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8 artistes à découvrir à 100% L’EXPO

8 artistes à découvrir à 100% L’EXPO

Rendez-vous désormais incontournable de la vie culturelle parisienne au printemps, 100% L’EXPO – Sorties d’écoles réunit jusqu’au 30 avril les travaux d’une centaine d’artistes récemment diplômé·es d’une dizaine d’écoles d’art et de design en France.

Il s’agit, en rassemblant des pratiques extrêmement diverses sans aucune classification scénographique, de donner à voir un panorama de la création la plus contemporaine, d’en révéler les tendances, à la fois thématiques et plastiques. Difficile de savoir où donner de la tête dans ce vaste espace où dialoguent, plus ou moins harmonieusement, des propositions, évidemment, inégales. Si ce ne sont pas les seules qui ont retenu notre attention, nous avons sélectionné les propositions de huit artistes. Ne manquez pas d’aller déambuler dans la Grande Halle et le Parc de la Villette avant samedi pour découvrir une nouvelle génération prometteuse.

Joséphine Topolanski
Tourisme ésotérique et reliques stellaires, 2021

L’attrait de Joséphine Topolanski pour l’ésotérisme et les extraterrestres la pousse à interroger les images qui nous sont présentées aussi bien comme des preuves que comme des croyances. Sous la nef de Grande Halle de la Villette, les bannières en jacquard tissé de THE HOLY WORMHOLE sont installées en arc de cercle, à la manière du système solaire. Composées de fils réfléchissant, de laine et de coton, ces bannières ont été conçues d’après une simulation séquentielle du cosmologiste Alain Riazuelo. Cette simulation et l’œuvre qu’en a tiré Joséphine Topolanski s’intéressent à la théorie des trous de verre, l’hypothèse d’un raccourci à travers l’espace-temps. Associé aux chapes liturgiques de AND THE ALIEN CREATED GOD, l’installation finale devient TOURISME ÉSOTÉRIQUE ET RELIQUES STELLAIRES et pose la vaste question de notre présence dans l’univers. Y sommes-nous vraiment seul·es ?  À travers son travail, l’artiste matérialise les propositions de divers champs face à ce questionnement, de la religion à la science.
J.S.

Joséphine Topolanski est diplômée de l’EnsAD (Paris) en 2021.
Site et Instagram.

Léonore Camus-Govoroff
Love and Sacrifice, 2020-2021 ; Rester Nymphes ?, 2018 ; Dipsacus fullonum, 2021 ; Sans titre, 2022

Artiste récemment diplômé·e de la filière Art-Espace de l’EnsAD, et co-curateur·rice avec Cléo Farenc du collectif Alien She, Léonore Camus-Govoroff nourrit sa pratique plastique de recherches sur l’anthropologie queer, l’écoféminisme ou encore l’herboristerie. Iel crée un safe space fictionnel s’apparentant à un cloître désaffecté, celui-là même qui aurait été, dans une société médiévale fantasmée, aux mains d’un groupe de religieuses lesbiennes mercenaires. Pour donner vie à ce monde rêvé loin de l’hétéronormativité, Léonore Camus-Govoroff s’empare de symboles du Moyen Âge, et les transforme en outils de lutte contre les systèmes de domination. En attestent ses armes en grès émaillé – épée, hache à double tranchant, poignard – qui sont autant de combats menés collectivement contre le patriarcat. Avec cet espace transgressif et transformatif, Léonore Camus-Govoroff propose des alternatives émancipatrices et écrit de nouvelles histoires pour les fxmmes et personnes issu·es de minorité de genre.
L.P.

Léonore Camus-Govoroff est diplômé·e de l’EnsAD (Paris) en 2021.
Site et Instagram.

Hélène Bellenger
Sans titre (lo-fi), 2021, et Sans titre (gamme), 2021
Bellenger, 100% manifesto 21
Hélène Bellenger, Sans titre (lo-fi), 2021 et Sans titre (gamme), 2021, vue d’exposition, 100% L’EXPO, La Villette, © Nicolas Krief, 2022 et ADAGP

En deux installations, Hélène Bellenger déploie toute la contradiction du bonheur artificiel. À l’occasion d’une résidence à 3bis F, centre d’arts contemporains situé dans un hôpital psychiatrique à Aix-en-Provence, Hélène Bellenger a collecté les publicités pour psychotropes diffusées dans la presse médicale depuis les années 1970. Disposées en une frise triée par nuance de couleurs, les publicités représentent des arc-en-ciel, des personnes aux sourires éclatant, des paysages ouverts et sereins qui jurent avec les noms de molécules ou de diagnostics liés aux médicaments. À cet horizon coloré répond un énorme cube de plexiglas multicolore. À l’intérieur, on est enveloppé·e d’une senteur fruitée, celle de la molécule Watermelon Ketone, découverte accidentellement lors de recherches sur un anxiolytique. Le parfum acidulé se mêle à celui, tout aussi artificiel mais bien plus âcre, du plexiglas et du film dichroïque qui tapisse le cube.
G.M.

