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Sara Sadik. La claque beurcore qui secoue l’art émergent

Après avoir chamboulé les publics les plus sensibles au Palais de Tokyo lors du festival Do Disturb en avril, avec son immense projection du signe « Jul » sur un mur, Sara Sadik continue son infiltration en toute décontraction dans le milieu de l’art contemporain. L’artiste bordelaise d’origines marocaine et algérienne installée à Marseille, porte-voix du mouvement désormais nommé « beurcore », a happé les internets avec sa nonchalance, basculant aisément du jeu vidéo à des mangas aux influences « rebeues », le tout traversé par une esthétique post-internet bien loin de la posture « sadness-no-future-c’est-la-fin-du-monde » qui afflige Paris depuis des années.

Son nom monte, non pas parce que ce qu’elle fait est « stylé », mais parce que son intention est forte, revendiquée, assumée, là où beaucoup d’artistes de sa génération peinent à renouer avec une quelconque forme d’engagement intellectuel. Valoriser l’héritage de la diaspora maghrébine, jouer avec la notion-même d’identité nationale, porter la voix de ces « banlieusards » que les petits bourgeois ennuyés et les rappeurs babtous fantasment de manière presque obsessionnelle, ou pire (et merci !) « en viennent presque à se rêver une vie de misère entourés de cafards quand ils écoutent PNL ».

Sara Sadik incarne résolument l’art émergent qu’on a envie de voir en France en 2019. Avec une acuité rare, elle décortique et passe au vitriol les névroses et les rêves de son temps.

Manifesto XXI – Hello Sara. Peux-tu nous raconter ton parcours ? Qu’est-ce qui t’a conduite à l’art ?

Sara Sadik : « Jamais de ma vie j’aurais cru me retrouver aux Beaux-Arts. À mes yeux c’était pour l’élite et personne d’autre. Dans le rap français « Beaux-Arts » est souvent associé à « Mozart », deux bails qui sont très éloignés de notre monde. Mon mektoub (destin en arabe, ndlr) aurait été d’être mère-ado et caissière chez Lidl, mais j’ai décidé de tout faire pour éviter ça. Choisir un cursus artistique c’est la technique que j’ai trouvée pour être acceptée dans un des meilleurs lycées de la ville et quitter la ZEP. Au final, ce qui était un choix stratégique s’est transformé en un vrai projet professionnel, plus ambitieux que ceux des Anges de la Téléréalité. »

C’est l’introduction de mon auto-fiction De la barrette de shit au Zénith.

Jamais de ma vie j’aurais cru me retrouver aux Beaux-Arts. À mes yeux c’était pour l’élite et personne d’autre.

Lazuli © Sara Sadik

C’est romancé mais j’ai vraiment choisi la filière artistique après le collège par hasard et sans grande ambition derrière, juste pour aller dans un lycée réputé dans une optique d’ascension sociale. J’ai fait un bac STI Arts Appliqués et finalement les cinq années des Beaux-Arts. Mais je m’y suis mise sérieusement en deuxième année. J’ai commencé à écrire des scripts de vidéos inspirés de mon adolescence, de mes amies d’enfance et des personnes qui m’entouraient quand j’étais jeune, et je les jouais en me mettant en scène.

HALALOSLM © Sara Sadik

Qu’est-ce que le « beurcore » ?

C’est un terme que j’ai imaginé pour pouvoir décrire mon travail sans parler mille ans et pour éviter qu’on le définisse à ma place avec des mots qui ne me conviennent pas. Je voulais un mot qui sonne « puissant » et simple à retenir. Le suffixe core, qui est surtout utilisé dans la musique, permet les deux à la fois. Le beurcore, c’est la culture de la jeune diaspora maghrébine en France dans sa forme la plus emblématique. Mais je l’imagine aussi comme un mouvement qui existe déjà mais qui n’a pas encore été défini, autrement qu’avec le terme fourre-tout de « culture urbaine ». C’est à la fois ce qui est créé, mais aussi consommé par cette communauté.

La notion de communauté est importante car ce qui est beurcore est plus de l’ordre du collectif que de l’individuel.

