Flavien Berger. Voyage onirique à dos de Léviathan

Flavien Berger
Flavien Berger - La Fête Noire

Assis dans l’herbe, chaleur, atmosphère détendue près de l’espace de tatouage au henné. Ce sont dans ces circonstances très agréables que nous avons eu le plaisir de discuter un instant avec Flavien Berger lors du Pete the Monkey Festival 2016. Clips-fleuves, à la limite du court-métrage dont il ferait la bande originale, émanations oniriques invitant au voyage, poésie, naissance d’images évocatrices.

Le travail de Flavien Berger est délicat, coloré. C’est un environnement, un univers qui enveloppe naturellement nos sens tout au long de ses clips et son mouvant Léviathan. Un apaisement. Flavien Berger nous en dit plus sur son travail.

Manifesto XXI – Tu as commencé l’apprentissage de la musique sur ta PlayStation. Quelle influence cet apprentissage ludique a eu sur ta musique aujourd’hui ?

Flavien Berger : Je sais pas trop, je n’arrive pas trop à m’auto-analyser. Je pense que ça m’a dirigé vers une musique rythmique sans doute, faite de samples. Cela m’a permis de faire de la musique sans apprendre d’instruments. Je ne sais pas faire de guitare par exemple.

Manifesto XXI – Tu penses que ça t’apporte une certaine spontanéité ?

Flavien Berger : Non, enfin la spontanéité n’est pas créée par l’outil mais par la manière d’appréhender l’outil. Tu peux être très spontané et faire de la guitare, tu peux être très spontané et ne pas en faire. Ce sont des choses que j’ai eu du mal à juger moi-même, je sais que je fais les choses sincèrement mais après je les fais le plus naturellement possible.

Manifesto XXI – Au niveau des atmosphères, c’est assez onirique. Quelle place donnes-tu au rêve, au voyage ?

Flavien Berger : Pour moi la musique c’est un voyage. Disons que quand t’écoutes de la musique t’es un voyageur. Le vaisseau qui te transporte c’est la musique, dans un temps donné, dans un espace mental. À partir du moment où tu as cet espace-temps qui est inscrit, tu te déplaces comme tu veux. Le temps peut s’étirer, tu peux avoir l’impression que ça dure très longtemps ou que c’est très court. Selon ton vécu, ta sensibilité, un morceau va t’emmener dans différents endroits. Donc je considère l’objet « pièce musicale » comme un voyage.

Manifesto XXI – Donc c’est ça le fil rouge de ton travail ?

Flavien Berger : Oui, l’exploration, le voyage, la recherche.

Manifesto XXI – Au niveau des mots, tes textes sont assez poétiques. Quelles sont tes influences littéraires ?

Flavien Berger : Oui, je m’accroche à certaines choses plus qu’à d’autres. J’aime bien les surréalistes, le surréalisme belge, j’aime bien Rabelais, j’aime beaucoup la poésie française. René Char, Claude Pélieu. Franchement il y a peu de choses que je n’aime pas, j’ai une empathie assez forte pour ce qui se fait dans le monde.

Manifesto XXI – Tu n’es pas présent dans tes clips. On dirait que tu as un peu envie de t’effacer derrière ton travail. Quel est ton rapport à ton art ?

Flavien Berger : Mon rapport est frontal. On a tendance à penser que faire de la musique c’est être dans ses clips et faire du playback. Quand on y réfléchit ça n’a pas vraiment de sens. Du coup j’essaye de trouver du sens, j’essaye de proposer encore une fois des objets avec de l’investissement créatif de ma part ou de la part de ceux qui bossent avec moi pour accéder à des formats qui sont justifiés.

Manifesto XXI – Ta musique c’est un peu comme la bande originale de tes clips. Est-ce que tu as des influences cinématographiques ?

Flavien Berger : Oui beaucoup, je pense que mon rapport à la musique vient même du cinéma. Plus jeune je faisais peu de festivals, peu de concerts, par contre j’allais beaucoup au cinéma. Cette volonté de raconter des histoires, je pense qu’elle vient de la manière dont j’ai été empreint de la narration cinématographique. Je pense même que c’est le cinéma qui m’a fait aimer certains morceaux que j’écoutais ensuite. Toutefois, la musique ne naît pas des images. Même les images mentales, c’est un aller-retour, c’est plus qu’une scène ou une narration précise, c’est un univers ou un bain d’inspiration.

