Pour son album «Motomami», Rosalía transforme Insta en grande chasse aux indices

Entre les vroum-vroum de grosses cylindrées, le casque de moto noir aux oreilles kawaii et une voiture en feu, Motomami révolutionne toutes les stratégies de promotion que l’on a pu voir. Trois ans que La Rosalía, chanteuse espagnole de renom, s’amuse à lâcher des indices sur son album qui promet d’être au moins aussi riche que El mal querer sorti en 2018.

Depuis quelques mois, Rosalía ne cesse d’affoler ses fans quant à l’attente de la sortie de son nouvel album Motomami.  En plus de poster régulièrement des petits indices sur son compte Instagram personnel, la catalane a créé un compte en janvier 2021, dédié à son nouvel album @holamotomami. Elle y a déjà posté plus de 400 publications, toutes pleines de références, d’inspirations, d’esthétiques empruntées pour créer ce nouveau projet musical.

Le papillon sort de son cocon

« Una mariposa, yo me transformo » scande La Rosalía, en comparant son évolution à celle d’un papillon qui se transforme dans « Saoko ». Il s’agit d’une chanson urbaine qui mélange les codes du métal et de la trap, en faisant un clin d’œil à Wisin et à Daddy Yankee et sa chanson « Saoco » (2004).  Dans le clip, on constate que Rosalía Vila Tobella de son nom entier revendique un changement assez radical dans son œuvre. À l’image du papillon qui éclot de son cocon, Rosalía n’est plus l’artiste que l’on a découverte partout dans le monde à travers El mal querer en 2018. Inspiré d’un conte médiéval et divisé en plusieurs chapitres, cet album était à l’origine un projet de fin d’études que l’artiste a développé musicalement, avec des références culturelles et religieuses, remises au goût du jour, à la sauce flamenco.

Jusque dans le nom du nouvel album, les lettres M de Motomami ressemblent à des papillons. D’ailleurs, pourquoi ce titre ? Sur @holamotomami, on découvre plusieurs photos en lien avec la culture du deux-roues, dont une avec sa mère plus jeune, déjà fan de bolides.

Pour l’instant, seuls quelques titres sont sortis. En featuring avec The Weekend, « La Fama » est une bachata sensuelle en référence au film Une nuit en enfer (1996), avec Salma Hayek qui réalise la fameuse performance de la danse avec le serpent. L’acteur Danny Trejo, connu sous le nom de « Machete » présente le spectacle comme il le faisait aussi dans le film. Si le film a été largement critiqué pour son male gaze décomplexé – Salma Hayek y danse en petite tenue avec un serpent et hypnotise la gente masculine, assise – Rosalía reprend le même code de la femme fatale à son avantage. Le chanteur canadien est assis, irradié par la danse de l’artiste.

L’ultra-sexy des années 2000

Une ode à la féminité décomplexée, complètement assumée, dans un registre assez nostalgique puisque comme beaucoup d’artistes de sa génération, La Rosalía se saisit de cette esthétique des années 2000 en vogue. Du rose, du gloss, du sexy, des grosses lunettes… Tout ce qui peut revendiquer une féminité à toute épreuve est là dans ce style « Y2k » (prononcer «  I dos K » en espagnol). Aussi, elle n’hésite pas à reprendre l’esthétique kitsch de ces années-là, pleine de montages faciles à réaliser et perçus comme de « mauvais goût », très tendance en ce moment.

En pendant de cette hyper sexualisation volontaire, on retrouve aussi des codes du garçon manqué, du tomboy. La culture motarde est plutôt perçue comme assez virile, relative à la puissance, à la force et au goût du risque. Surtout quand il s’agit d’exécuter des figures comme celles que l’on découvre dans « Saoko », une élégie aux grosses cylindrées domptées par des femmes en tenue plus que suggestive. Petit clin d’œil à Brigitte Bardot, icône sulfureuse vêtue de cuir noir sur sa Harley Davidson en 1968 dans cette chanson éponyme. « Depuis que je suis petite, mes parents ont toujours beaucoup aimé les motos. Et le bruit des moteurs m’a toujours été familier » confie la chanteuse dans une story Instagram. Dans la dernière extension The Contract du jeu vidéo Grand Theft Auto Online, les chanteuses Rosalía et Arca permettent aux joueurs d’accéder à une nouvelle station musicale.