Olympia © Sara Sadik

Ce sont des phénomènes : des modes vestimentaires, des styles de musique, des langages, des symboles qui relient plusieurs personnes en même temps. Par exemple, j’ai beaucoup travaillé sur le maillot de football thaïlandais, qui est un symbole beurcore pour moi. Il évoque un rêve d’évasion, l’exode massif des jeunes « de banlieue » pour la Thaïlande, l’irruption des maillots fluo 90-minutes floqués du logo de l’équipe nationale qu’on voyait dans toute la France jusqu’à finir dans les salles de cinéma avec le film Pattaya de Franck Gastambide.

Pendant mes études et mes recherches, j’ai galéré à m’identifier à des artistes, des courants artistiques, à trouver des textes, des écrits sur les questions qui m’intéressaient. Il y avait toujours un truc qui collait pas, notamment au niveau générationnel. En ayant inventé ce terme et en l’utilisant pour définir mon travail et mes recherches, j’espère qu’il permettra à des étudiants en art, en mode, en archi, en design, en écriture, peu importe le domaine, qui se sentent proches de cette notion, de ce « mouvement », de se l’approprier pour référencer plus facilement leur travail.

Le beurcore, c’est la culture de la jeune diaspora maghrébine en France, dans sa forme la plus emblématique.

Mektoub © Jules Baudrillart

La culture de la diaspora maghrébine attire de plus en plus la mode, l’art, la musique… Crains-tu l’appropriation culturelle ? Saurais-tu dire où se situe la frontière entre appropriation commerciale et simple métissage, syncrétisme ?

Le plus important pour moi c’est la légitimité : j’ai besoin de savoir qui/pourquoi/comment. Si tu n’as rien à voir avec cette culture et qu’en plus tu n’as pas travaillé avec une personne concernée, remballe, vire à droite et laisse ta place. Et la question de la place est primordiale. Il faut capter que dans la mode et l’art, par exemple, la visibilité n’est pas partagée de manière équitable. Ce qui veut dire que si les personnes placées en meilleure position continuent (parce que ça existe déjà) d’utiliser des codes et des symboles d’une culture et de « raconter » des histoires qui ne les concernent ni de près ni de loin, les personnes concernées, elles, resteront dans l’ombre car on aura déjà vu/entendu/lu ce qu’elles veulent nous dire. Sans oublier qu’on préfère écouter une histoire racontée par un blanc et « white-audience acceptable » de toute façon. Laissons, enfin, chacun raconter mais surtout écrire sa propre histoire. Moi-même je fais attention aux symboles que j’utilise, et quand je vois une babtou utiliser des objets à forte symbolique juste parce que c’est « esthétique » et qu’elle ne raconte rien derrière… Ttfou 3lik ! (je te crache dessus en arabe, ndlr)

Si tu n’as rien à voir avec cette culture et qu’en plus tu n’as pas travaillé avec une personne concernée, remballe, vire à droite et laisse ta place.

Sara Sadik © Sangoku

Des Nike Requin, du rap de babtou, un jargon bobo qui est de plus en plus inspiré de celui des banlieues, du Sud en général, des petits bourgeois qui « parlent comme des wesh » : de plus en plus de personnes clairement favorisées, blanches, à Paris mais je suppose ailleurs aussi, sans s’en rendre compte, se mettent à imiter et à vouloir épouser une certaine culture du « tierquar » et de l’arabe-français finalement… Est-ce une chance de dialogue renoué entre plusieurs identités nationales hybrides, ou alors une simple mode qui continue au fond de ghettoïser sans comprendre ?

Je suis pas d’accord avec le « sans s’en rendre compte ». Qu’on le sache de base ou qu’on le capte sur le moment ou après, on sait ce que l’on dit, fait ou porte, et d’où ça vient. Quand on parle de la « mode banlieue », inévitablement on parle de classe et de race, et donc du fantasme d’un blanc de classe sup, moyenne-sup ou bourge, d’être grosso modo un « pauvre » de couleur. Parce qu’il trouve ça stylé, cool et « excitant » par opposition à ce que représente sa blanchité. Ils en viennent presque à se rêver une vie de misère entouré de cafards quand ils écoutent PNL. Ils sont matrixés.

