Valentine Carette, du jeu à la résistance

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Portrait : Olivier ALLARD ©

Valentine Carette est comédienne et chanteuse, elle a aussi réalisé un film, Tête Brûlée, qui a reçu le prix du Jury au Festival Silence on Court en octobre dernier ; elle gravite librement de la scène aux écrans, particulièrement proche de ce cinéma français émergent qui bouscule les formes et les codes. De ce cinéma qu’on ne voit pas assez dans les salles parce que la tyrannie de l’audience l’en empêche. Un cinéma jeune, absurde et émouvant qui saura se faire sa place. Elle fait partie du groupe The Ghost Dance, aux résonances cold wave et chamaniques, dans lequel elle chante, écrit et compose. Le 13 novembre j’étais à son concert. On s’est alors rencontrées pour discuter : comment allons-nous résister ? 

Je crois que c’est la question qu’on s’est tous posée, comment résister à cette terreur qui entre dans nos vies, comment la combattre ou du moins agir en réponse à ce qui s’est produit, on va pas juste rester là à avoir peur et à attendre que ça recommence ! Ça pose quand même beaucoup de questions, qu’on ne peut plus ignorer. Qu’est-ce qu’on fait nous, les artistes ? Comment allons-nous nous battre ? Cela nous renvoie à notre responsabilité. Il faut qu’on aille partout, dans les milieux défavorisés, apporter l’art en réponse à la frustration ou à la colère. Il ne devrait pas y avoir d’exclus de la culture. Il faut aller partout, que ça se rencontre, sinon on est foutus. Je dis ça parce que j’ai pas d’autres armes ou ressources en main que transmettre ce qui moi m’a donné de la force dans la vie : la musique, le cinéma, le théâtre et le plaisir de le partager. C’est peut être un peu naïf mais ce serait déjà un début.

Manifesto XXI – Salut Valentine. Tout d’abord pourrais-tu te présenter à nos lecteurs et nous expliquer comment tu gères ta double carrière entre cinéma et musique ? 

Ma formation est celle d’une comédienne classique, j’ai fait le conservatoire de Montpellier en théâtre. Ensuite je suis montée à Paris et j’ai travaillé avec la compagnie d’Olivier Coulon Jablonka, que j’avais rencontré sur une pièce, on a fait trois créations ensemble et ça m’a un  peu lancée en quelque sorte. J’ai fait plein de superbes rencontres.

Concernant la musique, le rock a toujours fait partie de ma vie, comme on peut le ressentir dans mon film. Il se trouve que Frank Williams (leader du groupe The Ghost Dance) avec Nicola Sornaga (réalisateur du Dernier des Immobiles et de Mr Morimoto) sont venus voir une pièce de Olivier Coulon Jablonka justement, dans laquelle je jouais et Frank m’a tout simplement abordée après la pièce avec son charisme et sa franchise habituelle, il avait été touché par ma présence sur scène et m’a proposé d’emblée de faire partie du groupe qu’il montait,  donc je me suis lancée dans ce projet. J’ai découvert un rapport au public beaucoup plus direct et décontracté. Avec Frank on a exactement la même culture musicale très cold wave, très Velvet Underground, Lou Reed, etc.

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Valentine et Frank sur scène

Manifesto XXI – Peux-tu nous parler de ce groupe de cinéastes, dont tu fais partie, qui est en train de bousculer un peu la scène française ? 

On s’est rencontrés à un moment un peu idyllique, le moment où tout le monde commençait à faire des courts. J’ai rencontré Virgil Vernier sur le tournage du film Mr Morimoto de Nicola Sornaga, et c’est lui (Virgil) qui m’a présenté Arthur Harari, Shanti Masud, Héléna Klotz, j’ai découvert leur cinéma et de rencontres en fêtes, d’autres jeunes cinéastes qui gravitaient autour de ce même groupe, à ce moment-là, à Paris. Quand je dis que c’était idyllique c’est parce que j’arrivais tout juste de Montpellier. Puis chacun d’entre eux faisait des trucs assez différents, donc c’était hyper intéressant. On faisait beaucoup la fête et il y avait une forte envie de liberté de créer. Le vecteur commun de ces réalisateurs est essentiellement d’affirmer une liberté quant au diktat de la production d’aujourd’hui (scénario, casting, propos…) et puis une façon de faire des films dans une certaine économie de moyens.

Manifesto XXI – Peux-tu nous citer quelques œuvres qui ont, à ton avis, marqué ce groupe d’artistes émergents ? 

Le dernier des immobiles de Nicola Sornaga qui a selon moi ouvert la voie vers une liberté de la forme, et puis le film La main sur la gueule d’Arthur Harari. Du moins, selon moi. D’autres films qui m’ont personnellement marquée pourraient être L’âge atomique d’Héléna Klotz et La bataille de Solférino de Justine Triet. 

