House of Moda. Amour du club, amour du look, amour des femmes

Crédit : Mathias Casado Castro - La Java, Paris, février 2018

Lieu de tous les possibles, espace de liberté d’expression et émancipation des corps, la House of Moda enflamme les nuits parisiennes en prônant l’amour du club, du look et du féminin sous toutes ses formes. Avec ses line up pointus, la House of Moda est aussi une zone de découverte de talents et d’audace artistique. Ce samedi 26 mai à La Java, Reno et Crame, les deux organisateurs, nous convient pour la Bad Hair Day. Pour l’occasion, Reno à concocté une playlist qui inclut une série d’artistes ayant participé aux House of Moda. 

Bonjour Arnaud. Première question, un peu bateau, pour présenter aussi à ceux qui ne connaissent pas parmi nos lecteurs, qu’est-ce qu’est la House of Moda ?

La House of Moda est une soirée club parisienne qui est née en 2011 d’une envie de croiser l’amour du club, l’amour du look, et l’amour du look de club. On voulait prendre la mode comme un terrain de jeu, réveiller le côté diva des parisiennes et des parisiens mais avec un biais d’auto-dérision et d’auto-expérimentation.

Ça se traduit surtout depuis quelques années par un thème différent chaque mois (“bikeuse”, “OGM” et “bad hair day” sont les plus récents) et un sérieux penchant pour le travestissement. Et côté musique, on essaye de faire ça sérieusement.

Qui fait partie de ton équipe ?

Nous sommes deux : Reno et moi, Crame. Tous les deux DA de la soirée, tous les deux résidents, tous les deux promoters, etc. Notre identité visuelle est développée par Erwan Coutellier.

C’est notable parce que la société est viriliste, le clubbing est viriliste, le clubbing gay l’est aussi majoritairement.

Est-ce qu’on pourrait définir la House of Moda comme une soirée queer ? Si oui, quelle est à ton avis la spécificité des soirées queer par rapport aux autres ?

On n’a pas conçu la House of Moda comme une soirée queer, mais nous sommes deux hommes gay et ça se voit un peu (rires). C’est surtout une affaire d’histoire culturelle de référence, qui est une histoire gay : les drag queens, la culture ballroom, les clubs légendaires parisiens et new-yorkais, les pionniers de la house, les “icônes gay” de la pop culture, l’humour camp, etc.

Il y a aussi un aspect qui nous tient à coeur : on cherche à créer un espace où le féminin et l’efféminé priment, ont toute leur place, se sentent chez eux, qu’ils soient incarnés par des filles ou des garçons. C’est notable parce que la société est viriliste, le clubbing est viriliste, le clubbing gay l’est aussi majoritairement.

…penses-tu que nous ayons encore besoin de faire des soirées “hétéro” ?… Au XXIe siècle ?

Pourquoi avons-nous encore besoin de faire des soirées queer ? Est-ce un besoin ou une envie, une façon de mettre en avant un univers bien particulier ?

Les soirées queer étant si fabuleuses, et étant donné que “ces gens-là savent vraiment faire la fête”, penses-tu que nous ayons encore besoin de faire des soirées “hétéro” ?… Au XXIe siècle ?

Dans le milieu des soirées queer, on fait un distinguo des fois entre soirée lesbienne et soirée gay. Pourquoi on sépare les publics à ton avis ? Est-ce que la House of Moda est traditionnellement plus gay ou lesbienne ? C’est important pour toi de catégoriser ?

Personne ne sépare les publics et n’a de passion de la catégorisation. Les gens sortent là où ils sont à l’aise, où ils peuvent s’identifier à ce qui est proposé, où ils peuvent être qui ils veulent et où ils peuvent draguer.

Un mec hétéro sort la plupart du temps là où il y a “de quoi pêcher” et des stars masculines aux platines, mais c’est, comme partout, aux représentant-e-s des minorités qu’on va demander pourquoi ils et elles catégorisent.

Les mecs ont – avons – beaucoup de mal à comprendre que tout ne nous appartient pas.

