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Prise de risque parachève sa nostalgie dans 4evermore

Prise de risque parachève sa nostalgie dans 4evermore

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Prise de risque transforme son intimité en (anti)chambre de la création dans son premier album. Sorti le 7 octobre dernier sur le label White Garden, 4evermore rend hommage à la créativité des adolescences solitaires. Manifesto XXI a rencontré la bedroom artist pour discuter de sa pop scintillante bercée d’amitiés musicales.

Casquette playboy sur la tête, blondeur étincelante et moon boots aux pieds, c’est le coeur plein de gratitude que Dearbhla, de son vrai prénom, nous a rencontré sur la terrasse d’un café du vingtième arrondissement. Elle le déclare sans pudeur : « Sans mes amie·s rencontré·es via les plateformes musicales, je ne serai clairement pas là où je suis aujourd’hui. Je suis leur plus grande fan. ». Révélée sur soundcloud, elle collabore depuis de façon régulière avec le label White Garden. Depuis 2018, prise de risque produit une autotune angélique pour retomber dans ses tribulations de jeunesse.

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Photo : Robin Voisin

En artiste autodidacte, Dearbhla écoute tout ce qu’on lui propose dès son plus jeune âge. Originaire de Dublin, son enfance est bercée par la pop UK entendue à la radio. À 5 ans sa famille déménage dans la campagne du sud-ouest de la France. L’ennui habite alors ses après-midis jusqu’à la découverte de MTV sur le câble familial. Pop stars des années 2000 et le thrills des débuts d’internets lui permettent de cultiver sa chambre à elle. En 2015, Dearbhla tombe sur les productions aériennes du label chinois Genome 66.6 Mbp et notamment de l’artiste noctilucents. Passion immédiate pour la scène internet post-2010 et notamment pour l’hyperpop et le cloud rap. Des années de digging au compteur, c’est en 2018 qu’elle s’essaye à la composition, parée de son micro et de l’application Garage Band sur Iphone 5. Déjà les contours de Prise de Risque se dessinent : des compositions oniriques et des textes chantés avec l’effet extreme tuning. L’artiste nous l’assure : « Je ne connaissais aucune théorie musicale, même pas les notes mais j’avais envie de m’amuser. ». 

L’EP déploie quatre compositions pop simples et épurées dans une célébration des sonorités électroniques de l’univers Nintendo. Reverb à gogo, crescendos pop et chimères autotunées, l’EP s’ouvre sur le réveil strident de « runner up ». Une composition par Pourpre, artiste collaborant aussi sur White Garden, sublimée par la voix suave de Prise de Risque. Derrière chaque titre, des moments de création collective : « Un jour on allait en friperie à vélo et j’avais un air en tête. On est rentré·es et on l’a retranscrit. On en a fait plus de 1000 versions. La principale est rythmée et s’ouvre sur un sample de Britney. Recomposée avec un synthé léger et une basse, elle est devenue progressivement plus touchante et sentimentale. ». Côté visuel, l’EP s’accompagne d’un poster disponible sur Bandcamp. L’univers naïf et vaporeux pensé par Janomax s’est soldé par un heureux hasard : « Sans qu’on se soit concertées, elle m’a envoyé la première version du visuel et j’étais choquée ! Le téléphone à clapet et le sac matelassé bleu : je les ai ! ». 

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Visuel par Janomax

4evermore est un album témoin du fourmillement artistique entourant prise de risque. Amor Fati, qu’elle a rencontré lors de ses pérégrinations sur les réseaux, a mis sa pierre à l’édifice avec la composition du titre « art school ». Derrière le morceau rapide aux accents hyperpop « nintendogs never die », se cache une composition de bdstf sur laquelle Dearbhla pose sa voix. Chaque track résonne comme une ritournelle dès la première écoute et produit un ensemble nostalgique proche de l’anachronisme. Prise de risque souhaite que cet album réconforte les auditeur·rices comme elle a pu l’être par la musique découverte. Elle conçoit l’album comme un acte de générosité : « Je voulais donner aux autres, ce que les autres me procurent avec leurs sons. Quand des personnes me disent qu’iels ont été touchés par l’album, ça me fait tellement plaisir, c’est déjà gagné. ». 

« y2k c’est une déclaration nostalgique à ces moments suspendus qu’on n’a pas envie de voir se terminer.  Ces relations qu’on traverse en oubliant de les chérir parce qu’on ne mesure pas immédiatement leur importance. ».

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Selon les confessions de prise de risque, à la genèse de l’album il y a une des premières compositions solo de l’artiste : le titre y2k sorti en 2020. C’est une période de création assez floue pour Dearbhla qui jongle entre son travail d’aide-soignante et le confinement dans son 20m2 rennais. Prise de risque se souvient pour nous : « y2k c’est une déclaration nostalgique à ces moments suspendus qu’on n’a pas envie de voir se terminer.  Ces relations qu’on traverse en oubliant de les chérir parce qu’on ne mesure pas immédiatement leur importance. ». Elle nous le glisse d’ailleurs à demi-mot : « Je travaillais à l’époque avec des résident·es en EPHAD et ces relations sont très éphémères. On ne sait pas si ces personnes seront toujours là quand on y retourne le lendemain. ». Aujourd’hui dans l’EP, le titre revêt une nouvelle dimension dans son crescendo mélodique respectivement mixé et masterisé par le producteur Timothée Joly et l’artiste Lorenzo Targhetta, membre de High Heal.
Un album bijou pour une artiste à suivre de très près.


On pourra retrouver prise de risque le 23 novembre à Bruxelles pour Le Schlub avec Zulu et Gadevoi.
Et le 25 novembre sur la scène du Chinois à Montreuil pour une soirée curatée Soulfeeder avec entre autres Fetva, t0ni et Himera. 

4evermore de Prise de Risque est disponible depuis le 7 octobre sur le label White Garden.

Image à la une : Robin Voisin

Relecture par : Eva Fottorino

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