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Rare, Forever : Leon Vynehall se retrouve entier dans sa multiplicité

Rare, Forever : Leon Vynehall se retrouve entier dans sa multiplicité

Trois ans après Nothing is Still, Leon Vynehall revient sur Ninja Tune avec Rare, Forever. Cet album est à la croisée de ce qu’il a pu faire auparavant : il y construit un récit et fait honneur à la culture club. Ici, les deux sphères s’allient pour présenter un Leon Vynehall détaché de toute attente.

En 2014, Leon Vynehall fait partie de ceux qui projettent de nouveau la house sur le devant des scènes dansantes. Il n’a jamais été de ceux qui se satisfont d’explorer une seule approche sonore. Music for the Uninvited, son premier album éclectique, était déjà parsemé de subtilité : en introduction, dans « Inside the Deku Tree », une bobine de pellicule tourne, tandis que des notes analogiques se frayent un chemin. Si Leon Vynehall change souvent de direction, il demeure fidèle à ces instruments à cordes qui le rendent si reconnaissable.

En 2018, il prend un nouveau tournant dans sa création musicale avec Nothing is Still. Le DJ peaufine sa trajectoire en présentant ses qualités de producteur dans un album plus contemplatif. Celui-ci rend hommage à l’immigration de ses grand-parents anglais à New York. Ses titres se font plus symphoniques, moins dansants mais tout aussi riches. En 2021, Leon Vynehall revient avec un album intitulé Rare, Forever qu’il veut à son image, détaché de toute contrainte.

Retrouver son entièreté

Rare, Forever est l’album qui parvient à allier les deux facettes créatives de Leon Vynehall. Cet album fait office de livre ouvert. Music for the Uninvited (2014) présentait un artiste capable de faire bouger les foules, tandis que Nothing is Still (2018) prenait un autre tour plus calme. Leon Vynehall montre ici, en prenant de la maturité, que ces deux sphères n’ont plus besoin de s’exclure. À l’aube d’une époque de création en confinement, il parvient à trouver sa propre approche au self-care, avec un disque honnête qui fait honneur à sa personne. D’ailleurs, « Ecce! Ego! », titre d’ouverture, se traduit en latin « Regardez ! Moi ! ». Mais détrompez-vous, on est bien loin de l’ego trip.

Dans ce même morceau, on retrouve les sonorités texturées et quelque peu sinistres de l’album précédent. Rapidement, on se rend compte que Leon Vynehall ne souhaite pas de narration linéaire et constante. Les émotions et les genres se chamboulent. Les rythmiques de synthé saccadées de « An Exhale » font place aux rebondissements euphoriques de « Dumbo ». Cette euphorie retombe pour une ballade électronique plus sombre avec « Farewell! Magnus Gabbro ». On vire enfin dans une improvisation langoureuse au saxophone dans « All I See is You, Velvet Brown ».

C’est d’ailleurs dans ce dernier morceau que la voix de Leon Vynehall survient soudainement pour interpréter le poème Harboring de Will Ritson. Ce poème fait référence à son parcours d’homme qui ne souhaite pas ignorer son passé mais chérir ses erreurs pour survivre dans le présent : « I would do nothing differently in harbouring my errors / My small ships / Those battered vessels that will not sink / That never set sail / No longer go out to fish / But remain bobbing in the water / Meditating / Like soft words of advice ».

Un album représentatif de la culture club actuelle

Vynehall prend le risque, ici, de ne rien s’interdire. Il parvient à démonter les frontières grâce à son ingéniosité et les multiples inspirations qui scellent son œuvre. Depuis son album Nothing is Still, il se montre moins présent en tant que créateur que comme diggeur notamment au travers de sa résidence sur NTS Radio et de son mix pour la série DJ-Kicks du label Studio !K7.

Cette compilation mixée l’installe au même rang que les noms qui font la musique électronique d’aujourd’hui : Carl Craig, Tiga, Four Tet, Kode9, Motor City Drum Ensemble, John Talabot, Nina Kraviz, Mount Kimbie, Peggy Gou, Special Request, Avalon Emerson et tant d’autres. Cette riche sélection oscille entre le jazz de Ellen Fullman, la soul des Bygraves, du dancehall, de la techno. C’est d’ailleurs dans cette série qu’il dévoile « Who Loved Before », un avant-goût de ce qu’il présente aujourd’hui. Cette envie d’explorer une musique sans frontières est bien présente dans Rare, Forever.

Entre 2019 et 2021, Leon Vynehall consolide cette œuvre explorant un récit, mais où se retrouve l’importance d’une rythmique nocturne. Rare, Forever c’est aussi l’occasion pour lui de présenter le DJ sous une nouvelle étoile. Il veut sa musique dansante et inspirée de la culture club, sans forcément la fabriquer pour ce même milieu. S’en éloigner lui permet de décloisonner les attentes de la nuit et de faire ce qu’il lui plaît.

« Snakeskin ∞ Has-Been » est entêtante, basée sur des répétitions, et revisite ainsi ses premières approches à la house. « Dumbo » sait séduire tout·e raver avec ses hard drums percutants qui, à mi-chemin, se font envelopper de textures nouvelles. Vynehall dit de ce titre qu’il permet de « rappeler que ces expériences aident à se recentrer, et peuvent être vraiment amusantes ». Ces expériences, c’est exactement ce que l’on attend de Vynehall. Ou plutôt, ce à quoi on ne s’attend pas : chaque écoute décèle une subtilité nouvelle !

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Comme souvent, Leon Vynehall n’oublie pas celleux qui font vivre son travail. Après un temps d’expérimentation personnelle, il promet un instant de répit avec « An Exhale », un souffle. Le septième titre de cet album est plus enjoué et permet à toustes de danser paisiblement sur ses accords de synthé. La culture club 2.0 se veut plus expérimentale, dans le sens où l’artiste peut laisser libre cours à ses envies sonores. Dans un contexte où les attentes évoluent, où l’audience est plus à l’écoute et plus participative, la performance d’un·e DJ en tant qu’artiste est progressivement mieux valorisée.

Leon Vynehall a récemment mis au point son propre espace dans lequel il peut affirmer sa présence en tant que producteur : Studio Ooze. Dernièrement, il a produit et écrit pour la scène émergente anglaise : Kam-Bu, Wesley Joseph, Kenzie TTH, Jeshi. Il trouve son entièreté dans sa multiplicité.


Photo à la une : © Frank Lebon

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