Santoré, pop nostalgique pour grands enfants – Rencontre

© Yann Morrison

Aujourd’hui, on vous présente Santoré, deux frères musiciens qui ont mis leurs talents en commun au sein d’un projet qui fusionne la fraîcheur de la pop et les subtilités de l’electronica. Dans le digne héritage de la musique cinématographique à la française, tantôt instrumentale, tantôt vocale, la musique de Mathieu et Antoine Gouny est toujours empreinte d’une sorte de nostalgie heureuse, tel un regard attendri dans le rétroviseur sur la route qui file. Prolixes, ils sortent déjà leur quatrième EP, le savoureux Rochefort, qu’on vous laisse découvrir une limonade à la main…

Manifesto XXI – Vous êtes frères, vous avez commencé la musique jeunes ensemble ? 

Antoine : Ça a été dans un sens d’abord, et ensuite dans l’autre. J’avais monté un groupe de rock de reprises au lycée avec des potes, le batteur nous avait lâchés, et comme Mathieu avait fait de la batterie plus jeune, il s’y est remis pour ça. On avait fait quelques petites dates et compos à la cool.

Ensuite, il s’est mis au clavier, a pris des cours de piano… Il a initié le projet Santoré tout seul, au départ. Il m’a demandé de faire la guitare sur un live au début, et de mixer (car je suis ingénieur du son aussi, dans la vie à côté), et puis comme tout s’est très bien passé, on a décidé de continuer comme ça.

Et quelle était l’idée esthétique à l’origine du projet ? 

Mathieu : L’idée, c’était d’évoquer une espèce de nostalgie de l’enfance, d’émerveillement perdu, de naïveté perdue… Et encore maintenant, dans presque tous nos morceaux, on retrouve ça.

C’est étonnant, ça ressemble plutôt à un concept d’album, par exemple, mais chez vous c’est vraiment le concept du projet entier, en fait ? 

Mathieu : Oui ; après, on a seulement sorti des EPs, on n’en est pas encore à l’étape de l’album, donc peut-être qu’on va encore évoluer dans cette idée d’ici là. En tout cas, c’est l’idée de base, et je pense qu’il y a moyen de créer un cheminement avec ce concept.

Au tout début, c’était très abstrait, très aérien, et je trouve que là, inconsciemment, on est arrivés avec ce nouvel EP à quelque chose de beaucoup plus précis, avec des morceaux qui évoquent des souvenirs plus définis.

© Yann Morrison

À l’origine, le projet se voulait instrumental, et la voix est venue par la suite ? 

Mathieu : Au départ, c’était vraiment instrumental, et j’aurais voulu que les morceaux se suffisent à eux-mêmes, qu’ils s’affirment comme de véritables compositions électroniques, sauf qu’on m’a beaucoup dit que ça ressemblait à des pistes instrumentales sur lesquelles il aurait manqué la voix.

J’avais composé un morceau, « (Here We Are) There We Go », où j’avais mis un peu de voix, mais assez discrète. Avec ce morceau, on a vu que ça fonctionnait bien et que ça collait bien à l’univers, donc on s’est dit qu’on allait essayer sur quelques autres morceaux.

Antoine : Mais ce n’est pas non plus systématique : là, sur le dernier EP, il y a deux morceaux qui sont instrumentaux.

Vous voulez vous laisser le choix, faire au feeling sur chaque morceau ?

Mathieu : Oui. Après, ce qui est bien, c’est que pour nous c’est un vrai défi, parce qu’à la base on n’est pas du tout chanteurs, et ça fait un challenge en plus.

Est-ce que vous pourriez citer des artistes, courants, etc., qui vous ont inspirés pour ce projet ? 

Mathieu : Il y a des influences et références inconscientes de choses qu’on a tous les deux beaucoup entendues, comme les Beatles par exemple. Après, il y a des choses que j’ai découvertes plus tard, comme la French Touch, Air, Daft Punk, Phoenix…

Antoine : Ce qui est assez intéressant, c’est qu’on a ce socle commun – les Beatles, beaucoup de comédies musicales, notamment Michel Legrand, etc. –, mais on a pris très tôt des directions d’écoute musicale très différentes. J’écoute beaucoup de jazz, alors que Mathieu écoute beaucoup plus d’électro, donc on apporte des éléments différents, mais qui se rattachent quand même à ce socle commun.

Mathieu : Donc oui, Air beaucoup, puis effectivement Michel Legrand, John Barry, François de Roubaix, Ennio Morricone, Vladimir Cosma… Ce sont des trucs qui restent, qui sont des influences importantes.

© Yann Morrison

La volonté de faire du live était-elle présente dès le début du projet, ou est-ce venu en cours de route ? 

Mathieu : Non, parce que justement j’ai été un peu pris au dépourvu : au départ, j’avais fait des trucs dans ma chambre, j’avais composé trois morceaux que j’avais mis sur SoundCloud, puis j’ai été contacté par une association gérée par l’actuel programmateur du Supersonic, pour me proposer une date. Tout seul, ça ne me paraissait pas possible, rien n’était prêt informatiquement pour un live solo, donc j’ai appelé Antoine et je lui ai demandé de m’aider un peu. La présence de sa guitare a beaucoup aidé, déjà. On a beaucoup travaillé pour cette date, pour faire quelque chose qui fonctionne.

Puis on est restés longtemps dans cette configuration à deux. Et comme il y avait de plus en plus de sons de batterie acoustique sur les derniers EP, on a cherché un batteur. Là, le dernier concert qu’on a fait, c’était avec un batteur et un bassiste.

Vous pensez continuer avec deux formules live, ou bien il y aura toujours une section rythmique dorénavant ? 

Antoine : Je pense que tant qu’on aura la possibilité de le faire, on aura au moins un batteur, possiblement un bassiste ; et après, sur des petits showcases, on pourra éventuellement jouer à deux.

Comment avez-vous envisagé et travaillé l’aspect visuel de votre projet ? 

Antoine : C’était une question qui était assez importante au début parce que le projet était instrumental, donc l’image était très importante. Sur le premier clip, « Morning Cartoons », on a bossé à trois avec un pote monteur et réal’, et comme l’idée était assez ambitieuse, ça nous a pris presque deux ans.

Après, on a eu une autre expérience avec un autre réal’ pour « Another Man ». Et là, on a enfin pu trouver, pour « That Ball », quelqu’un qui a produit un clip d’animation ; c’était une envie qu’on avait depuis longtemps.

Vous aimeriez garder la main sur cet aspect ou vous vous verriez déléguer ? 

Antoine : Dans l’idéal, si on avait du temps, oui, car on a tous les deux fait des études de cinéma, on adore ça, mais si on se lance là-dedans ça veut dire qu’on le fait à fond. Par contre, on sait qu’il faut justement bien choisir la personne, pour ne pas avoir du mal à lâcher du lest, parce qu’il faut que l’univers de la personne puisse s’exprimer, et qu’il soit en même temps cohérent avec le nôtre.

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