Longs, aiguisés et stylisés, les ongles de la chanteuse sont comme une arme pour se défendre, confie-t-elle sur son fil Instagram. « C’est un moyen de revendiquer un féminisme radical » ajoute-t-elle. Cela n’est pas sans rappeler une interview d’une autre chanteuse espagnole, Bad Gyal, dans laquelle elle confiait que pour elle, le fait d’avoir des griffes aussi longues montre qu’elle n’a plus à effectuer de tâches communément considérées comme subalternes (cuisine, nettoyage) puisque maintenant, elle est riche.

Influence nippone

Quand elle balance la liste entière des noms de ses titres sur Motomami, les fans deviennent encore plus fous et tentent de faire le lien entre ce qu’elle poste et les titres. Par exemple, ils remarquent un certain nombre de références à la culture japonaise. Plusieurs titres semblent issus de la culture nippone, comme par exemple « Hentai » ou « Chicken Teriyaki ».

Sailor Moon, One Piece ou Dragon Ball Z : La Rosalía fait aussi de nombreuses références à ses mangas et animes préférés. Elle s’inspire également de figures plus anciennes, et pas que. « Réunir un truc très traditionnel en utilisant des références à l’art, en les liant à quelque chose de plus futuriste. J’imagine qu’il y aura un drone, une moto cyberpunk, en mode animation japonaise » imagine la youtubeuse espagnole Julieta Wibel.

Racines espagnoles

Enfin, dans le trailer de l’album, l’artiste espagnole montre à vitesse grand V des indices de ce que l’on trouvera dans le projet. Du sexy, des papillons (toujours eux), le casque noir, mais aussi du rouge et des paillettes. Dans son œuvre fortement influencée par la danse et la musique flamenco, la couleur rouge est très représentée puisqu’elle symbolise à la fois le feu de la passion, mais aussi de l’expression de la souffrance. Comme sur cette publication Instagram dans laquelle la catalane dit « Moi après avoir écouté du flamenco », en rapport avec le dessin du buste d’une femme, dont le cœur est noyé.

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Ce n’est donc pas un hasard si le logo Motomami est écrit en rouge, couleur que la jeune artiste de 28 ans porte assez souvent. Un bel hommage à la culture espagnole et à son flamenco traditionnel, à qui elle doit aujourd’hui son rayonnement.

Par ailleurs, le nom de son nouvel album est aussi celui que Rosalía et sa mère Pilar Tobella, ont utilisé pour monter leur entreprise de représentation artistique. Probablement un gros coup de com’ pour la boîte de la mère et la fille pleines d’ambitions. En effet, cette stratégie de promotion d’un album en amont, en sortant plein d’indices via un compte Instagram dédié est assez inédite.

En couple avec l’artiste reggaetón Rauw Alejandro, La Rosalía a pu découvrir l’île de naissance de son compagnon portoricain, d’où les nouvelles influences musicales qu’elle intègre dans son prochain album. Par exemple, la bachata est un genre issu de la culture caraïbéenne. Dans « La Fama », l’artiste espagnole nous livre un très bel hommage à ce genre longtemps décrié et même relégué à une place très inférieure dans certaines sociétés. Par exemple, en République dominicaine, le dictateur Rafael Trujillo a même interdit ce style de musique pendant son ère.

« Motomami, c’est l’histoire la plus personnelle que j’ai raconté jusqu’à maintenant. Et finalement, dans ma tête, Motomami a du sens comme concept d’une figure féminine qui se fait d’elle-même » explique-t-elle à l’édition espagnole du magazine Rolling Stones. Comme un auto-portrait dans lequel elle sort d’un cocon pour revêtir sa propre enveloppe, et pas celle qu’on essaie de lui attribuer artistiquement. 


Motomami sortira le 18 mars 2022.

Image à la Une : Screenshot de « Saoko »

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