« Tu veux ma vie, tu l’auras, mes soucis ; tiens, prends-la, j’te la donne. » Il faut bien réaliser le privilège que c’est pour un petit bourgeois blanc d’aller prendre seulement ce qui l’intéresse dans les codes culturels d’un groupe social inférieur, sans tout ce que ça représente derrière. Aussi, qui dit dialogue dit échange, donnant-donnant. Le truc, c’est qu’entre des mélanges qui naissent suite à des années de vie en communauté en mixité « ethnique » (je parle par exemple des « novlangues de quartier » : mélanges de français, maghrébin, gitan, wolof, créole, etc.), et l’utilisation, par un blanc bourge en l’occurrence, de codes appartenant à un rebeu de classe populaire parce qu’il kiffe ou pour être cool, y’a une grosse différence.

Parce que soyons sincères : un babtou qui te sort des « wesh », « hess », « khey », ça choque personne (à part ses parents mdr). Alors que dès que je commence à utiliser deux trois mots pseudo-intellectuels, on me sort « Tu parles bien pour une arabe de cité. » Là où ça me pose problème, c’est que :

1) On se croirait au marché. Ça prend du rap mais plus du Roméo Elvis svp. Les TN, OK, mais avec mon ensemble Supreme payé par maman et puis un kebab avec sauce mayonnaise et sans oignons « chef ». Mdr.

2) La majorité des termes arabes qui sont réutilisés sont des expressions religieuses. Quand j’entends un petit blanc athée invoquer Allah, les nerfs sont tendus.

3) Une babtou du XVIe qui va rentrer de vacances avec du henna, ça va être « trop joli » (voir ce tumblr) parce qu’elle n’aura « d’arabité » (ce n’est pas 100% arabe, d’où les guillemets) que cet élément. Alors qu’une meuf d’origine maghrébine avec le même henna, ça va être « deg » parce qu’elle présente trop d’éléments arabes – le henna mais aussi sa couleur de peau, la nature de ses cheveux, etc. – donc pas « classe », « propre », « joli ».

Maintenant c’est normal que le vocabulaire, les codes, les modes transitent entre différents groupes sociaux. C’est inévitable. Mais si c’est unilatéral, c’est du vol. Donc les babtous du XVIe qui pètent le dernier ensemble Yeezy en chantant « La misère est si belle, khey » : TOZ.

DO DISTURB 2019 – Palais de Tokyo

Comment fais-tu intervenir ton héritage dans ta création ?

Dans le livre The Good Immigrant (paru en 2016 sous la direction de Nikesh Shukla, ndlr), il y a un chapitre « On Going Home » écrit par Kieran Yates. Quand je suis tombée dessus, j’avais l’impression de me lire. J’ai capté à quel point on retrouvait des « schémas diasporiques » et des identités-types de seconde génération de l’immigration. Elle parle justement de son identité pendjabie et de comment sa culture s’est modifiée en Angleterre, avec par exemple le maillot de l’équipe de foot d’Hoshiarpur qui devient une pièce de mode streetwear à Londres, ou le fait de porter un sari en rave. Elle explique aussi qu’être une British Asian en 2016, c’est être en mode « mdr » quand t’essaies de retrouver des parties de ton identité (identité dont t’es censé-e avoir honte), et je pense que c’est ce qui donne des mixes improbables.

Ma « beurness » est à l’image de ce schéma diasporique. Une culture marocaine et algérienne qui a subi de nombreuses pertes et altérations. Des lissages, des modifications pour s’intégrer ou pour pas faire trop « blédard-e ». Mais aussi des alliances au contact de la culture populaire et de masse française. Et ça donne une identité hybride qui fait que tu « francises » des prononciations, tu portes une djellaba avec des Air Max et tu danses chaâbi sur du Jul. Je retranspose ma « beurness » exactement de cette manière dans mon processus de création. À ces hybridations viennent s’ajouter des nouveaux codes que j’ai acquis grâce à l’accès que j’ai pu avoir à des bails plus élitistes. Et ça donne des trucs absurdes, genre un ballet de meufs en caftan sur hoverboard.

Ma « beurness » est à l’image de ce schéma diasporique. Une culture marocaine et algérienne qui a subi de nombreuses pertes et altérations. Des lissages, des modifications pour s’intégrer ou pour pas faire trop « blédard-e ».

ShourBeauty © Sara Sadik

Dans tes travaux, tu adoptes différents alter ego. Peux-tu nous les présenter ? Pourquoi ce jeu autour de l’identité ?

