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Projekt Gestalten fait le lien entre Paris et Berlin à la prochaine Flash Cocotte

On a posé quelques questions à Projekt Gestalten, dj et résident de Pornceptual, mais aussi la tête d’affiche de la prochaine Flash Cocotte. Entre politique, clubbing et sexe, il nous parle d’acceptation de soi, de liberté et du queer sous toutes ses formes.

Manifesto XXI – Tu te décris comme faisant de la “sissy queer emotional techno”, ce qui n’est jamais une affirmation politiquement neutre. À quel point tu penses que le clubbing peut être politique ? 

Projekt Gestalten : Le clubbing peut être politique de multiples façons, selon son environnement. Par exemple, dans beaucoup d’endroits où la danse ou le fait de jouer de la musique est illégal, le simple acte de réunir dix ou vingt personne dans une toute petite soirée illicite dans une cave peut être politique. Dans des endroits comme le Brésil – dont je viens – et les Etats-Unis, avec la montée des valeurs conservatrices, le clubbing peut être perçu comme un échappatoire vers une réalité parallèle.

Aujourd’hui, en Europe Occidentale, où les catégories dominantes réalisent que le clubbing est égal au tourisme, et donc à l’argent, les organisateurs de soirée et les clubs n’ont pas peur de voir la police débarquer ou d’avoir leur licence annulée soudainement. Mais la scène peut encore être politique, sous la forme de soirée aidant les  abris pour les queers et les centres pour les réfugiés, ou bien d’énormes contre-manifestations remplies de ravers dansant dans la rue pour s’opposer aux rassemblements d’extrême-droite, comme celle de Berlin l’été dernier.

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Crédits : Umdois Estúdios Criativos

C’est quoi le queer pour toi ? Comment ça peut changer le monde ? Est-ce que tu es optimiste ?

Le queer pour moi c’est tout ce qui défie le statu-quoi des standards de définition du genre. Tu ne dois pas nécessairement être gay pour être queer. Tu peux aussi être gay et quand même avoir une mentalité très hétéro-normative. Mais, dans un contexte de soirées, je pense que les gens utilisent plus le mot « queer » comme une sorte d’étiquette pour paraître plus ouvert alors qu’en fait, ils ne font pas grand chose pour amener un public plus queer à leurs soirées.

Ce n’est pas parce que tu n’as pas d’incidents homophobes à ta soirée que ça signifie que ta soirée est automatiquement queer.

Ceci étant dit, je suis très optimiste pour le futur. Le simple fait que des gens veulent être associés à la culture queer en dit beaucoup à mon sens.

Il est venu à nos oreilles que ton mix pour la Boileroom x Pornceptual est disponible sur Pornhub. Selon toi, de quelle manière le clubbing peut permettre de libérer les corps et changer les représentations ?

Pornceptual m’a vraiment aidé à m’ouvrir l’esprit par rapport à toutes les différentes représentations du corps. Mes premières expériences en clubs gays étaient dans ces soirées très cheesy réservés aussi uniquement hommes au Brésil où tu pouvais être torse nu seulement si tu avais des tablettes. Donc je n’envisageais jamais d’enlever mon t-shirt dans cet environnement. Pas seulement à cause de ça, mais aussi parce que je suis poilu, et au Brésil, en plus d’être considéré comme moche, c’est vu comme anti-hygiénique. Les gens te regardent comme si tu as avais une maladie ou un truc comme ça.

Déménager à Berlin, et le fait d’aller à des soirées comme Pornceptual m’a vraiment aidé à m’ouvrir plus. Il y a une soirée une fois où je suis allé et j’ai joué seulement en sous-vêtements, et c’est quelque chose que je n’aurais jamais fait il y a dix ans. Et je pense que c’est génial que les gens n’aient pas honte de montrer leur corps à ce genre de soirées, peu importe s’ils rentrent dans les standards de beauté imposés par la société. On les emmerde !

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Crédits : Umdois Estúdios Criativos

Comment tu vois le club « safe » ? Comment serait ta soirée idéale ?

Un club safe, c’est un espace où tu peux être habillé de manière provocante ou nu, et avoir quand même ton espace personnel respecté. Le consentement est la clé de tout. Cependant, à cause de l’alcool et des drogues, les gens peuvent agir sans réfléchir et faire des choses qu’ils ne feraient habituellement pas s’ils étaient sobres. Ce qui n’est pas une excuse pour harceler les gens autour.

Donc c’est très important d’avoir une bonne équipe de sensibilisation sur le terrain pour surveiller. Mais je pense que c’est aussi une bonne chose si les participants rapportent ce qu’ils voient ou interviennent s’ils sentent que quelqu’un est agressé. Donc pour moi, la soirée idéale est un endroit où tout le monde profite de la musique et des gens sans leur manquer de respect.

Quelles sont tes 10 tracks du moment ?

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