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Petit Prince : une ode à la simplicité des plus sophistiquées

Petit Prince : une ode à la simplicité des plus sophistiquées

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Initialement prévue en avril mais repoussée pour d’évidentes raisons, la sortie du premier album de Petit Prince a finalement eu lieu le vendredi 4 septembre dernier. Intitulé Les plus beaux matins, ce recueil de 11 morceaux aux instrumentations particulièrement soignées marque un vrai tournant pour l’artiste qui s’autorise désormais à chanter de manière beaucoup plus assumée que par le passé.

Voilà maintenant près de 5 ans que Petit Prince nous invite à explorer son univers qui se distingue depuis le début par sa douceur et sa légèreté. D’abord électronique et quasi-sans parole – on se rappelle de l’EP « Deux mille dix » sorti en 2015 – le projet de l’artiste d’origine strasbourgeoise a progressivement muté au fil des années et des sorties. Fort de nombreuses expériences vécues en studio avec ses camarades du label Pain Surprises dont il est l’un des fondateurs, il présentait en 2019 « Je vous embrasse », un deuxième EP davantage tourné vers la pop psychédélique. Les instrumentations y étaient considérablement plus riches, et surtout la voix de l’artiste y était davantage mise en avant.

Avec Les plus beaux matins, l’album qui nous intéresse aujourd’hui, Petit Prince semble avoir eu pour ambition de transformer l’essai et d’aller encore plus loin concernant l’utilisation de sa propre voix. Là où cette dernière était davantage traitée comme un instrument parmi d’autres dans l’EP susmentionné, elle occupe désormais un vrai rôle de premier plan.

Lumineuse et maîtrisée, la voix de Petit Prince profite de son nouveau statut de héros pour se mettre au service de textes tendres et espiègles qui racontent les petits instants de bonheur du quotidien. Inutile de chercher ici quelque revendication ou coup de gueule : dans Les plus beaux matins, il est avant tout question d’amour et de douceur. Sont notamment évoqués la maman de l’artiste, ses amis ou encore Joséphine, sa chienne sharpeï qui l’accompagne partout (le morceau « Chien chinois » lui est dédié).

« Tendresse sur canapé », l’un des morceaux les plus réussis, se penche quant à lui sur les plaisirs simples de la vie en couple (on notera au passage que ce morceau a été clippé d’une manière des plus inattendues par le duo de réalisateurs Zite et Léo, on ne vous en dit pas plus si ce n’est que ça vaut le détour). Autre morceau explorant le thème des sentiments amoureux mais d’une manière bien différente, « Club Med 2002 ou 2003 » raconte un souvenir (ou plutôt devrait-on dire qu’il le fictionnalise si on se réfère à la dernière partie) dans lequel l’enfant qu’était Petit Prince n’a pas su vaincre sa timidité.

En 2017, l’artiste confiait dans une interview pour Soundigger qu’il passait sa vie à tomber amoureux. En parcourant Les plus beaux matins, on se dit que cette déclaration n’avait probablement rien d’une hyperbole.

Seule véritable ombre au tableau d’un point de vue thématique (si on exclut le quelque peu ambiguë « Endors-toi » qui ouvre l’album), le morceau « JSP » se penche sur les moments d’errance et de doutes de l’artiste. Comprenant plusieurs gimmicks particulièrement accrocheurs, ce morceau avait été playlisté par Radio Nova et France Inter cet été.

Ce qui nous amène directement au point suivant : la qualité des instrumentations. Comme nous l’évoquions dans le titre, il y a dans cet album une opposition entre d’une part les thèmes abordés qui prônent la simplicité, et d’autre part lesdites instrumentations qui sont souvent aussi riches en détails qu’imprévisibles. Car même si certains morceaux de l’album respectent une structure classique de type « couplet, refrain, couplet, refrain », le nombre de micro-variations et autres ruptures soudaines est tel que rien ne se passe jamais tout à fait comme prévu.

Au rang des ponts avec d’autres artistes, plusieurs noms viennent en tête à l’écoute de cet album. On pense en premier lieu à l’Australien Tame Impala qui est également connu pour mêler synthétiseurs, voix et touches psychédéliques, mais aussi à Ratatat (le traitement très « électro » de la guitare notamment dans le diptyque « Pas tout à fait presque »/« Les amis de mes amis »), à M83 (l’effet de réverbération appliqué à la voix dans « Maman 67 »), et même au regretté Christophe à qui Petit Prince semble rendre hommage dans le dernier morceau de l’album.

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En résumé, Les plus beaux matins est un premier album très réussi. Frais, fourmillant de bonnes idées et très bien produit, il nous invite à nous extraire un court instant de nos tracas du quotidien pour célébrer l’amour que l’on donne et l’amour que l’on reçoit. Une proposition en apparence naïve, mais salutaire. Après tout, un certain Cicéron disait déjà il y a près de 2000 ans que « la gratitude n’est pas seulement la plus grande des vertus, c’est aussi la mère de toutes les autres ».

Petit Prince présentera « Les plus beaux matins » le 21 octobre prochain sur la scène du Point Ephémère à Paris, et le 31 octobre au festival Les Primeurs de Massy.

À la une : © Florine Hill

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