Projections. Du sonore au visuel

Projections

Avec déjà deux EPs à leur actif pour la seule année 2017, Trois Leçons de Ténèbres et II, le duo Projections est parvenu à bâtir un univers évocateur et singulier entre pop instrumentale et musique cinématographique. À mi-chemin entre les productions électro-pop-rock modernes et l’expérimentation, leurs compositions associent un certain goût pour le thématisme et l’écriture harmonico-mélodique classique à une narration qui appelle spontanément l’image. Audacieuse et contournant élégamment les évidences, la musique du duo fait naître tour à tour paysages, aventures ou romances dans nos esprits fertiles, mis à l’épreuve de projeter mentalement des histoires personnelles dans cet espace sonore enivrant et vierge de mots.

Projections fait partie des dix finalistes du concours Ricard SA Live.

Manifesto XXI : On m’a présenté votre projet sous un angle ‘cinématographique’, pourquoi ?

Projections : Ça a été le point de rencontre entre nous, on voulait développer un projet de musique instrumentale, en l’occurence on était très attirés par les compositeurs de musique de film, les BO des seventies… et c’est autour de ça qu’on a commencé à maquetter ensemble.

Initialement on bossait sur un projet qui mêlait de la musique instrumentale qu’on composait et des monologues d’acteurs écrits par Blandine Rinkel (de Catastrophe). On a commencé à enregistrer des comédiens et des comédiennes. Mais il s’est avéré que ce LP était très compliqué à réaliser pour des raisons techniques, financières et d’organisation.

Mais comme on aimait bien faire de la musique ensemble, on a continué à composer. On a travaillé sur deux EPs, le temps de trouver vraiment une esthétique qui nous plaise.

Au-delà du fait qu’on est tous les deux très intéressés par la musique de film, on essaie de concevoir nos titres sur la base de narrations internes à la musique, on pense le tout en images, et on compose de manière très thématique.

Comment vous travaillez actuellement ? Dans quels contextes, avec quels outils, process ?

On se retrouve souvent pour composer ensemble, et à côté de ça on avance aussi chacun de notre côté pour ensuite mettre en commun. De manière générale on écrit tout le temps, ensemble ou pas. On s’envoie beaucoup de choses.

Dans notre petite cave on n’utilise pas énormément de matos, essentiellement Logic, un orgue, une basse, une batterie… À l’origine on est tous les deux guitaristes et claviéristes, mais dans Projections on a réparti les rôles. Mais quand on travaille, chacun fait tout, joue live sur les instruments au fur et à mesure des idées, l’important c’est de pouvoir se projeter rapidement. On a retrouvé du plaisir à jouer, à s’investir physiquement en travaillant comme ça.

Bien sûr on passe beaucoup de temps ensuite derrière un ordi. On travaille beaucoup sur la texture, mais plutôt dans un second temps. En fait on se dit que si le titre fonctionne avec juste quelques pistes enregistrées live, c’est que ça vaut la peine d’aller plus loin et de le peaufiner.

On passe du temps à salir aussi, pour éviter les choses trop lisses et trop évidentes. Il y a un processus de recherche, il faut toujours qu’on se pose un problème musical, et qu’on trouve une solution à ce problème quelque part pour que ça marche. On s’engueule énormément sur les questions de cohérences stylistiques, c’est un peu une dialectique, et on finit par trouver un accord sur un parti pris qui dépasse nos deux idées. Comme c’est un duo, il faut vraiment parvenir à une entité commune aux deux.

Vous avez donc sorti deux EPs jusqu’ici, ‘Trois Leçons de Ténèbres’ et ‘II’, qu’est-ce qui a changé entre les deux ?

Pendant la composition de ce premier EP on était encore à la recherche de notre identité esthétique. Le second est beaucoup plus affirmé. On est un peu obsédés par la question du style, clairement sur le premier on tâtonnait, alors que le second nous ressemble vraiment. En tout cas c’est dans cette direction-là qu’on souhaite aller.

Le premier EP était essentiellement écrit de manière classique, au piano… alors que sur le deuxième on a vraiment intégré l’idée de texture. On sait aujourd’hui que Projections ne peut pas être que de la musique pure. On a développé une vision plus moderne, qui donne une place plus importante à l’électronique et à la production.

