Tout va bien avec You Man

Tepat Huleux et Giac Di Falco se cachent derrière le nouveau duo électronique français : You Man

Avec un nouvel EP dark-wave-techno Tutti Va Bene, le duo You Man offre une musique au croisement entre l’ancienne vision du futur, et la nouvelle.

Une musique plus sombre que leur premier album Spectrum Of Love, porté par un message d’amour avant tout. Nous avons rencontré alors Tepat et Giac pour parler musique et philosophie.

Manifesto XXI – Dans votre nouvel EP, le morceau « Abandonare » fait beaucoup penser au morceau « Canon » de Justice, qui est un duo comme vous. Ce groupe vous a-t-il influencé?

Giac : Si nous avons été influencé par un duo, j’aurais plus tendance à citer les Chemical Brothers. Les riffs de basse avec du breakbeat, c’est vraiment notre came. Quand on a commencé à composer le morceau avec ce riff de basse, on se posait l’éternelle question « Est-ce qu’on le fait durer durant tout le morceau ? » Et bien c’est ce qui s’est passé. On a ensuite ajouté ce sample de voix très « inferno ». L’idée de ce sample vient d’une petite anecdote d’ailleurs : j’étais dans une petite librairie dans la Drôme, et je suis tombé sur une vieille édition de la Divine Comédie de Dante, tout en italien. De par mes origines, je suis fasciné par cette langue, et cela m’a donné envie de l’utiliser. En fouillant un peu après, je suis tombé sur ce sample d’un type qui récite « L’enfer ». Mais non, aucun rapport avec le groupe Justice, même si on apprécie énormément le groupe.

Un discours peut être chantant, mais il faut avant tout que le texte ait du sens également.

Vous utilisez beaucoup de samples de voix dans vos morceaux. Comment se passe la recherche de samples vocaux ?

G : On en recherche beaucoup en effet. Notamment sur archives.org. Rechercher des voix n’a rien à voir avec la construction d’un featuring par exemple. Il y a un compositeur (Chassol) qui va encore plus loin : lui se base sur un sample de voix et compose la musique tout autour. Cela nous a beaucoup inspiré dans notre composition, sauf que nous aimons bien changer les tonalités en fonction du morceau. Un discours peut être chantant, mais il faut avant tout que le texte ait du sens également. Si la voix est très belle mais que cela n’a aucun sens par rapport à ce que l’on souhaite dire, on ne va pas la garder.

Tepat : Après il y a beaucoup d’aléatoire aussi. On a une énorme banque de samples que l’on rafraîchit en permanence. Parfois on tombe sur un vieux sample qu’on avait mis de côté, et comme il colle au morceau qu’on est train de faire, on l’utilise. Un peu comme une construction Lego.

G : Il nous arrive même de faire nos propres voix. Dans « Tutti Va Bene », c’est moi qui chante par exemple.

T : Avec le micro de l’iPhone. (rires)

Comment se passe une composition à quatre mains ? Vous vous complétez ou vous travaillez en parallèle ?

T : Tout dépend des morceaux. Il n’y a pas de règles. Tous nos morceaux sont sur un Drive, il y en a qui commence une idée, puis l’autre les complète. C’est une sorte de ping pong, pour qu’à la fin on les finalise ensemble.

G : Il est essentiel de se voir régulièrement. Déjà car on est potes depuis plus de vingt ans.

T : Avec cette mécanique, on peut réussir à composer des morceaux très rapidement.

G : « Tutti Va Bene » on l’a fait en un soir quasiment. Pour aller très vite, il faut aussi qu’on mette toutes nos questions d’ego de côté. C’est très important en musique. C’est une façon de s’accepter l’un et l’autre plutôt que de dire « elle est trop nulle ta basse ». On essaie vraiment de chacun se comprendre.

Tutti Va Bene est bien plus sombre que Spectrum of Love.

You Man
Tutti Va Bene annonce un retour plus techno de You man contrairement à l’album Spectrum of Love. Vous pensez que maintenant il s’agit de votre nouvelle direction artistique ?

G : Tutti Va Bene est bien plus sombre que Spectrum of Love.

T : On avait surtout envie de faire un EP cohérent dans son ensemble. C’est un projet pour le « club » surtout. On voulait faire du « dark club ». Et sur un EP de trois morceaux, il y a moins de liberté que sur un format album où tu peux altérer morceaux calmes et énergiques. L’EP a un format beaucoup plus DJ alors qu’un album sert plus à raconter une histoire.

G : C’est vraiment un « bébé » un album. Il y a des albums qui nous ont énormément marqués comme Exit Planet Dust par exemple. Ce sont des albums que tu écoutes du début à la fin, qui peuvent te foutre le feu un samedi soir en club, et que tu peux écouter le matin quand tu émerges avant d’aller « bruncher ». Il y a des morceaux de notre album qu’on ne jouera jamais en club, comme « Six Feet Over ». Pour nous c’est un track d’album, même si un jour on a été invité à faire un live au club Renate à Berlin, et qu’ensuite on a entendu ce morceau être joué à onze heure du matin, et que les gens dansaient toujours. (rires)

Les duos dans la musique électronique sont souvent attachés à faire des lives plutôt que des DJ Sets. Vous non. Pourquoi ce choix ?