Lazuli, c’est la citoyenne-type de la société QLF. Lyca, Mobalpa, Streps, Rakuten et Pamp sont des Hookheys, des descendants des mecs qui fument la chicha H24. Tchikita, c’est la leadeuse de l’armée « Les Enfants de Saint-Jean ». Après il y en a qui ne sont pas nommées : la maire d’HFC City qui veut révolutionner les dispositifs de loisirs urbains en cité ; la chercheuse du laboratoire HessLab, qui a crée le Pop Gazouz, un soda à effet auto-tune… À chaque projet, je crée une nouvelle identité, un nouveau personnage.

Ça fait partie intégrante du mon processus d’écriture, et je veux que chaque personnage incarne le projet qui lui appartient. Je pense aussi qu’inconsciemment c’est symptomatique des identités multiples que tu te crées pour t’adapter à un contexte. Tu n’es jamais la même personne quand t’es avec toi-même, avec ta famille, avec tes collègues ou tes amis. Quand j’étais dans mon lycée de babtous blindés, la différence entre mes différentes identités était vraiment ouf. Il y a un épisode du podcast L’Atay qui parle assez bien de ça, qui s’appelle « Une double vie ». Je dis pas que j’essaie de représenter ça, mais je pense que c’est lié et que c’est peut-être ce qui m’a amenée à vouloir incarner différents personnages au début.

Quand on parle de la « mode banlieue », inévitablement on parle de classe et de race, et donc du fantasme d’un blanc de classe sup, moyenne-sup ou bourge, d’être grosso modo un « pauvre » de couleur. Parce qu’il trouve ça stylé, cool et « excitant » par opposition à ce que représente sa blanchité.

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Quelle est ton idée du futur ? Ton art est traversé par une certaine vision futuriste, en tout cas tu mets en scène un temps suspendu qui ne semble pas être le présent. Est-ce un besoin, une envie de fuir la réalité ?

Plus que d’imaginer un futur, j’essaie plutôt de mettre en place une forme de documentaire, proche du docufiction, qui mélange réalité et fiction, nostalgie et futurisme, sujets sérieux et humour, termes pseudo-scientifiques et néoparler populaire… J’ai une base de faits réels et j’utilise une narration « futuriste » qui me permet de changer de cadre spatio-temporel et de faire exister des phénomènes sociaux actuels autrement. J’utilise plusieurs concepts venant de la science-fiction comme l’anticipation, les mondes parallèles, le clonage, etc… Mais mon travail est très ancré dans la réalité et mes projets sont une extrapolation de phénomènes qui existent bel et bien dans le présent.

Beaucoup de mes projets portent notamment sur des groupes de maghrébins qui vivent entre eux, et on peut y voir un fantasme communautaire. Mais si tu réfléchis deux secondes tu comprends que c’est juste une réalité. L’éloignement et le maintien de la distance physique et mentale entre les blancs et les maghrébins en France, je l’ai pas inventé. J’essaie juste de trouver d’autres esthétiques, d’autres narrations, d’autres techniques et aussi d’autres tons que ceux qu’on a l’habitude de voir lorsqu’on touche à ces sujets.

Il faut bien réaliser le privilège que c’est pour un petit bourgeois blanc d’aller prendre seulement ce qui l’intéresse dans les codes culturels d’un groupe social inférieur, sans tout ce que ça représente derrière.

Mektoub © Sara Sadik

Quelques mots sur ta vidéo HALALOSLM ?

C’est un projet qui regroupe certaines de mes recherches sur l’Islam chez la nouvelle génération, sa place dans les nouvelles technologies et la maghrébisation/islamisation de l’univers et des personnages de mangas, notamment Dragon Ball par l’artiste Samir 34 aka Tyson Mike. HALALOSLM, c’est un spot promotionnel pour l’Halalator : un détecteur de « halalitude ». Il y a déjà des applications qui permettent d’analyser des produits pour savoir s’ils sont halal ou pas, et l’Halalator est une version high-tech de ça.

C’est une lentille connectée qui fonctionne grâce à la réalité augmentée. Comme les Google Glass, mais en plus stylé. Au-delà des produits déjà certifiés halal, ici ce sont des produits qui questionnent la morale qui sont analysés. Avec en produit phare : les chips goût bacon. Quand tu tapes ça sur Google, tu tombes direct sur des forums où on discute de sa « pureté ». Même s’il ne présente aucune trace de porc, d’alcool ou d’additifs haram, est-ce que se taper des chips goût bacon avec une bière sans alcool c’est moralement clean ? En Islam, tout ce qui est douteux est haram. Mais on joue quand même entre ce qui est bien et mal, si c’est entre toi et toi-même ou entre toi et Dieu. D’où les codes du jeu vidéo que j’ai utilisés à fond.

