. Ce n’est ni plus ni moins qu’une critique radicale de la structure même des sociétés occidentales, « C’est très dur à comprendre parce qu’on s’acharne à nous faire penser qu’on serait dans une différence fondamentale de genre et de sexe, avec une complémentarité de nature et une sexualité de prédilection. » Pour appuyer son propos, Juliet cite un texte fort de la poétesse et théoricienne féministe Adrienne Rich « La contrainte à l’hétérosexualité et l’existence lesbienne » qui détaille les différents leviers qui font que les hommes et les femmes font de l’hétérosexualité la sexualité de référence. « Elle parle de la confiscation du plaisir, l’interdiction de la masturbation, l’invisibilité du clitoris… » Une perspective féministe lesbienne peu connue. Et pourtant…

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Des sexes et des femmes 2018

Parler féminismes

« Le féminisme ne peut pas avancer sans déconstruire l’hétérosexualité, et cela participe à énormément de tensions entre féminisme hétérosexuel et queer. On a du mal à se rassembler, parce qu’on ne se comprend pas là-dessus. » Mais où se situe précisément cette différence fondamentale de perspective entre le féminisme majoritaire et une pensée minoritaire ? Dans le fait de se soustraire au regard masculin, aux jeux de séduction traditionnels. Et en conséquence, de rechercher, d’être attiré.e par d’autres formes que celles produites par une société majoritairement sexiste.

« L’érotisation de la violence est un des instruments de l’hétérosexualité, que ce soit dans les films ou les pubs, et tout ce dont on nous bombarde. Paradoxalement tout ce qui pourrait être lié à une sexualité d’amour, avec de la douceur, est totalement dévalorisé. Par exemple la sexualité des femmes, la sexualité lesbienne, apparaît comme une « non sexualité” »  Une homosexualité d’ailleurs plus difficile à réaliser pour les femmes, tant le poids de la société imprime sa marque dans le développement de chacune, et tant la notion de “choix” est restreinte quand on se rappelle qu’une femme a plus de chance de devenir précaire qu’un homme a fortiori si elle ne vit pas en couple : « Ce sont des formes de choix qui sont biaisées, si tu ne les fais pas alors tu seras soumis.e à un certain nombre de violences, qu’elles soient physiques ou matérielles, tout au long de ta vie. » Violence recoupée du spectre de la précarité économique, une combinaison donc bien difficile à comprendre et déconstruire : « Une femme hétérosexuelle ne va pas se dire d’elle-même que sa sexualité est un choix féministe relatif, mais elle peut se rendre compte que ce ressenti est un construit et non un fait de nature. »

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Oeuvre de Cassie Raptor, exposée lors de Des Sexes et des Femmes

Ouvrir le champ des possibles

Si l’événement sera bien aussi militant que le précédent, il cultivera le même esprit de dialogue que la première édition. « L’année dernière il y a avait des conférences sur l’intersexuation, et les violences obstétricales. Ces violences concernent plutôt les femmes hétérosexuelles. » rappelle Juliet. Même si l’on peut se réjouir des débats et potentielles rencontres organisées autour du mouvement Nous Toutes, le chemin reste encore long à parcourir car iel estime que beaucoup « n’ont pas repensé leur féminisme en fonction de Nous Aussi. » Et c’est aussi le but de Des sexes et des femmes de « faire en sorte que différentes population interagissent et aient des clés de compréhension mutuelles. » Et comme tout se jouera dans la culture, comme objet de discussion et vecteur de changement, les œuvres représentant d’autres formes civilisationnelles sont fermement attendues !

Le lieu joue lui-même un rôle dans la médiation de ces sujets : « C’est un lieu ouvert, qui permet de toucher les gens passant, on n’est pas à la périphérie mais on est au cœur et c’est intéressant car dans l’idée justement de ne pas de prêcher que des convaincu.e.s. » Des sexes et des femmes a de quoi faire figure d’événement révolutionnaire dans un contexte où les témoignages d’homophobie ordinaire se multiplient. Consciente d’aborder un enjeu de féminisme très peu débattu, cette deuxième édition prévoit avec une ironie malicieuse une cérémonie de « sortie de l’hétérosexualité », comme une invitation pour chacun.e à rire de ses propres contradictions…

 

Des sexes et des femmes 2, du 23 septembre au 7 octobre 2019 au 59 Rivoli

Pour participer à l’exposition « Sortir de l’hétérosexualité » : Envoyer les pitchs d’oeuvres à juliette.drouar@gmail.com, fin de l’appel à projets le 28 février.

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