Hélène Bellenger est diplômée de l’ENSP (Arles) en 2016.
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Léo-Paul Barbaut
Habitat habité, 2022

Après une première exposition à la toute jeune galerie La Corvée (Paris), Léo-Paul présente son BonHome géant, sorte de structure-vitrine pour sa multitude de petits mondes bizarroïdes en céramique. Ça se joue à tous les niveaux de cette architecture frémissante. Les pantins abstraits sont en fait un entrelacs de créatures tentaculaires et des maisons organiques gesticulent sur des étagères. Quelques personnages modelés grossièrement attendent assis, ça et là. Les cabanes font des citrouilles qui ouvrent des bouches béantes. C’est l’univers post-catastrophe, gluant et aux couleurs chatoyantes de Léo-Paul Barbaut que l’on découvre avec cette installation prometteuse.
M.B.

Léo-Paul Barbaut est diplômé de l’EnsAD (Paris) en 2021.
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Flo*Souad Benaddi
Hormonobotanik, 2019-2021
Benaddi 100% manifesto 21
Flo*Souad Benaddi, HormonoBotanik, installation mixte, art-cade, Parallèle 2022 © Marine Brilloit, Parallèle

« Comment faire pousser des hormones ? Comment nous vivons, comment nous pourrions vivre ? Comment faire un cabinet trans*médicale autogéré ? Y a-t-il des zones à potentiel phytotestostéroné ? » Autant de questions qui animent Flo*Souad Benaddi, et qui se déploient dans son installation évolutive HormonoBotanik, dont nous avions déjà eu la chance de voir une version dans le cadre de l’exposition La Relève en janvier dernier à Marseille. À travers des rideaux sérigraphiés, des habits de cueillette, des céramiques ou du mobilier en bois, il s’intéresse aux liens que peuvent entretenir les plantes médicinales et les transidentités. Jusqu’alors réservée aux femmes cis, la recherche sur les plantes ayant des actions hormonales puissantes (orties, sauge, damiana…) pourrait également accompagner les transitions. Ce projet se déploie sous différentes formes dans des espaces d’exposition, mais également, bientôt, en ligne : une plateforme recensera les différentes utilisations possibles de ces plantes médicinales dans le cadre de l’accompagnement d’une transition.

Flo*Souad Benaddi est diplômé de la Villa Arson (Nice) en 2021.

Pauline d’Andigné
Fallen star, 2022 

Alors que Pauline d’Andigné nous avait habitué·es à des formes plus rondes, qu’elles soient textiles ou picturales, on découvre à la Villette, suspendue au-dessus de nos têtes, son étoile d’acier aux dimensions monumentales. L‘artiste de 25 ans diplômée des Beaux-Arts de Paris, enchaîne cette forme enfantine aux pics acérés et continue ce qu’elle a engagé : jouer avec des formes naïves pour leur faire dire des choses inquiétantes. Elle s’amuse ici encore du repoussant et pervertit le réconfortant.
M.B.

Voir Aussi
The new black vanguard manifesto 21

Pauline d’Andigné est diplômée de l’ENSBA (Paris) en 2021. 
Site et Instagram.

Capucine Gougelet
Please Don’t Touch, vidéo (2020)
gougelet, 100% manifesto 21
Capucine Gougelet, Please don’t touch, 2020, vue d’exposition, 100% L’EXPO, La Villette, © Nicolas Krief, 2022

Comme une mise en abyme cocasse et grinçante, le court métrage d’animation Please don’t touch de Capucine Gougelet met en scène un musée dans des micro-récits inspirés de véritables incidents relatés dans la presse. Trois couleurs franches — noir, blanc, rouge —, un dessin vif, pas de paroles, une rapidité d’action qui ne laisse pas de place à la rêverie : le portrait que l’artiste fait du musée est impitoyable, axé sur son rôle normatif et coercitif. Vigiles et systèmes de sécurité ont un pouvoir énorme sur les visiteur·euses qui osent outrepasser ses règles. Même le blanc du white cube devient un élément narratif, et permet, en images et en action, de masquer les attitudes dérangeantes et de lisser les espaces de institution.
G.M.

Capucine Gougelet est diplômée de l’ensAD (Paris) en 2020.
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Joel Harder
Battue en cours, 2020-2021
harder 100% manifesto 21
Joël Harder, Battue en cours, 2020-2021, vue d’exposition, 100% L’EXPO, La Villette, © Nicolas Krief, 2022

Joel Harder fait un choix qui détonne. À l’étage de la Grande Halle, on découvre une installation plongée dans l’obscurité où plane des émanations d’humus. “Oui c’est ça, avec un peu de Axe et de sueur” sourit l’artiste à propos de l’odeur. Nous sommes en réalité face à la restitution d’un lieu de drague gay à proximité de la maison d’enfance ardéchoise du créateur. L’installation présente le résultat d’un archivage assidu au cœur de ce lieu d’initiés sous la menace de l’urbanisation galopante. Après un parcours design de mode, le créateur affirme ici clairement son émancipation du vêtement. Comme pour concevoir le parfum qui imprègne la pièce, Joel Harder a tissé un réseau de collaborations avec artisans, designers, géologues, chasseurs et bien d’autres pour proposer ce projet total qui continue de se déployer et de grandir. Les artefacts y côtoient les tissus techniques imprimés. La photographie et ses pièces gaufrées de maroquinerie (vendues actuellement au Japon) s’allient harmonieusement dans ce coin sombre de la Grande Halle.
M.B.

Joel Harder est diplômé de l’EnsAD (Paris) en 2021.
Instagram.


Sélection et rédaction : Marouane Bahkti, Anne-Charlotte Michaut, Géraldine Miquelot, Léa Pagnier, Justine Sebbag.

Image à la une : Vue de 100% L’EXPO, © Nicolas Krief, 2022 et ADAGP

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