Manifesto XXI – Est-ce qu’il y a un domaine artistique dans lequel tu te sens plus légitime que dans un autre ? 

Je me sens plus légitime comme actrice du fait que cela m’a permis de gagner ma vie depuis que j’ai commencé, surtout le théâtre. Mais la musique me sauve, je n’ai pas trouvé de meilleure thérapie. Aussi, les gens qui en font partie sont désormais indissociables à ma vie. Après, la musique qu’on fait est très imprégnée de cinéma. En tant que réalisatrice, je ne me sens ni légitime ni illégitime, j’ai juste envie de faire des choses.

Manifesto XXI – Du coup tu vas continuer à faire des choses ? 

Oui absolument.

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Chez les Nôtres de Olivier CoulonJablonka

Manifesto XXI – Tu as réalisé Tête brûlée, produit par Kidam, un film sur la maladie de ton père. Pourquoi ? Et surtout, pourquoi réaliser un documentaire plutôt qu’un film de fiction ? 

Je ne le définis pas comme un documentaire, pour moi c’est un film à part entière. Il y a des personnages, mon père et moi. Même si ce n’est pas des personnages écrits. J’ai fait ce film sans le décider, ça s’est imposé. J’ai toujours voulu le filmer car il m’inspirait et m’impressionnait, même s’il ne m’a pas élevée. J’ai aussi voulu le filmer parce que c’était trop dur la maladie. Cela s’est vraiment passé comme dans le film : on m’a appelée en me disant qu’il allait mourir. Alors je lui ai dit que j’allais venir mais que je voulais qu’on fasse un film ensemble. L’idée est donc venue tout de suite. Quelque chose chez mon père m’intriguait : cette espèce de chute d’une génération qui ne s’est pas remise des années 1980-1990. Il avait un fort lien à la musique aussi et c’était une sorte d’ange déchu qui me touchait. Je sentais que c’était le dernier moment de saisir tout cela. Ce qui n’était pas prévu était que je prenne partie au film. C’est mon chef op qui me l’a conseillé, autrement mon père se sentait braqué.

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Tête brûlée de Valentine Carette

Manifesto XXI – Quelles critiques penses-tu que ce film pourrait susciter, en sachant que c’est quand même une forme de réalisation qui se prête à la controverse ? 

Des gens m’ont dit qu’ils ne pouvaient pas voir ça, que ça les gênait. Mais moi, je ne voulais pas transiger sur ce que j’avais en face de moi. Je ne pense pas avoir poussé le spectateur à un point gênant : un homme qui va mourir, c’est violent, c’est tout. Il n’y a eu aucune volonté de profiter de la situation et j’ai gardé une certaine pudeur en restant à un certain endroit. J’ai gardé une certaine distance pour ne pas susciter du pathos. Mais je comprends que certains sujets puissent profondément choquer le spectateur. Par exemple, je n’ai pas pu voir Le visage de Dieu de Castellucci parce que ça parlait très crûment de la maladie d’un père. Mais le fait d’entrer dans une intimité, parfois vraie, parfois jouée, au cinéma, cela ne me gêne pas, au contraire, je trouve ça passionnant, j’ai par exemple beaucoup aimé le film d’Émilie Brisavoine, Pauline s’arrache. Elle est là, elle filme sa famille, avec ses moyens, et c’est génial, même si c’est le bordel, c’est bien plus intéressant que la plupart des films léchés qu’on peut voir.

Après, que les gens ne supportent pas la vision de la maladie, la vraie maladie, ou celle d’un homme qui s’est détruit et à quel point cela affecte sa relation avec sa fille, ce n’est pas surprenant vu la société lisse dans laquelle on vit, où il ne faut rien laisser paraître de nos fêlures. Cette société du « je vais bien » quoi qu’il arrive. Personne ne veut voir cette image, moi non plus je ne voulais pas la voir, et cela a bouleversé ma vie d’une certaine façon. Je voulais mettre le spectateur face à cette image et face à ses limites. Certes, ce n’est peut-être pas très agréable mais le cinéma n’est pas là pour être agréable mais pour penser, panser même, si je peux me permettre le jeu de mot. Le pire reste un film qui laisse indifférent, qui ne touche pas… Il y a ceux qui disent « on s’en fout de cette histoire »… Mais la famille a toujours été un sujet socle des grands auteurs, c’est pas pour rien que les Grecs on tant écrit dessus ou même Shakespeare. C’est un sujet infini, universel et puissant, comme l’amour. J’ai récemment vu aussi un autre film bouleversant sur la famille, Diamant noir d’Arthur Harari.