T : On fait plus de DJ sets en ce moment car on travaille un prochain live justement. On a encore besoin de travailler la scénographie.

G : On a fait les Solidays il y a deux ans avec un live qui tenait avec trois bouts de ficelles. On jouait après Tale Of Us. Avec Tepat, on s’est alors dit : « merde, qu’est ce qu’on fout là ? » Le live était cool, mais on avait pas de scénographie justement. On était heureux d’être là, on l’a montré. Mais pour les prochains lives, on a envie de montrer quelque chose de nouveau, d’apporter quelque chose en plus.

Ces prochains lives accompagneront un nouvel album prévu pour bientôt. Que pouvez-vous nous dire actuellement sur ce nouveau projet ?

G : Tepat et moi on changé depuis Spectrum Of Love. Donc naturellement ce nouvel album sera différent du précédent. Quand on compose un nouveau morceau, comme lorsqu’on joue en live, il y a ce côté très intuitif. On est comme en transe. On ne calcule rien du tout. Peut être que les gens trouveront ça naze, mais on ne l’aura pas calculé en tout cas.

T : Comme on écoute plein de nouvelles choses, ça va forcément nous influencer, mais on ne sait pas encore la tournure que cela va prendre. Salut c’est cool avait sorti un morceau « Techno toujours pareil » et c’est vrai qu’on peut très vite se répéter dans la techno. Il faut éviter de tomber dans ce piège.

G : Dans la composition, ce qu’il faut, c’est utiliser quelque chose que tu n’as jamais utilisé auparavant. Quand tu utilises les mêmes synthés ou les mêmes plug-in, au bout de trois ou quatre morceaux, c’est plus facile. Mais personnellement, je n’en ai rien à foutre. Je préfère du coup galérer avec des nouvelles technologies, que je sais pas utiliser. La naïveté est importante dans la création artistique. Il faut toujours garder cette naïveté, cette innocence. Pour nous, jouer aux Solidays ou dans un appartement, c’est pareil, car on le fait avec sincérité.

Vous avez décidé de sortir l’EP sur le label anglais Nein Records de Tronik Youth. Comment s’est passée cette rencontre ?

T : C’était une superbe rencontre humaine. C’est un label où on a pris l’habitude de piocher car ils ont un gros rythme de sorties. Ce sont des morceaux que l’on joue très souvent en DJ set.

G : Nous avons même découvert que l’on jouait un morceau « rippé » depuis pas mal de temps qui était de lui. (rires)

T : Notre manager le connaissait et c’est comme ça que la connexion s’est faite. Elle lui a proposé l’EP, il a été super emballé.

Vous sentez qu’il y a une entraide entre tous ces artistes de ce milieu pour faire avancer cette scène ?

T : En France, cette scène n’est pas super représentée. Comme il n’y a pas vraiment de grosse effervescence, je trouve que oui il y a pas mal d’entraide entre tous ces artistes.

G : Les connexions sont plus simples et humaines. Quand on a rencontré Moscoman il y a quelques semaines, on a échangé des morceaux, on a discuté. Comme des potes, mais qui ont en plus cette passion commune de la musique. C’est assez sain, tout le monde est là pour s’amuser : les gens sur le dancefloor, et les artistes.

Pour Tutti Va Bene, aucun clip n’est sorti. C’est pour appuyer ce côté format DJ ?

G : Alors si, il y en a eu un. Celui de « Tutti Va Bene », mais qui a été viré de Youtube car trop violent.

T : Il y a une toute petite scène dans le clip qui dure trois secondes où tu vois un enfant mettre une claque à un autre enfant en slow motion. C’est hyper anecdotique, et le pire, c’est que la vidéo originale de ces deux gamins, elle est encore sur Youtube, du coup on a un peu du mal à comprendre. On a fait appel, et en espérant que le clip soit de nouveau disponible.

G : Comme l’EP est sombre, le clip qui devait l’accompagner devait l’être aussi. Il y a de la violence dans le clip, mais les algorithmes de Youtube n’ont pas dû voir le clip jusqu’à la fin, car il y a un message dans cette vidéo. Quand tu te libères de la violence, tu te rends libre. Quand tu n’es pas agressif envers les autres, tu es libre. Depuis des années, on n’arrête pas de nous dire que l’Homme est un loup pour l’Homme, depuis Hobbes. J’ai confiance en l’avenir. Si tu regardes autour de toi, il y a aussi beaucoup de choses qui se passent bien, malgré les atrocités que l’on voit au JT. Allons rencontrer les gens dans la rue, et la plupart du temps, les gens ne sont pas violents. S’ils le sont, c’est qu’ils sont angoissés de quelque chose. Rends toi heureux, non seulement pour toi, mais aussi pour les autres. Et avec ça, tout le monde baissera sa garde et tout ira bien. « Tutti Va Bene »

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