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Believer, l’opéra électronique de Smerz

Believer, l’opéra électronique de Smerz

Manifesto 21 - Smerz

Le duo norvégien Smerz sort son premier album Believer, sorti sur XL Recordings. Deux clips mêlant surréalisme et codes théâtraux ont permis de donner un avant goût de cet album qui met au jour un tournant pour Henriette Motzfeldt et Catarina Stoltenberg. Smerz s’éloigne de la pop expérimentale et se plonge dans un univers propre à elles, qui retrace leurs parcours classiques.

Henriette Motzfeldt et Catharina Stoltenberg, chanteuses et productrices du duo Smerz nous reviennent avec un LP qui fait honneur à leur pays, la Norvège. Déjà bien installées au sein de la scène indé locale et danoise, on ne serait pas étonné·es qu’elles s’exportent cette fois-ci à l’international. Cet album se distingue de leurs précédents EPs Have Fun et It’s Ok, notamment parce que c’est la première fois qu’elles font concrètement allusion à leur attache dans l’univers de la musique classique. On y retrouve l’éclectisme dans leur production mêlant basslines, footwork et hip-hop affinés mais dans des rythmiques plus lentes et contemplatives. Dans Believer, sorti sur XL Recordings, on nous invite à plonger dans un rêve contemporain qui s’avère être une parfaite pause à notre réalité monotone.

L’orchestral au profit de l’électronique

Lors de cette balade sonore, on ne peut cesser d’imaginer l’album en tant qu’opéra électronique. Ce serait une nouvelle approche au genre musical, moins dansant, et privé d’espaces nocturnes. Smerz avait pour habitude de mettre en mouvement des salles de concerts de part leurs lives rythmés. Ne pouvant se produire en live cette dernière année, elles décident de renouer avec leur apprentissage de musique classique. Motzfeldt met à profit ses années de chorale avec des solo soprano et on retrouve également des passages de violon, et de piano. Celle-ci, élève du conservatoire de Copenhague, avoue vouloir transplanter son parcours classique et le remodeler à son gré à travers le clavier MIDI. Elle manie ainsi avec finesse des samples de harpe et de violon, notamment dans « Max » et « Versace Strings », afin qu’ils fassent sens dans cette narration contemporaine et électronique. Pour pousser encore plus loin, Smerz parvient à intégrer des enregistrements d’applaudissements dans « Grand Piano » pour propulser l’auditeur·ice dans une salle de spectacle imaginaire.

Hommage artistique à la Norvège

La performance sonore de cet album est surprenante et fascinante mais nous sommes aussi touchés par leurs talents de metteuses en scène. Les clips parus,  « I don’t talk about that much / Hva hvis » (dont on vous parlait dans un catch-up clips) et « Believer » s’inspirent de compositions théâtrales. Les fabuleux costumes d’August Bror sont mis en avant dans des décors surréalistes qui insistent encore sur ce jeu entre rêve et réalité. Cette mise en scène permet également à Smerz de rendre hommage à leur pays, la Norvège. En optant pour une approche rétro-futuriste, on les retrouve performant des danses traditionnelles telle que la Hallingdansen dans « I don’t talk about that much / Hva hvis ». Dans le trailer analogique qui annonçait cet album, on les retrouve arpentant les paysages norvégiens, se consacrant à des activités plutôt champêtres. C’est d’ailleurs dans ce trailer que l’on découvre « the Favorite », titre où les paroles sont chantées dans leur langue natale. Une première pour Smerz qui jusqu’alors avait choisi l’anglais comme langue de prédilection. Toutes deux ayant grandi à Oslo, elles ont récemment décidé de retourner s’y installer. Loin de la capitale danoise, elles se retrouvent dans un environnement possiblement plus propice à l’introspection. Un espace où il fait bon de prendre son temps, à l’effigie du « hygge », qu’elles souhaitent mettre en valeur.

Faire de la vulnérabilité sa force

Si Smerz balance entre douceur orchestrale et puissance électronique, la constante se retrouve dans la franchise de leurs mots. Tout comme leurs confrères et consœurs de la scène nordique (Okay Kaya, Erika de Casier, Liss, etc), elles manient les mots avec une force poétique. Believer détonne par sa tendresse lyrique et la façon dont elles approchent l’amour dans cette modernité. Elles se mettent à nu et admettent douter d’elles mêmes. Avec « Believer », elles se vouent entièrement à leur amour clamant ne jamais baisser les bras et suivre dans les moments plus ténébreux (“I’m not giving up on loving you, Lovers always down, I’ll be down with you”) : elles savent pouvoir perdre leur intégrité mais elles assument. C’est une nouvelle approche du féminisme également, celle où la femme ne se montre pas vulnérable mais établit plutôt les limites de son amour et jusqu’où elle est prête de mettre à s’impliquer selon ses critères. C’est une vulnérabilité qui, encore une fois, devient une force et permet de donner de la visibilité à celui ou celle qui se retrouve en face.

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Image d’en-tête : Benjamin Barron

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