P.R2B. La nouvelle recrue de La Souterraine présente « Océan Forever »

© Lola Quivoron

Il est toujours enthousiasmant de tomber sur le travail d’un.e artiste en se baladant au hasard sur internet. C’est le cas de Pauline Rambeau de Baralon, alias P.r2b, que nous avons découvert à travers son Soundcloud et le visionnage de son premier court-métrage Bird’s Lament. Son titre « Océan Forever » est paru le 8 décembre dernier sur la compilation OUF de la Souterraine.

Manifesto XXI : Quel est ton parcours avant tes études à la Fémis ?

Mon père était musicien donc dès mon enfance j’ai évolué dans un univers musical mais j’étais aussi une grande passionnée de cinéma et de la pellicule. J’ai fait un Bac cinéma mais depuis longtemps je composais des petites chansons dans ma chambre avec ma guitare.

Quand je suis arrivé à Paris, les trois formes artistiques – la musique, le cinéma et le théâtre – m’intéressaient. J’ai suivi une double licence de cinéma et théâtre à Paris III et le soir je faisais les cours Florent, en atelier jeunesse. J’ai rencontré un ami au cours Florent avec qui on avait un groupe de rock-garage. À Florent, j’ai fait la classe préparatoire au concours mais ça a été une catastrophe, j’avais l’impression d’obéir à une sorte de diktat, c’était l’usine. Ça m’a fait me poser plein de questions. Les inspirations mélangées et le désir de cinéma étaient là. Quand j’ai loupé le concours d’entrée de Florent, la Fémis m’est revenue en tête. Pendant ces quatre années d’études, j’ai réussi à mélanger tout ce que j’aimais. Des copains m’ont proposé de faire de la musique pour des films, des court-métrages, un long-métrage documentaire aussi bientôt distribué en salle, un peu pour des publicités. Et puis cet automne, les gens de la Souterraine m’ont contacté pour qu’on travaille ensemble. On prépare une mixtape en cassette pour ce printemps.

Tu mélanges justement beaucoup de choses dans ta musique : des sons électroniques, la clarinette, d’autres fois des choses plus brutales. Comment qualifierais-tu ta musique ?

Je pense que dans la création, la musique est le terrain où j’ai le plus de liberté, où j’ai le moins de limites. J’aime le rapport de création immédiate, alors que faire un film prend du temps.

On peut dire qu’il y a deux grands pôles dans ma musique, un rapport assez électronique mélangé à des choses presque baroques, des choses très textuelles et puis de l’autre un rapport performatif, des petits zinzins mélodiques…

J’aime aussi garder un lien avec le cinema dans la composition, comme une musique qui se regarde aussi, les yeux fermés. Mon mouvement préféré au cinéma, c’est le travelling. J’aimerais bien que ma musique soit comme un long travelling, que tu partes d’un endroit pour t’emmener ailleurs, ouvrir d’autres portes.

Quel est le processus de composition de tes musiques ?

Je travaille dans mon petit appartement où j’ai tous mes instruments sur lesquels je bidouille. J’ai une guitare, une basse, une clarinette et des boîtes à rythmes. La plupart du temps, je pars d’une mélodie. Je joue et j’enregistre tout, puis je travaille sur les différentes couches et les contrepoints.

Pour P.r2b, je bosse l’électronique, vraiment lo-fi, avec pas mal de synthés new age ou gabber – ces ambiances me plaisent beaucoup. J’écris tous les jours, des bouts de textes, des mélodies, à mettre en musique, un peu comme des flashs.

Les moyens technologiques font aussi que maintenant tout peut être fait parfaitement, sauf que l’idée c’est de défaire le parfait.

Ma rencontre depuis le début de l’année avec la Souterraine a changé beaucoup de choses pour moi. Je suis tellement fière de faire partie de leur cause. Ce sont des curateurs d’une finesse incroyable. C’est émouvant de commencer une histoire avec des gens qui ne sont pas des marchands de la musique mais qui sont des vrais pèlerins.

Le 17 Janvier prochain, au 824 heures, tu vas faire ton deuxième live, quel est ton rapport au live ?

J’aime le rapport à la scène car là-bas, il n’y a pas de trahison. Tu peux enregistrer ce que tu veux dans ton petit studio, sur scène ça passe ou ça casse. Et c’est le moment où je peux laisser quelque chose de plus scandé, de plus rageux, que ce n’est plus juste une musique d’appartement.

Tu as tourné deux films courts à la Fémis, qui ont beaucoup de résonances entre eux notamment dans la figure de l’homme âgé comme guide spirituel. Quels sont les thèmes qui t’inspirent ?

Quand j’étais au lycée, j’étais extrêmement fan de poésie. Très vite, en faisant du théâtre, je me suis confronté à Antonin Artaud puis au cinéma de Maurice Pialat qui parlait de Van Gogh. Je me suis rendu compte qu’il y avait une figure du fou, mais du fou éclairé, de l’incompris qui cherche absolument quelque chose avec les gens qui ne veulent pas de lui.