Pour ce qui est de la distinction gay/lesbienne, elle relève de la distinction fille/garçon dans la société : dans un espace qui mélange femmes et hommes, les hommes prennent toute la place. J’imagine que si tu veux que les filles soient vraiment majoritaires et à l’aise, il faut mettre des énormes panneaux. Les mecs ont – avons – beaucoup de mal à comprendre que tout ne nous appartient pas. Il faut être un peu agressif avec nous ; on verse un peu de male tears mais après ça va.

Pour ce qui concerne la House of Moda, nous sommes sur des délires qui intéressent en premier lieu des hommes gays, mais nous sommes très heureux d’avoir des lesbiennes à nos côtés, dans le public et à l’affiche. Pour moi, une soirée réussie, c’est quand des filles peuvent se promener seins nus et que personne ne les emmerde.

Toute soirée queer est-elle engagée ? Que défend la House of Moda artistiquement et peut-être, politiquement ?

Toute soirée queer met en place des choses pendant quelques heures qui ne sont plus possibles dès qu’on se retrouve dans la rue à six heures du matin.

Pour tout ce qu’on défend, cf. plus haut 🙂

J’ai l’impression que des soirées comme la Shemale, la Flash, la Trou, la Tragedy maintenant, puis encore la Wet et d’autres organisées par des collectifs style Fils de Vénus ou Polychrome, peuvent faire de la concurrence à la House of Moda. Comment le vis-tu ? Est-ce qu’il y a une collaboration, une convergence des luttes ? Ou alors, en toute franchise, est-ce que vous vous tapez dessus des fois ?

Je suis hautement saoulé quand une soirée vient se mettre à la même date que nous (rires). Mais non, on ne se tape pas dessus, on se connaît toutes et tous plus ou moins, et on se respecte. Ce qui peut me poser problème, c’est la pauvreté artistique de certaines soirées ; j’ai souvent envie de dire “Ta nouvelle soirée, là, elle ne sert à rien, ne propose rien, arrête-la” mais je ne le fais jamais 🙂

Pourquoi avoir choisi la Java comme QG des House of Moda ? Qu’est-ce que ce lieu t’évoque ?

La Java est un lieu où tu peux très facilement, parfois de façon immédiate, te sentir “à la maison”. Et des gens vraiment très différents s’y sentent chez eux et elles, c’est assez impressionnant. Quand on ne va plus à la Java, on dit “j’y suis vraiment trop allé-e”. C’est un lieu qui suscite un attachement particulier et, selon moi, précieux.
A titre personnel, j’assimile la Java à Paris. Paris, c’est un dancing des faubourgs de 1924, un peu crade, un peu beau, un peu coquin. Berlin, Londres, OK, mais il n’y a pas la Java.

La plus folle des House of Moda que tu as organisée ? Les artistes que tu es le plus fier d’avoir programmé ?

Le plus fou est à venir. Concernant la prog DJ, j’ai récemment dit à un ami : “tu ne connais jamais les DJs qu’on programme, mais tu verras, dans deux ou trois ans, c’est elles et eux que tu iras voir aux Nuits Sonores, à Peacock, au Sonar…” Sinon, ce qui est cool, c’est quand tu vois des clubbers débarquer, un peu timides, mais tu sens qu’ils et elles ont quelque chose. A un moment, tu leur donnes leur chance ou tu exprimes ton admiration, et petit à petit ils et elles deviennent des performers de folie, des drag queens à 20.000 followers, etc. Et tu te dis que c’est un peu grâce à nous.

Il faut imaginer Fantasia de Disney mais avec des synthés et des boîtes à rythme à la place de l’orchestre symphonique.

Peux-tu nous parler du line up de cette House of Moda mai 2018 ?

Pour la House of Moda Bad Hair Day du 26 mai, on a invité le DJ berlinois Akirahawks. Il est résident des soirées Buttons et anciennement Homopatik. Il peut nous emmener très loin. Il faut imaginer Fantasia de Disney mais avec des synthés et des boîtes à rythme à la place de l’orchestre symphonique.

HOUSE OF MODA 26.05.2018
PRÉ-VENTES

Erwan Coutellier
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