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Tête brûlée de Valentine Carette

Manifesto XXI – Tu as tourné dans Undead Woman de Shanti Masud. Peux-tu nous parler de cette performance, disons, étrange ? (rires) 

Ce court s’inscrivait dans un programme du Septième Continent appelé « Undead » qui voulait un peu réunir tous ces jeunes réalisateurs. Donc ils ont proposé à Shanti Masud, Héléna Klotz, Bertrand Mandico, Antonin Peretjako, Virgil Vernier, Alix Pennequin et Hubert Viel de travailler justement autour du thème « Undead ». Shanti est très habitée par la transformation et l’opposition entre l’obscurité et la lumière, ce qui explique le côté métamorphose. Elle est sensible aux artifices aussi et j’apprécie sa liberté totale par rapport à cela. C’est intéressant de voir comment transformer le visage d’un acteur en se servant d’autre chose que du jeu. Le scénario a été écrit vite : cette femme qui fait une danse mystique au Soleil avec un côté très violent et brutal. Il y a souvent quelque chose de sensuel et violent dans ses personnages d’ailleurs. Cette femme qui attend une réponse du Soleil qui par contre l’abandonne. Il s’ensuit une rage désespérée. C’est d’ailleurs une thématique clé dans le cinéma de Shanti, la douleur de l’abandon.

Manifesto XXI – J’ai surtout trouvé cela très drôle…

Mais Shanti est très drôle ! Si on avait fait un making of de ce film on serait morts de rire. Il faisait un froid pas possible, j’étais presque nue… puis elle me disait que pour incarner le bien-être provoqué par le Soleil je devais imaginer une pluie de bananes qui me tombait dessus, enfin tu vois ? Tout cela sur une falaise en Normandie.

2014 – UNDEAD WOMAN (TEASER) de Shanti Masud sur Vimeo.

Manifesto XXI – Pourquoi faire des films absurdes et métaphoriques aujourd’hui ? 

Ce que je trouve fort dans cette bande de gens et d’amis c’est justement la liberté de la forme, on sort de ce qu’on voit tout le temps. Et ça arrive quand même à être émouvant. Je pense notamment au film de Shanti Métamorphoses. Le fait de ne filmer que des visages est très fort, ça donne libre accès aux émotions profondes des personnages. Tout était basé sur comment l’émotion transforme un visage. C’est important de ne pas faire toujours un cinéma réaliste. Personnellement, l’absurde m’excite.

Wrong Blood / Joakim / Réal : Sigrid Bouaziz et Shanti Masud

Manifesto XXI – Dans Métamorphoses tu es filmée en plan poitrine pendant un long moment et c’est un monologue. C’est une dure épreuve pour un acteur non ? 

Oui surtout qu’on avait plein de maquillage, des lentilles, il fallait aller vite… enfin, ça pousse à bout et en même temps ça t’emmène ailleurs. T’as pas le choix, c’est assez extrême, mais j’aime bien ce genre de conditions et puis Shanti sait exactement ce qu’elle veut, elle a un rapport très fort au jeu et aux acteurs.

Métamorphoses / réal Shanti Masud

Manifesto XXI – Comment perçois-tu l’évolution du cinéma français dans les prochaines années ? Quels thèmes forts vont la mener ? 

Pour moi on assiste à quelque chose de vivifiant dans le travail des réalisateurs dont on a parlé et bien d’autres aussi, découverts plus récemment comme Yann Gonzalez, Bertrand Mandico, Hubert Viel… Je me demande ce qu’ils vont devenir. En tout cas, il faut que des choses se débloquent pour qu’on s’ouvre à de nouvelles manières de faire du cinéma. Cela dépend aussi des institutions comme le CNC, du système de distribution… Ce n’est plus possible de tolérer un rythme de cinéma avec des films qui sortent toutes les semaines et où, si ça ne marche pas tout de suite, les films de niche disparaissent en quelques jours. Certains films sont vus seulement à Paris, enfin, c’est dommage.

Manifesto XXI – Est-ce qu’on n’est pas dans un système de « fast cinéma » ? Un système où on chie des films tous les mercredi pour alimenter l’offre ? 

Dans une certaine mesure oui. Pourquoi certains films de la Nouvelle Vague ont pu autant marquer le public ? Parce qu’ils restaient longtemps en salle, tout simplement. C’est problématique pour un réalisateur d’innover si on limite l’accès aux œuvres.

Après, je pense que du côté des réalisateurs on manque parfois un peu de sens de la politique. Et bien sûr je ne parle pas de faire des films uniquement sur des sujets sociaux. Mais bon c’est vraiment un des problèmes de notre génération, je trouve, on s’est beaucoup isolés entre nous et on manque de revendications et d’aspirations collectives. C’est aussi une des conséquence de la crise, chacun essaie de sauver sa peau. J’espère que dans le futur certains de ces auteurs prendront conscience aussi de l’importance de faire passer des messages forts par leurs films, pour qu’ils parlent à toute une société. Certaines œuvres pourraient carrément y gagner en puissance.