Dans mes films, il y a toujours un peu de cela, un personnage qui veut absolument être au monde mais ça ne marche pas du tout. Dans mon premier film Bird’s Lament, l’héroïne est amoureuse de Moondog, de sa musique, mais ce n’est plus du tout d’époque.

J’aime la figure du héros looser.

Le mystique m’intéresse. J’aime que les quêtes soient sublimes mais que mes personnages fassent des choses absurdes physiquement. Je travaille souvent sur la jeunesse et la vieillesse parce que ce sont des endroits de basculement où tu n’obéis à aucun code social.

C’est ce genre de films qui m’intéresse, même avec des quêtes parfois assez vaines, mais qui sont très belles. Par exemple, dans Deep End de Jerzy Skolimovski, l’histoire du jeune homme qui va travailler dans les bains est très simple mais c’est son premier rapport au corps, à l’amour avec une temporalité quotidienne, cyclique, très ternaire. J’aime ces films qui prennent le temps et qui ne sont jamais vraiment naturalistes.

Pourquoi avoir choisi Moondog comme personnage de ton premier film ?

La première musique de Moondog que j’ai découverte, c’est « Bird’s Lament », également titre de mon premier film. Je trouvais les saxophones absolument dingues. Ensuite ce qui m’a fait halluciner, c’est de coller un rapport de contrepoint avec du jazz. Je n’avais jamais entendu ce genre de musique.

Je faisais une fixette sur sa musique quand j’ai tourné mon film. Quand je l’ai projeté pour la première fois, je me demandais si cela allait toucher quelqu’un alors que je l’avais fait avec toute la sincérité possible. Quand les spectateurs sont venus me voir à la fin, il y avait de la sympathie pour le personnage. Certains me disaient : « Ne vous inquiétez pas, on va écouter Moondog ».

Le Moondog de la fin du film est Jean-Jacques Lemaître qui fait la musique d’Ariane Mnouchkine. J’avais pris contact avec Amaury Cornut, un jeune homme qui a écrit le seul livre français sur Moondog. Il m’a dit qu’il jouait avec Jean-Jacques Lemaître des choses de Moondog. On s’est retrouvé à la bibliothèque François Mitterrand avec Jean-Jacques pour tourner cette scène. Il m’a expliqué être parti à New York chercher Moondog pour le faire jouer en France. C’était dingue, j’étais devant l’homme qui ressemblait le plus à Moondog et qui était celui qui était allé le voir pour venir jouer en France.

Les quartiers pavillonnaires de ton film Pour Voler auraient pu faire effet de mode comme dans la lignée des films de Jonathan Vinel et Caroline Poggi ; et pourtant on sent dans tes films que ce n’est pas référencé.

Ce que tu dis est vrai. J’aime me nourrir de pleins de choses mais ensuite j’aime me retrouver vide quand je crée ; ne pas faire en sorte que ce que j’ai vu ou écouté est en moi ; ne plus aller regarder autour mais aller au fond du sujet. Dans Pour Voler, on allait chercher dans les décors ce qui allait créer le décalage.

Ce que je trouve beau au cinéma c’est que quelque chose de très laid peut être beau mais il faut que ce soit filmé de manière un peu rugueuse sinon cela devient plaqué. Maintenant, il y a un côté un peu post Terence Malick où tout ressemble à une pub Samsung. J’aime bien quand il y a de la chaire.

Quel est ton rapport au son et à la danse dans tes films ?

Le  son, c’est le rapport à l’intime. Si tu regardes un film d’horreur sans son, tu n’as pas peur. Tout le son est la matrice et le visuel va venir poindre quelque chose. Tu peux fondre un son avec un autre son et cela créera autre chose.

Pour la danse, j’ai deux scènes dansées dans mes films, notamment de claquettes dans Pour Voler. J’aime beaucoup le rapport au corps, les corps qui se cassent la gueule, les corps qui dansent. Je suis fan de comédies musicales avec des corps un peu pourris ; All That Jazz de Bob Fosse par exemple. Ce qui m’intéresse c’est comment est-ce que le corps dit quelque chose ?

Pour Voler
© La Fémis – Pauline Rambeau

As-tu des projets de films actuellement ?

Je prépare un court-métrage avec une société de production qui sera une comédie musicale. Tout cela prend du temps mais je suis extrêmement emballée par cette idée.

Te sens-tu plutôt cinéaste ou musicienne ?

J’ai besoin de créer et ces médiums m’ont toujours aidé. Musicienne ou réalisatrice est une figure active, un peu comme dans un laboratoire. À partir du moment où je suis dans mon laboratoire, je suis contente. J’ai passé du temps à vouloir savoir comment je devais me catégoriser et finalement je n’ai pas forcément besoin. Je pense que le fait d’être l’un ou l’autre ou les deux, t’apporte une liberté de l’un à l’autre.

J’aime les films longs de deux heures trente et en musique j’aime les chansons courtes. Ce rapport immédiat de la musique me satisfait terriblement. C’est un rapport de temporalité complètement différent.

J’aimerai construire un récit avec tout cela, avec des musiques, des morceaux de vidéos, des vidéos flashs, des films. Tout ça pour essayer de continuer à croire.

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Prochain concert le 17 janvier au 824 heures (Paris)

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Ecrit par
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