Manifesto XXI – Dans un article des Inrocks, ils te comparaient à Christine and the Queens en disant que tu modifiais en profondeur le paysage musical français. Qu’est ce que tu penses apporter de nouveau ?

Flavien Berger : C’est pas à moi d’en juger c’est vraiment pas ma position de dire que je fais des choses nouvelles. Il m’a plu cet article, pour une fois c’était un positionnement pas très attendu et assez fort qui laissait à réfléchir. J’ai été très touché parce que c’était une prise de position du journaliste.

Ma musique est assez consensuelle, elle n’est pas là pour bousculer. Je fais de la musique avant tout pour qu’on soit bien. Mais ça ne veut pas dire qu’elle ne change pas les choses. Ça m’a fait plaisir qu’on puisse dire que ma musique apporte du changement, même si je ne me pose pas devant mon ordinateur pour me dire : « Qu’est-ce que je peux faire pour que ça soit nouveau ? ».

(Déconcentration liée à des danseuses-oiseaux qui passent.)

Je fais la musique que j’aimerais entendre. Si je fais ça, c’est que quelque part elle n’existe pas. Je ne dis pas que je réinvente des codes, je me sers de tout ce que les humains ont fait avant moi et je le re-digère.

Flavien Berger
Flavien Berger (Crédits : Mathieu Foucher pour Konbini)

Manifesto XXI – Là on est en festival. Pour toi qu’est-ce qu’une performance live offre en plus ? Comment tu la conçois ?

Flavien Berger : La performance live c’est un peu réinventer le morceau qui existe et que tout le monde a dans les oreilles. Je donne beaucoup d’importance à l’improvisation sans pour autant détruire la création originale que les gens viennent écouter. Quand tu viens à un concert, c’est quand même parce que t’aime ce que t’as écouté de l’artiste quand il n’était pas présent. J’ai pas envie de m’auto-cramer, je suis pas pyromane.

Le mieux c’est de proposer une chose unique à chaque fois, donner l’impression de vivre un truc particulier. C’est comme ça que j’aime les lives et c’est donc ce que j’ai envie de faire. Après j’ai des choses qui résonnent entre les lives. Là par exemple cet été je sais quels morceaux je joue. Il y a deux ans, je jouais des morceaux qui n’existaient pas.

Manifesto XXI – Enfin, pourquoi Léviathan ? C’est un nom riche en sens, lié à un cataclysme.

Flavien Berger : C’est une créature avant d’être sa conséquence. Pour moi le Léviathan c’est un monstre, une créature. En général ça finit mal dans les histoires, parce que c’est une création humaine qui dépasse l’humain, il ne sait plus comment le maîtriser, il ne sait plus quoi en faire et ça prend des proportions incontrôlables. Dans le cas biblique du Léviathan c’est le chaos mais avant d’être le chaos, il existe.

Le Léviathan pour moi c’est la musique. C’est moi qui arrive dans le monde de la musique sans savoir comment je vais y être invité. La musique existe depuis le début de l’humanité. La forme qu’elle pourrait prendre pour moi dans le temps c’est un énorme monstre. Mais ça peut être un beau monstre. La musique prend une autre dimension, tu en entends tout le temps, tes sentiments sont gérés par ça, c’est une manière de rencontrer des gens, de se projeter dans l’avenir, de se donner du courage, de ne plus se poser de questions, de créer, de se rassembler, de se marier, de faire des enfants. On vit avec depuis très longtemps et elle régit plein de choses.

Je me sens tout petit face à ce gros monstre. C’est comme si je me présentais à lui : « Bonjour, je vais bientôt grimper sur ton dos et je vais bientôt faire partie de toi ». C’est une manière de lui dire « Je ne veux pas te tuer je veux juste te caresser ». C’est un truc tellement grand que ta persistance rétinienne ne te permet pas de voir son début ou sa fin. Je ne vois pas alors il va falloir que je marche.

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Pan European Recording

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