Lucile / Ghost Dance / Réal Armel Hostiou

Manifesto XXI – Je voudrais qu’on parle un peu de ton groupe, The Ghost Dance. Quel est votre univers musical, visuel et scénique ? 

Il y a quelque chose d’assez cold. Pas loin de la transe. « The ghost dance » était une danse faite par les Indiens d’Amérique qui durait trois jours et trois nuits. Elle servait à résister face à l’envahisseur américain. C’était une danse pour résister. Il y a un côté sale et pas poli dans notre musique qui veut entraîner dans une fugue, dans une libération. Les gens dansent beaucoup en concert et pour nous, il y a un véritable côté performance. Frank finit souvent les doigts en sang par exemple. On est très nourris par le cinéma et on fait pas mal de musiques de films. On a eu le plaisir de collaborer à la musique avec des réalisateurs tels qu’Ilan Klipper, Armel Hostiou, Vincent Macaigne, Naël Marandin, et plus récemment Lila Pinell et Chloé Mathieu ou Valérie Massadian.

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photo : Elise Pinelli /
Spectacle : Je veux, Je veux de et par Sigrid Bouaziz et Valentine Carette avec Ghost Dance , à La Ménagerie de Verre, Avril 2015

Manifesto XXI – Quand je suis venue te voir en concert c’était le 13 novembre. Quand il y a eu les attentats à Ouagadougou, tu étais également sur scène. Comment tu as vécu ça ? De quelle manière l’art doit-il résister aujourd’hui ? 

Déjà, moi je ne sais pas me battre. Genre vraiment pas. Alors l’art ça aide dans ces cas-là (rires). La résistance m’habite, c’est quelque chose de fort en moi. Ce soir-là, c’était un choc violent. Le fait d’être sur scène était à la fois fort et ridicule. Absurde, je dirais. Je n’ai su qu’à la fin du concert ce qu’il se passait, on ne nous a pas prévenus.

Au Burkina, on a carrément entendu les coups de feu. J’ai l’impression de m’être ancrée dans des moments sociaux très forts. J’ai réalisé que oui, dans le monde dans lequel nous vivons, dans le monde duquel on a voulu nous protéger, ça peut arriver que tu sois sur scène et que des attentats se passent dans la rue à côté. L’Histoire, de toute façon, passe à travers de qui tu es et donne du sens à ce que tu fais. La pièce que nous avons commencé à créer au Burkina, parlait justement de résistance, de réfugiés, de désir de liberté, une pièce très forte. C’est une œuvre du chorégraphe Salia Sanou qui s’appelle Du désir d’horizons. On se retrouvait en pleine création avec parmi les interprètes deux Maliens réfugiés au Burkina, qui avaient fuit cette terreur justement. C’était absurde et triste. La création de la pièce s’inscrit à la suite des ateliers conduits sous la direction de Salia Sanou dans les camps de réfugiés de Saag-Nioniogo et Mentao au Burkina Faso. Ces ateliers ont été proposés dans le cadre du programme Refugees on the move, initié par African Artists for Development (AAD). C’est une pièce de danse dans laquelle je suis comédienne. Personnellement, je suis très impressionnée par le travail de ce chorégraphe, artistiquement et politiquement. Ce qu’il fait à Ouagadougou est vraiment fou, il a créé un centre de danse et une formation professionnelle, avec une exigence et une générosité dingues. Lui-même est persuadé que la danse, l’art, doit aller dans les camps, partout et ne peut pas rester uniquement dans les théâtres, il emmène la création là-bas pour justement créer une rencontre. Tout cela a renforcé ma conviction intime qu’il faut être politiques, qu’il faut être engagés, assumer ses responsabilités. Mais je ne veux pas donner de leçon à quiconque, moi en tout cas je vois pas comment faire autrement… 

Quand tu es sur scène tu n’as peur de rien, il y a l’adrénaline. J’ai l’impression que maintenant, le simple fait de rester sur scène est un acte politique. Après les attentats, quand je suis allée au théâtre ou voir des concerts, je ne pouvais pas m’empêcher de penser qu’il fallait quand même avoir des couilles pour être là et faire ça avec autant d’amour, beaucoup de mes amis chanteurs ou acteurs m’ont dit avoir la trouille, forcément, et moi aussi je ne peux pas m’empêcher d’y penser, c’est pas évident. C’est pour ça qu’il faut se battre avec les armes qu’on a, et quand on sait chanter, eh bah faut chanter et quand on sait jouer, faut jouer voilà, c’est tout ce qu’on peut faire.

Valentine, sur scène :
Paris nous Appartient de Olivier Coulon Jablonka du 10 au 20 mars 2016 au Monfort Théâtre.
Du désir d’Horizons de Salia Sanou au Théâtre National de Chaillot les 30 juin et 1er juillet 2016.
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