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Chelsea Manning sublimée par Johnny Hostile & Jehnny Beth

Le film XY Chelsea, réalisé par Tim Travers Hawkins, relate le combat d’une ancienne militaire américaine transgenre, Chelsea Manning, emprisonnée pour trahison après avoir révélé les horreurs de la guerre en Irak. A l’occasion de la sortie du long-métrage, nous avons rencontré Johnny Hostile et Jehnny Beth, qui en signent la bande originale. Leur BO bouleversante accompagne la relation de la lutte de ce personnage hors du commun.

Arrêtée en mai 2010, Chelsea Manning est incarcérée en août 2013, condamnée à trente-cinq ans de prison pour avoir transmis à WikiLeaks des documents classés secret défense. Le lendemain de sa condamnation, celui qui s’appelait Bradley se déclare transgenre et initie les démarches pour devenir Chelsea. Sa peine est commuée sous l’administration Obama. Libérée en mai 2017, elle est de nouveaux placée derrière les barreaux deux mois en 2019 quand elle refuse de témoigner dans le procès WikiLeaks.

Manifesto XXI : Vous venez de signer la bande originale du documentaire sur Chelsea Manning réalisé par Tim Travers Hawkins. Ce personnage et son combat vous ont-ils inspirés lors de la composition ? Comment ?

Johnny Hostile : L’humain qui se dégage de Chelsea est inspirant. Sa sensibilité, son courage, son énergie, son combat contre l’administration américaine… Je le questionne d’un point de vue personnel.  C’est absolument terrifiant, de voir à quel point elle ne peut pas gagner, comment l’attaque frontale qu’elle mène ne lui apporte que souffrance et désespoir. C’est un peu le mauvais côté d’une certaine forme d’activisme. Le dialogue est impossible face à des administrations politiques aussi violentes. Mais je ne ressens que de l’admiration pour elle et j’ai envie qu’elle aille bien, qu’elle soit heureuse. C’est une belle âme.

Jehnny Beth : Ce qui nous a inspiré dans le film, c’est d’abord le regard de Tim Hawkins sur Chelsea. Un regard bienveillant, et 100 % vrai. Nous nous sommes beaucoup inspiré de son point de vue de réalisateur. Mais c’est vraiment Chelsea qui reste le fil conducteur de la BO. Il s’agissait de soutenir ses ressentis : elle a été notre muse pendant plusieurs mois et je dois dire que même après des heures de visionnage à l’écran, elle est toujours restée un mystère, tant ses décisions sont instinctives et entières, et toujours surprenantes.

Extrait du film XY Chelsea

Dans le morceau « Pre-court Sentence », vous jouez par exemple sur les sonorités d’un compte à rebours, embrassées dans une grande mélancolie. Cette idée vous-est elle venue en regardant le montage final, ou certains axes du morceau étaient déjà présents dans vos têtes ?

JH :  Tout est inspiré par notre lecture de l’émotion qui se dégage de Chelsea. Encore une fois, il y a d’un côté la souffrance qu’elle endure, mais aussi la nôtre qui s’exprime. Ça rend mélancolique de voir quelqu’un se sacrifier autant. 

 JB : L’histoire de Chelsea est une histoire du XXIème siècle par excellence, qui nous parle aussi de nous-mêmes. 

Extrait du film XY Chelsea

Quelle émotion souhaitiez vous retranscrire lorsque vous avez commencé à composer cette bande son ?

JH : Principalement un mélange entre l’espoir, la souffrance et la fragilité.

JB : Et l’angoisse… due aux images de guerre notamment. Certains passages sont d’ailleurs restés volontairement sans musique.

Je pense que ce qui résonne aussi pour les gens, c’est le message de liberté qu’elle transmet.

Jehnny Beth

L’avenir de Chelsea Manning est encore incertain vis-à-vis de la justice américaine, toujours aujourd’hui. Ce documentaire est d’autant plus important que la bataille n’est pas gagnée. Quel peut être l’impact du film à votre avis, peut-il en avoir un ?

JB : Oui et c’est d’ailleurs pour cela que j’étais très fière que notre track « Let it out », qui clôt le film, ait été si bien reçue par la presse et la radio anglaise notamment. Je ne m’attendais pas à un tel accueil pour une musique de film. Je pense que ce qui résonne aussi pour les gens, c’est le message de liberté qu’elle transmet.

JH : La sortie du film est importante parce qu’elle relate une histoire très ancrée dans son époque. Un soldat qui devient transgenre et qui devient une figure militante pour avoir dénoncé les dommages collatéraux de l’armée américaine en Irak… cette histoire marque son temps. Je ne pense pas que le documentaire va changer la condition actuelle de Chelsea Manning. Le colosse américain ne lui souhaite vraiment pas du bien, et on connait les résultats quand ils sont déterminés comme ça.

Ça n’est pas un retour de John et Jehn. Notre groupe passé est bel et bien mort. 

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Johnny Hostile

Avec cette soundtrack, c’est le grand retour de John & Jehn (même si on vous a vu collaborer sur le dernier EP de Johnny Hostile, Work). Un projet bien plus electronica que rock. Pourquoi ce choix pour accompagner le documentaire ?

JH : Ça n’est pas un retour de John et Jehn. Notre groupe passé est bel et bien mort.  C’est une collaboration entre le producteur-compositeur Johnny Hostile et l’artiste qu’est Jehnny Beth maintenant. La dynamique est à l’opposé de ce qu’était J&J. Il y a un respect mutuel très fort de ce que nous sommes devenus individuellement. L’electronica, j’en ai toujours fait, et aussi le genre marque un peu l’époque, comme le documentaire lui-même.

JB : Tim connaissait mon travail dans Savages et m’a contacté pour son documentaire. Cela m’a semblé naturel de travailler avec Johnny pour cette BO. Il a tellement d’énormes facilités dans la création de musique à l’image, ça en est presque écœurant! [rires] Il est capable de créer des atmosphères très variées, et il est doué d’une très grande musicalité. Je savais qu’on allait bien travailler ensemble.

(c) Xavier Arias

Après quasiment dix ans d’absence d’un projet studio commun, cette collaboration vous a-t-elle donné envie de retravailler ensemble sur un nouvel album ?

JB : Cela fait quatorze ans que nous nous connaissons et que nous collaborons ensemble sans discontinuité. Que ce soit à travers Savages où Johnny intervenait en tant que réalisateur, ou dans notre label Pop Noire… On a aussi de très beaux projets à venir, dont nous sommes très fiers. La longévité n’est possible qu’en restant flexibles sur les désirs de chacun, en acceptant d’inter-changer nos rôles. Nous avons su nous adapter et casser nos habitudes.  

JH : On collabore aussi 24 sur 24 sans pour autant que cela se voit ou que cela se sache. Les projets studios sont toujours l’un avec l’autre, de Savages aux  collaborations avec d’autres artistes etc… La disparition de l’objet physique et des crédits écrits sur les pochettes ont fait que les producteurs et compositeurs se voient beaucoup moins. Cela dit je suis tellement mieux dans l’ombre. Il y fait plus frais et je respire mieux. 

Le documentaire sur Chelsea Manning est disponible en VOD dès à présent.

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