En tout cas on ne cherche pas spécialement dans le cadre de ce projet à satisfaire une tendance, on veut vraiment se plonger dans un processus de recherche esthétique.

Il y a un premier clip de sorti, sur le morceau ‘Distorsions’, quel est sa genèse ?

On a conçu l’idée avec Arthur Philippot, on n’avait pas énormément de moyens, donc on est partis sur une idée simple, un plan-séquence, ça ne se fait pas beaucoup dans les clips. Pour l’anecdote on a dû recommencer plein de fois, en plus l’actrice n’avait pas mangé, c’était un peu fatiguant pour elle, elle s’est plus ou moins évanouie… On a imaginé ce clip un peu à l’arrache, et c’est un pote photographe qui fait beaucoup de photos de mode, Felipe Barbosa, qui a tourné la vidéo. On l’a fait en une journée, et on n’avait pas de montage ensuite donc c’était cool.

Ça rejoint aussi nôtre manière de procéder avec les disques. On fait tout dans notre petite cave, on enregistre en mono, avec du matériel assez rudimentaire… Au début on se disait vivement qu’on ait plus de moyens, puis au final on est contents de travailler comme ça, et ça nous correspond plutôt bien. Ça évite de se poser trop de questions, les choses se font plus spontanément.

Là on travaille sur une future collab vidéo/musique, où chaque partie apporte vraiment sa patte. C’est pas l’un au service de l’autre.

Au-delà de la composition et des lives, on aime aussi aller chercher des projets transversaux. En plus, aux vues du contexte économique difficile pour toute la scène artistique, les gens sont très ouverts aux collaborations et s’investissent dans des projets qui leur tiennent vraiment à coeur.

On travaille aussi sur un feat avec une des voix de Catastrophe.

Est-ce que vous avez construit un live avec Projections ?

On a fait un premier live au Silencio, assez classique. On voulait que Blandine lise un texte car on voulait rester dans notre thématique du lien avec le théâtre. Finalement on a mis ça de côté et on a préparé un live instrumental. On a présenté ce set au Festival de Cannes en mai, on l’a aussi joué à la Roche-sur-Yon avec Zombie Zombie.

Comment vous pourriez décrire ce live ?

On est quatre sur scène avec un bassiste et un batteur, donc ça sonne un peu plus rock et c’est plus énergique. On joue nos morceaux mais en étendant certaines parties, pour accentuer le côté répétitif, l’effet de transe. Comme c’est instrumental, le défi c’est d’aller chercher les gens avec ça, sans l’intermédiaire de la voix.

Comment vous vous placez par rapport à la scène émergente environnante ? Vous l’observez avec attention, vous y êtes liés, ou vous êtes plutôt dans votre bulle ?

On écoute beaucoup de musique émergente dans des genres très différents mais dans le cadre du projet on essaie de s’extraire de ça. Par exemple il y a toute une vague avec des rythmiques trap, on peut trouver ça hyper cool, mais on n’a pas du tout envie d’inclure ça dans Projections, pas plus que la vague des synthés eighties… On essaie de rester hermétiques à la hype, concentrés sur l’univers qu’on veut créer, qui nous ressemble. Même s’il y a bien sûr des artistes qu’on aime beaucoup, on ne suit pas des modèles.

De qui vous sentez-vous proches, stylistiquement ou humainement ?

Catastrophe, Bon Voyage Organisation, Nouvelle Frontière…

Vous avez joué en live dans le cadre du Festival de Cannes, et vous dites composer avec beaucoup d’images en tête ; est-ce que c’est un objectif dans le cadre de ce projet de s’associer au monde du cinéma ?

Notre prochain projet ‘capsule’ qui sort en janvier va dans ce sens-là. Puis Alix et Lola Pennequin avec qui on travaille vont co-réaliser un film prochainement, dont on composera probablement la BO. Donc oui on ne veut pas faire que ça, mais c’est un angle de développement qui nous plait. Surtout qu’aujourd’hui de plus en plus de musiques de films sont effectivement réalisées par des musiciens pop, ce qui est très cool. On aurait les compétences techniques d’écrire des partitions d’orchestre, mais ça ne nous intéresse pas.

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