Isma x Manifesto XXI, 'On dope', extrait de Health

Isma, beatmaker et producteur parisien, sortait un deuxième EP solo en mai dernier, Health, sur le label Cascade Records. Sept titres qui laissent pantois tant ils détonnent dans les horizons français du genre. Downtempo aux sonorités électroniques, ambient aux ténues influences orientales, le tout dans une fibre cloud rap, délire trip hop. Isma décide pour le projet de collaborer avec différents artistes (Triplego, Kahena, BxRod, Juxe, Attila Mora) qui gratifient leur titre d’une patte bien distincte. On en a parlé avec lui.

Extrait de son nouvel EP Health, le titre « On Dope » d’Isma s’est vu il y a quelques jours assorti d’un clip. L’artiste franco-irakien laisse sa place à la voix de Bxrod, artiste plutôt dans la veine RnB et soul, basée à Los Angeles. Dirigée par Jon Psycho, la vidéo sublime la femme qui s’enflamme. Do you feel me in your bones? chante Bxrod, d’une voix étonnamment aussi aiguisée que planante. Suffocant de sensualité, on prend un coup de chaud malgré les accords et les kicks menaçants. On ne sait pas si on doit être excité ou inquiété, ou l’un parce que l’autre.

Intemporellement surnommé Isma, il est d’abord DJ avant de se tourner vers la composition instrumentale. Passionné de rap, il collectionne les disques pendant une décennie, comme ceux de soul et de jazz. En 2014, Berlin lui révèle la house et la techno : c’est comme ça qu’il s’accroche aux wagons de la musique électronique. Il rejoint le label Jihelcee Records et fonde Nakatomi Plaza avec son compère Juxe, directement inspirés des standards de la house music, infléchis par leurs influences courant du jazz à la funk et du rap à la trap. Isma sort son premier EP solo, Landscape, chez Jihelcee Records (2015).

« Avant, je n’avais pas digéré toutes les influences que je voulais mettre dans ma musique, ça pouvait ressembler à beaucoup de choses. J’apprends toujours, mais avec ce nouveau disque Health, je fais une musique plus intime. Je veux que ça me ressemble dans les couleurs, dans les sons, dans les instrus et dans l’ambiance générale. Et je crois qu’avec cet EP, j’ai passé un cap. »

Health

Le dernier EP d’Isma sortait donc en mai dernier sur Cascade Records. La musique du producteur est sombrement lente, sincèrement mélancolique, mais paisible. « Je l’ai composé en quelques mois. J’avais un proche malade à l’époque, d’où le titre ‘Health‘ », explique Isma. La recette : une vibe trip hop inspirée de Massive Attack, un côté planant dans les accords électroniques, et une résonance irakienne dans les instrumentaux orientalisants, en écho à ses origines paternelles.

Dans l’usage des percussions, dans la structure des beats, dans les sons du oud, du kanoun ou des violons, Isma trouvent des sonorités qui lui parlent intimement. Il nous a expliqué la difficulté en termes de composition de ne pas trop en faire, de ne pas trop charger ses compositions et risquer de tomber dans le pathos.

« Ce n’est pas parce que j’ai des influences de vieilles musiques de films orientaux que ces sons servent une revendication identitaire marketing. J’en ai beaucoup écouté dans mon enfance et ça m’a paru évident d’en mettre dans l’EP. Je ne le mettais pas autant en avant dans mes projets précédents, c’était par petites touches, justement pour ne pas faire une musique trop marquée par ce côté. »

Feat.

Sur sept morceaux, seuls deux sont instrumentaux. Isma ne chante pas, mais voulait soutenir le projet par des voix. Il a cherché des voix qui correspondaient aux morceaux, des timbres qui ont su, subséquemment, mettre en avant l’atmosphère de chaque morceau. « J’ai commencé l’EP fin 2017, les compos sont sorties d’un coup. Le plus long aura été de trouver les collabs, et ensuite le travail d’enregistrement« , raconte-t-il.

Isma, Health, © Emile Sacré
« La couleur turquoise reflète bien l’EP« , constate Isma sur la pochette de son EP Health, signée Émile Sacré.

Un deuxième extrait de l’album est clippé : le titre « Mektoub » avec la chanteuse Kahena. Isma raconte : « On avait déjà fait un morceau ensemble. Elle est suisse, elle est venue enregistrer pendant trois jours, et on a produit deux morceaux ensemble. Un sur la compil’ de Cascade, et Mektoub« . Le clip rend hommage aux deux cultures de la chanteuse, d’origine berbère. Elle chante en Darija, dialecte marocain, et aborde le déracinement, l’errance, et la non-appartenance. Sur fond de paysage suisse ébaubissant, elle fusionne les cultures, comme Isma, et les styles, entre street look et accessoires rendant hommage à la guerrière berbère dont elle porte le nom, Kahena.

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« Mes influences, que ce soit dans le rap, le RnB ou ailleurs, sont des gens qu’on reconnait à la première écoute, comme James Blake ou Tirzah par exemple. Je cherchais pour mon EP des timbres particuliers, des voix qui dénotaient un peu, différentes de ce qu’on entend d’habitude. »

Avec TripleGo, anciennement sur le même label qu’Isma, ce n’est pas leur première collaboration. Naissent de leur connexion « Bou7di » et « Feen Kenou », deux morceaux plutôt cloud rap. Juxe, l’ancien comparse d’Isma dans son groupe, a mixé l’EP. Dans « Seat Belt », il n’apporte pas sa voix mais sa touche instrumentale, via la guitare et ses influences punk rock. Outre Kahena et Bxrod, Isma a aussi collaboré avec l’australien Attila Mora sur le titre « Blame my love ».

« Pour Kahena ou TripleGo par exemple, je prenais part à l’enregistrement, aux directives, j’ai assisté au mixage et au mastering. Il m’envoyaient leurs textes, on retravaillait certaines parties de la compo. Par exemple pour Bxrod qui est à Los Angeles, j’aimais beaucoup sa voix, je lui ai envoyé ma prod, elle a enregistré sa voix le lendemain, c’était parfait, c’était fluide. »

Isma signe un EP qu’on ne s’est pas encore lassé.es d’écouter, un vent frais venu d’ici et d’ailleurs très apprécié pour l’été…

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