J’imagine que le jeu vidéo, la culture post-internet occupent une place importante dans ton travail. Quelles possibilités d’expression trouves-tu là-dedans ?

À l’époque j’étais sapée comme une shlag mais je squattais Micromania tous les samedis et je ressortais avec les consoles PS, Xbox, Nintento DS, PSP et les jeux qui allaient avec. Je suis pas experte ou quoi mais j’ai été tellement entourée par cet univers que même si c’est plus le cas maintenant, y’a des esthétiques visuelles et sonores qui restent en tête et qui ressortent quand je produis. En termes d’imagerie, dans le projet HALALOSLM c’est recherché et donc flagrant, mais le plus souvent c’est inconscient et ça se ressent surtout dans mes compositions d’images je pense.

Sinon c’est plus conscient au niveau sonore. Je fais le sound-design de mes vidéos, du coup je compose notamment les ambiances sonores. Là où avant je fonctionnais plus comme pour un clip vidéo, c’est-à-dire avec l’image qui vient s’adapter au son, maintenant je crée vraiment des ambiances en fonction ou en même temps que les images que je produis. Et ça, ça vient clairement du jeu vidéo, c’est certain. Les différents éléments sonores, les voix, le fond, les fx, la manière dont ça enrichit une image, ça lui donne vie et ça la rend beaucoup plus complexe.

En ce qui concerne la culture post-internet, au-delà de l’esthétique, c’est plus l’idée de déplacement du virtuel au réel qui m’intéresse. Une partie de mon processus, c’est de la transposition de contenu virtuel dans un autre cadre. Pour l’écriture de mes projets, je récupère beaucoup de textes tirés de conversations que je trouve sur Facebook, Wattpad et Yabiladi par exemple. J’ai aussi pas mal travaillé sur la matérialisation de memes et autres images qui circulaient dans la communauté diasporique maghrébine française sur Internet. Ça me permet de documenter, d’archiver et de figer dans le temps des mots, des visuels, des idées qui sont hyper furtifs et éphémères. Y’a plein de fois où j’ai diggé mille ans juste pour retrouver un commentaire.

Quelques mots sur Jul ?

Un ovni génie incompris en Kalenji. Que j’ai d’ailleurs mis beaucoup trop de temps avant de comprendre. Jul c’est le meilleur artiste de ces dernières années. Il a un univers qu’on retrouve autant dans ses textes, ses visuels, la manière dont il gère ses réseaux, ses clips. Il est dans un délire sci-fi et en même temps hyper ancré dans la réalité et authentique. Il charbonne de fou, il est toujours là pour ses fans, ça se voit que c’est un bon gars et en plus il est talentueux. Le seul truc qui va pas, c’est sa marque D&P. À part la peluche qui pour moi est collector, les fringues sont pétées et n’ont rien à voir avec son univers. Ma3lich, JUL PRÉSIDENT. <3

Qu’est-ce qu’il se passe à Marseille en ce moment ? On a l’impression que ça explose, qu’il y a une effervescence artistique incroyable, je pense même que Paris est en retard par rapport à Marseille sur bien des points… Qu’en penses-tu ?

J’ai pas assez vécu à Paris pour savoir vraiment, mais si décalage il y a, je pense que c’est plus dans la manière dont les choses sont faites. J’ai pas voulu m’installer sur Paris parce qu’il y a un truc de « monter pour percer » qui me dég et qui, à mon avis, se ressent sur ce que produisent des étudiants ou artistes fraîchement diplômés. J’ai l’impression qu’il y a des formes, des events, des expos qui se ressemblent, très lissés et commerciaux. Là où ici c’est plus informel tout en étant bien fait, et on se permet une plus grande liberté que ce soit dans la programmation des nouveaux espaces que dans la pratique des artistes installés ici… Je pense qu’il y a quelque chose de plus sincère. Après en vrai j’en sais rien mdr, j’suis pas experte en la matière, mais personnellement je ressens moins la pression en étant ici.

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